‹ Les empereurs romainsChapitre 67 sur 73 · Amm. Marc, xxv. — ZO0, in. -* Them., Or · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xxv. — ZO0, in. -* Them., Or

it6 VàLBNTINIEN BT VALENS»

qu'il Avait à défendre. Intrépide Bur le champ âebataillei passable administhateui' s'il n'avait eu uu peu trop de confiance dans aon coup d'œiU et s'il n'avail confondu là cruauté arec la aéTéritéi il était sujet à des emportements qu'il chercha d'abord à maîtrisé^ mais qui prirent bientôt .le deseuB^ et qui tinrent dani une aorte de terreur tous ceux qui l'approchaient. Petite noir> laid, avec une talé lur un œil, poltron devant Tennemi» Vain sur le trône^ étroit d'esprit et faible de caracière^ Yaleni, empereui" tout drientaU étbit destiilé à devenir là proie et le jouet des officiei^s, eunuques, valets et intrigan's, plaie ordi» naire dé éet Empire. Les doux frères furent au tnoiui animés l'uti envers l'autre d'Un excellent esprii« En se résërVBiit une certaine Supériorité sur les deux empires, Yalentintetl eut soin de rendre douce et peu gênante pout* ion frère cette prépondérance» Yalens, plein de respect ou de crainte potir son atné^ sut se contenter dé la légitime pari de puissance et d'indépendance qui lui avait été liissée» C'était là une excellente condition de paix.

Le f ouvefnemeht des deux empereurs ne différa essentiellement que dans les afTîiires religieusesi

Yalentinien^ tout occupé des soins de la guerre ou du gouvernement, sut pratiquer seul avec sincérité et fermeté le noutelle politique inaugurée, dans cette matière, par son prédécesseur Jovien : la tolét*ance« Après aVôif renouvelé Tédit de celui-ci» comme lé dit Ammien Hai^ éeilin^ il demeuNi toujours impartial entre leé religions dppOsécS) n'inquiéta penenne pour lui faire suivre tel où tel culte, et laisla les choftes dans Tétat ôû il les avait trouvôeSt Beulement^ pour metti^e d'accôrd lès deuï êultes pëien et chrétien^ qui se disputaient maintenant Icè terrcB et les revenus affectés par leà viitea à Têntretien dé la religion, il les réunit au domaine ou les affecta au trésor, €'est'à-dire à lai^^méme* Entre lei dirètiens mèmes^ il

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eut grand soin de ne point intervenir dans les questions de dogme« disanl que c'ëlail affaire à vider entre les érèques. Il n'exerça que la police extérieure des cultes. On le vit intervenir dans la querelle où Ursin et Damase te disputèrent^ les armes à la main, le siège de Rome, et il maintint le dernier. Il interdit la magie et défendit le trop facile accès des directeurs chrétiens auprès des femmes et des Qlles ^

Le faible Valons, en Orient, avait été préparé par sa femme, Albia Dominica, à subir TinQuence d'Eucloxe, évoque de Constantinople, arien décidé. Ce fut TËve, disent les historiens ecclésiastiques, qui lit tomber le nouvel Adam dans les pièges du démon. A l'instigation d'Ëudoxe ou à celle d'Ëuzolus, évèque arien d'Antioche, non moins ardent, il troubla par ses tracasseries toute TËglise d'Orient. Les ariens, maîtres avec lui, condamnèrent les semi-ariens aussi bien que les orthodoxes^ et se poussèrent sur tous les sièges épiscopaux, aux dépens de leurs adversaires. Valens fut cependant bien obligé de respecter, sur son siège, le vieux champion du concile de Ni(*.ée qui, revenu pour la cinquième fois à Alexandrie, y termina tranquillement ses jours. Il ne put qu'introniser violemment son successeur. Il dut respecter également le grand saint Basile, auquel il rendit même hommage sur son siège de Césarée.

Sans être d'excellents empereurs, dans le maniement des affaires politiques, Valentiriien et Valens furent des souverains d'assez bonne volonté. Simples dans leurs goûts, ils étaient assez ménagers des ressources publiques. Bien qu'ils tinssent à avoir leurs Coffres et leurs trésors pleins, pour Tentretien de Tarmée et de Tâdmloistration, ils eurent à cœur de ne point écraser les pro-

i. Cod. théodi, Tui, S; ix, 8S; xii, 1, 75; xvi^ 5^ 6é

mumâpàUlH do prindpaltt riiles de TEmpii Jit«aBt «B cerUia nonbre d'eiempcions des c Uiqnes, accordées d'abord aax nobles et aax iuçtituenl, poar la protection da petit peuple uu magistrat populaire on défemew chargé i des bumblcs. D'autres lois descendent dans de détails. D'excellentes réformes sont introduit procédure ; les licences et la cupidité du barre primées; des avocats d'office sont institués pooi civils; tout avocat qui refusera de plaider une la délégation du juge, sera noté d*infamie. A c6 cats des pauvres, une loi institue dans les quai tiers de Rouie quatorze médecins avectraiteme léges pour soigner les indigents. L'abandon < nouveau-nés est puni. Enfin, l'atlministralion a des deux principales villes de l'Empire est r Les professeurs sont classés, leur tâcbe fixée, tion assurée ; et la jeunesse studieuse des deu mm, en cas de tumulte ou de négligence, d quefois en usage au iT siècle, sons la si immédiate des préfets de ces deux villes «. Cha

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lion impériale, qui éclatent alors comme pour annoncer la dissolution, la fin même de ce régime qui arait si longtemps duré, et même arec quelque prestige.

Talentinien savait à quelle société il arait affaire. D'un naturel d'ailleurs emporté etTîolent, il crut pouvoir tout sauver par l'excès de la cmauté dans la répression. A Texception de Tannée, sur les vices mêmes de laquelle, an dire d'Ammien Marcellin, il fermait les yeux, il fit peser une sorte de terreur sur tout l'Empire. Son préfet, Florentins, fut seul assez influent d'abord pour le tempérer; encore n*y parvint-il pas toujours. Son chambellan, l'eunuque Rhodanius, Condamné à restiiuer à une veuve les biens qu'il avait usurpés, s'y refusait; il le fit prendre sur les bancs du cirque et brûler au milieu de l'arène. Le trésorier des largesses, en Illyrie, subit le même supplice, pour une faute même plus légère. Un accusé récusait-il un juge^Vaientinien l'envoyait justement devant lui pour être plus sûr d'une condamnation. Sévère surtout pour les décurions des villes impériales, responsables de l'impôt, cet empereur aurait dépeuplé les corps municipaux que ses lois essayaient de conserver, si Florenlius ne l'en avait erapôché. Un jour, il avait lancé un arrêt de mort contre trois des décurions d'un certain nombre de villes : c Et si quelqu'une de ces villes, dit Florentins, ne compte pas trois magistrats, faudra-t-ll ajourner Texécution jusqu'à ce qu'elle ait complété ce nombre? *

La cmauté draconienne de Valentinien parvint-elle à remédier au mal? Pour en juger, il suffit d'ouvrir Ammien Marcellin ^

Le comte militaire d'Afrique, Romanus, était accusé devant Valentinien, par deux députés de la ville de Lep-

1. Il me suffira de citer, pour la fin du chapitre, Amm.Marc, livres «7, 98, 29, 30.

M# TàLKNTllIlEll n VAUNft.

tis, Flayien et Sévère, pour aYoir refusé ae la protéger contre les incursions d'une peuplade de l'Atlas, si elle ne lui payait pas un tribut II fut défendu longtemps auprès de lui par le maître des offices, Remigius, peut-être son com< plice. Enfin, Tempereur envoya un cerlain Palbdius, offi* cier du palais, sur les lieuii pour juger l'affaire et en même temps pour distribuer Taisent des gratifications aux soldats d'Afriqoe. RomaDus, efirayé, persuada à ses officiers et soldats de laisser entre les mains de Palladios une partie de la gratification, pour se faire bien venir de lui. Palladius informa, avec deux magistrats municipaux de Leptis, et voulut parler haui; mais le comte militaire le menaça de l'accuser de concussion, pour avoir gardé la moitié de la gratification des soldats. Solidaires désormais, le comte militaire et l'officier du palais s'entendirent pour tout dissimuler, tout cacher. Les deux magistrats de la ville de Leptis eurent la langue coupée pour faux rapports. Des deux députés envoyés à Valentinien, l'un se sauva avec peine en avouant qu'il avait menti à l'empereur; l'autre eut la tôte tranchée comme un imposteur obstiné. La ville de Leplis prit le parti de se résigner et de se taire.

Valentinien changea fréquemment ses administrateurs et gouverneurs. A Mamerlin, préfet d'Italie, accusé de concussion, on voit succéder Vu Icace Rufin, caractère, dit Ammien Marcellln, à citer, comme parfait de tous points, à cela près qu'il ne laissait échapper aucune chance de gain, quand jt pouvait en profiter sans scandale. Après Rufin vient Probus, recommandable par une naissance illustre et d'immenses richesses, bien ou mal acquises; ami généreux et dévoué, ennemi dangereux et vindicatif, arrogant avec les humbles, plat en face de ceux qui lui parlaient haut, roi de théâtre quanti il était sûr de lui, Dave quand il avait peur, souvent malmené par Valentinien, oui n'appréciait en lui que la fertilité des inventions fis-

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cales avec lesquelles il atteignait, au proQt du trésor Im** périal, les fortunes grandes et petites. Maximin, le d^^r^* nier des préfets du prétoire de Valeuiinieo, (ut yraimeot rhomnae selon son cœur, et l'administrateur modèle,

Quand il n'était encore que vice^préfet en Italif, ç% Maximin avait remarqué que U sévérité était le meilleur moyen d'arriver dans Tadministr^tion et de mériter h faveur du maître. L'objet principal de lai surveillance et des poursuites des magistrats était alors la magie et la sor* cellerie, vice commun à ces temps de despotisme et d'avis lissement, et où les empereurs chrétiens particulièrement soupçonnaient toujours quelque tentative de révolte ou d'usurpation. Fiis lui-^mème d'un homme trés«versé dans l'art des aruspices et des augures, désireux de pro^ fiter des bénéfices de la science de son père et de conju* rer ses menaces, il procéda sur une grande échelle contre la magie et avec une ardeur toute partiouliére. Le premier procès de ce genre qui lui tomba sous la main fut pour lui l'occasion d'adresser à Tempereur un formidable rapport sur l'extension que prenaient ces sortes de crimes et sur la nécessité d'une répression prompte et efficace, Yaientinien le pourvut d'une commission particulière avec pleins pouvoirs même d'appliquer i latoriure des séna* leurs, comme dans les accusations da lèse«majeité. On vit alors ce que Maximin savait faire. A une fenêtre écartée de son prétoire, un panier suspendu à une corde recevait des dénonciations de toutes mains. Un jour il imagina de chasser, au su et au vu de tout le monde, deux de ses appariteurs, Mucien et Barbarqs, fourbes consommés, qui répandirent le bruit, en se plaignant, que les accusés ne se pouvaient sauver qu'en dénonçant les grands. La ruse» la torture, la terreur aidant, les victimes se multiplièrent. Un avocat, Marin, périt pour s*étre procuré, par maléfice, U main d'une riche héritière, HispanUla; un

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Céthégns, poar s'être fait aimer an moyen d'on philtre Da Hymetins, ancien proconsul d'Afriqae, perdit la Tie, comme coupable d^avoir Toola abuser des secrets de la science occulte pour jouer à la hausse et à la baisse sur les blés. Un enfant fut poursuivi pour avoir copié, sans savoir ce qu'il faisait, un recueil de formules magiques. Une véritable terreur pesait sur toute l'Italie. Le sénat de Rome, effrayé» députa auprès de Yalentinien trois de ses membres, pour réclamer une plus juste proportion entre les délits et les peines, et faire révoquer la faculté de mettre les sénateurs à la torture. Yalentinien nia d'abord avec colère qu'il eût jamais autorisé de pareilles violences et distingua, dans un décret, les auspices publics des pratiques privées de la magie; mais, à quelque temps de là, il appela Maximin prés de lui à la préfecture même des Gaules.

Ce gouvernement fonctionna alors avec ensemble. De la Gaule, Maximin tout-puissant et en possession de la faveur du mattre, tua, dit Ammien Marcellin, à distance* 11 fit destituer Ursiciii, qui lui avait d'abord été donné pour successeur, comme manquant d'énergie, et envoya à sa place un autre lui-même, Simplicius, qui trouva encore amplement à glaner après lui. Le système de la se* vérité à outrance l'emporta alors dans les conseils de Yalentinien. Le mattre et le ministre ne faisaient plus qu'un. Le nouveau préfet du prétoire, tomban t cette fois j ustement, fit rechercher le maître des offices Remigius, alors en retraite, et compromis dans l'affaire du comte d'Afrique, Romanus. Remigius, effrayé, se pendit. L'empereur ne se contraignait plus maintenant. Un piqueur en chasse lâcha trop tôt un chien devant lui sur le gibier; un armurier lui apporta une cuirasse qui n^avait pas le poids; un officier aux remontes changea quelques chevaux: tous trois payent ces délits de la vie. Les débite^urs insol-

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vables de l'Etat étaient condamnés avec la vieille sévérité romaine. Un fonctionnaire, un jour, appuyé par ses chefs, demandait un avancement: t Envoyez-le, dit l'empereur, dans l'autre monde. iValentinien ne cachaitmémeplus la férocité de son caractère. Il aimait à assister aux supplices, présidait souvent lui-même aux tortures judiciaires. Il tenait, nous assure Marcellin, historien contemporain, deux ourses près de sa chambre à coucher : Dorée, ainsi nommée à cause de sa fourrure, et Innocente, pour sa douceur. Il les nourrissait de chair humaine. Après de longs services, plus humain pour ces animaux que pour ses fonctionnaires, il accorda à Innocente la retraite qu'elle désirait sans doute le plus, en la rendant à ses forêts.

L'excès de la sévérité n'était point le défaut de Valens, empereur d'Orient. Sa pusillanimité, sa faiblesse de caractère eurent les mêmes résultats. Une fois, ses propres soldats lui avaient mis le fer sur la gorge. Un autre jour, un scutaire chercha à le tuer, entre Séleucieet Antioche, pendant qu'il faisait sa méridienne. Modestus, préfet du prétoire, fut le Maximin de Valens, mais un Maximin oriental. Il n'eut pas de peine à persuader à son pus 11 nimo maître de ne plus prodiguer sa personne en public, et surtout de n'intervenir plus dans la justice. Valens saisit ce prétexte de mettre sa peur et sa responsabilité à couvert. Modestus, désormais sans surveillance, poursuivit, avec sa séquelle d'avocats, l'œuvre criminelle de sa forlune particulière, aux dépens de tout l'Empire. La magie fut encore l'instrument du régne. Un seul procès en fournira la preuve.

Deux chevaliers d'industrie en fait d'œuvres ténébreuses et de criminelles pratiques, un Pallade, fabricant de drogues empoisonnées, un Héliodore, tireur d'horoscope, étaient impliqués dans une accusation de péculat. c On nous tourmente, diiPallade au milieu de la torture, pour

é^ tétnies, tandis qae nous aYoot des saerets d'État bien plus importants, i Anssitôt on met nos denx hommes de côté, on les choie; ils parlent. Pallade raconta que, dans une réunion de personnes initiées au secrets mystères, on était parvenu à découvrir le nom du futur empereur, du successeur de Valons; il nomma Fidustus, ex-président de province, tombé en disgrâce, et quelques autres encore. Le préfet du prétoire, Modestus, les fit appréhender au corps, torturer ; ils parlèrent aussi. Réunis dans une maison purifiée par les parfums d'Arabie, ils avaient placé un plateau rond en métal, au bord duquel étaient gravées les vingt-quatre lettres de l'alphabet, sur un trépied semblable à celui de Delphes. L'un d'eux, vêtu et chaussé de lin, le front ceint d'une bandelette, tenant un rameau de verveine d'une main, et de l'autre un anneau suspendu à un long cordon, avait, avec les formules consacrées, dirigé sans faire un mouvement, par la seule force du désir divinatoire, le fatal anneau sur les lettres suivantes : 0 g o 9. Au sitôt l'un des assistants avait crié: t Théo lore. » Un descendant d'une illustre famille gauloise, homme d'une éducation libérale, d'un doux caractère, et qui avait fait un assez beau chemin dans les emplois, portait ce nom. Le malheureux était ambitieux. Il avait consulté un maître de la science, Maxime, le précepteur de Julien, qui répondit que tous ceux qui avaient interrogé le sort périraient du dernier supplice. Théodore fut arrêté h son tour, mis à la torture. Il avoua qu'il avait eu connaissance des faits et qu'il avait voulu en avertir l'empereur; il fut démenti par d'autres délations. Bref, on rechercha tous ceux qui s'occupaient de science occulte ou qui tenaient de près ou de loin aux accusés. On crut être sur la piste d'une vaste conspiration de toutes les puissances païennes. On fit venir des extrémités de l'Empire les

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philosophes les rhéteurs, les mathématioiens» I«i palaiil ('H un procès monstrueux commença et fit tiii nomlm conr sidérable de vicilmes. Maxime, le premier, détesté de la cour, périt; un Pasiphile, vrai stoïcien, refuu d'ouvrir la bouche dans les souffrances de la torture ; un Simo** nide, tout jeune, dit qu'il savait tout, mais qu'il talrtiC tout Théodore le Gaulois ne fut pas seul décapité; beaik coup de ceux qui s'appelaient commelui, ou dont les noms commençaient par les fatales lettres, comme Théodose« Théodole ou Théodule eurent le même sort. Cette fa* rieuse manie de procès se propagea enfin de la capitale dans les provinces.

Un certain Festus, proconsul d'Asie, honnête homme jusque-là, crut devoir chercher son avancement par la môme voie. Il se mit à son tour à rechercher les philosophes et les magiciens. Tout l'Orient en fut troublé. 9> Partout, dit Zosime, le» prisons se remplirent de personnes que leur mérite ne put sauver de la captivité; on y tratna plus de prisonniers qu'il ne restait d'habitants dans les villes. Les soldats eux-mêmes disaient qu'ils n'étaient point assez nombreux pour surveiller les prisonniers. » Un livre suspect, dit Ammien Marcellin, une amulette, un philtre, suffirent comme pièce de convic« tion, pour conduire à la mort. Un père consulta l'horoscope pour savoir le sexe de son futur enfant; ses biens furent confisqués. Une vieille prétendait avoir le secret de charmer par des chants la fièvre intermittente; un pauvre jeune poitrinaire avait, au bain, porté alternativement chaque doigt de ses deux mains, de la clepsydre, qui marquait les degrés de chaleur, à Ift poitrine et de la poitrine ft la clepsydre, en prononçari** {tf^ Sept voyelles de l'alphabet; ils périrent de la main du Dourreau. Les philosophes quittèrent leur manteau, coupèrei^t leçr longue bar|)e; tous çei\i\ qui possédaient

ut VALBNTINIEN ET VALENS.

quelqae lirre suspect de magie les brûlèrent. Libanias, le célèbre rhéteur, faillit périr. Jean Chrysostome crut être en grand danger pour avoir ramassé un livre de magie. Pour les deux instigateurs de. ces horribles procédures, Pallade le.drogaiste, et Héliodore le mathématicien, ils vécurent et moururent riches et honorés. A la mort d'Héliodore, Yalens exigea qu'on accompagnât cet utile serviteur de TÉtat à sa dernière demeure, nu-tète, pieds nus et les mains jointes; et il regretta que sa dignité lui interdit d'en faire autant ^

Il n'eAt manqué à celte tyrannie, pour devenir aussi célèbre que celle des Tibère et des Domitien, que le pinceau d'un Tacite, si ce qu'elle avait de bas et de mesquin n'eût rebuté le grand peintre. Ammien Marcellin, i'honnéte soldat qui nous a transmis une partie de ces détails, laisse échapper cependant, après les avoir rar contés, quelques accents généreux d'indignation et de douleur, c Nous marchions, dit-il, comme à talons, au milieu des ténèbres cimmériennes, ne sachant où était l'innocence ou le crime, semblables au convive de Denys qui voit toujours le glaive suspendu sur sa tête. 0 sublimes lumières de la philosophie, don céleste départi seulement à quelques âmes privilégiées, et qui peut transformer les plus ingrates natures f Que de maux épargnés à cette époque de ténèbres, si nos empereurs eussent appris de toi que posséder le pouvoir, suivant la définition du sage, c'est avoir à charge le bonheur de tous, et que bien gouverner c'est limiter son autorité, comprimer ses désirs, dompter ses colères et avoir tonjours à l'esprit ce mot du clément César : c Souvenir de c sangebf mauvais compagnon de vieillesse. »

On ûfà s'é&onnera point que, sous une pareille adminis-

1. Amm. Marc, XXXI, 15. — Zos., iv. — Socr.,H, E., Ti,i5.— Chrys., Homii, 88.

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