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tration, la dépopulation^ la misère, les désordres des provinces aient augmenté dans une effrayante proportion. Les preuves de cette progression surabondent encore dans Ammien Marcellin. Il fallut toute la vigueur et toute rbonnêteté de Théodose, le père, pour ramener^ en Bretagne et en Afrique, Tordre troublé plus encore par les mauvais gouverneurs que par les incursions des Barbares; et le seul homme honnête de ce temps, n'échappa point cependant au bourreau. En Gaule commence une nouvelle Bagaudie; dans une révolte^ des paysans poussent l'audace jusqu'à enlever, sur la grande route, un des fonctionnaires de la cour, parent de l'empereur Valentinien, le grand écuyer Constancius. Le préfet Symmaque, à Rome, se plaint, dans une lettre, que les environs de Rome sont si Infestés de voleurs qu'il ne peut aller à sa maison de campagne sans être accompagné. Dans mainte province de TËmpire, les soldats s'entendent avec les bourgs qui les logent, pour les protéger contre les collecteurs d'impôts; ou ils pillent de Compagnie avec les colons. Valens et après lui Théodose sont obligés de faire des lois contre cette connivence funeste au gouvernement et à tous. En Syrie, les habitants d'un bourg tout entier, près d'Âpamée, se constituent en troupe de brigands et désolent pendant longtemps toute la contrée. Un jour, une troupe de ces scélérats, déguisés en officiers du fisc, se font annoncer par le crieur public dans une riche villa, gardée par de nombreux serviteurs, entrent, font main-basse sur les maîtres, les gens et les meubles, et tuent ou prennent tout. Fai« blesse, sévérité impériale, avaient même résultat. La Voix publique flétrit vainement une administration si impitoyable et si impuissante. Valentinien lui-même ne vit ou n'entendit rien. Il y avait une province qu* aimait particulièrement, la Pannonie, où il était nô
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oh il araît de nombreoi amis; ponr elle, il eût fait toloDtlers quelque chose. A la fin de son règne, un député pannonieo, le philosophe Iphiclés, Tint le remercier du bonheur de la proTînce. c Est-ce du fond du cœur, demanda Yalentinien , que mes compatriotes me compli« mentent? » Le philosophe hésita, puis : c C'est en gémissant, rëpondil-il enfin, et comme contraints et forcés. » L'empereur demanda alors des nouTelles des gens notables qu'il avait connus : l'un s'était pendu, l^autre était en exi!, un troisième ruiné, etc., presque tous victimes de la tyrannie administrative. Yalentinien se retourna vers ses grands officiers, en les apostrophant dans une violente colère; mais, l'orage passé, lesystéme nechangeapas.
Les nombreuses lois des derniers empereurs, destinées à sauver cette effroyable machine administrative qui se démonte ou se brise d'elle-même, et à retenir la société qui lui échappe par toutes les issues, sont une condamnation plus accablante encore de ce déplorable temps.
Dioclétîen et Constantin avaient essayé de donner un appui à TEmpire, en créant rarislocratie nouvelle des illustrissimes ^ perfectissimes ^ nobilissimês ^ qui remplissaient les sénats de Rome ou de Constantinople et les hautes charges des provinces. Cette noblesse jouissait de privilèges précieux ; elle était exemptée des charges onéreuses ou des peines avilissantes. Le seul impôt qui pesait sur elle était le Follis senatorius. Cet impôt leur devient insupportable. Les dignités de consuls, de préteurs qu'ils revêtent, ont si peu de puissance réelle, et les obligent à donner des jeux, à faire des distributions si coûteuses, qu'ils qulilent les cités et se dérobent aux honneurs au fond des provinces. Mais la loi vient bientôt les y chercher*. Noblesse oblige; et il leur est bientôt défendu
i. Code Théod., ti, 4. — Zos., n, 447^
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de tenter, par vente, substitution de biens ou autre moyen frauduleux, de soustraire leurs fils à cette servitude de la glèbe sénatoriale.
Les deux carrières administrative et militaire semblaient devoir, dans cet Empire administratif et militaire, offrir les conditions les plus enviées. Mais l'arbitraire, le caprice qui se font sentir, en l'absence de toute garantie et de tout droit, du haut en bas de cette savante administration, et exposent les employés de justice ou de finance, à chaque instant,aux destitutions, aux peines et aux tortures les plus inouïes, font des despotes civils de V Empire les premiers esclaves. La loi interdit aux chefs d*ofRces (principes) de quitter la carrière avant l'âge de lavétérance; et, avant de leur délivrer leur congé, elle exige qu'ils laissent leurs chargesà leursenfants. Dans les guerres ci viles, lesdéfaites, aussi fréquentes que les victoires, et accompagnées de la proscription des officiers et de la décimation des soldats, rendent la carrière militaire aussi peu enviable Recrues forcées pour la plupart, arrachés à la plèbe des champs et des villes par ceux qui peuvent payer, les derniers soldats levés dans l'Empire sont, dés leur entrée au corps. Ignoblement marqués à l'épaule ou à la jambe, pour être reconnus en cas de désertion. Une constitution porte la peine de mort contre ceux qui, pour se soustraire au service militaire, se coupent le pouce ; et les fils des vétérans, qui connaissent par tradition les misères du métier, sont esclaves-nés du drapeau qui les a vus naître «. .
Depuis l'édit de Caracalla, on avait essayé de faire une classe moyenne des possesseurs de BOO arpenis qui pouvaient composer le corps municipal ou ctin>, avec pouvoir d'administrer les revenus de la ville, d'en occuper
i, Cod. Just., xn, titr. 64, i, S. — Cod. Th., yu, titr. «2, i, 1, 2. — Végèce, De re miiit., i, 7,
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toutes les charges et d'en revêtir toas les honneurs^ sous la seule obligation d'acquitter, à leurs risques et périls, les impôts exiges par TÉtat. Ces petits sénateurs provinciaux, les curions^ avaient trouvé ainsi d'abord les moyens, tout en s'acquittant envers l'État, de recommander leur nom à leurs concitoyens, en décorant de fastueux monuments leur ville natale. Mais la curie n'étant point admise à discuter avec l'État les conditions de la . ferme, quelque révolution qui s'accomplisse d'ailleurs dans les propriétés particulières, ou dans la prospérité toujours aléatoire des cités, les curions arrivent, par suite du malheur des temps et de Taugmentation des impôts, à trouver enfin que les charges de leur état dépassent de beaucoup ses avantages. Responsables et passibles même de la flagellation, ils épuisent, pour satisfaire l'État, et leurs propres fortunes et celle de la cité; ils se ruinent, puis ils périssent à la peine et diminuent. Mais lés survivants héritent des obligations des ruinés, des morts; ils cherchent donc à sortir de la curie. La loi les y relient également. Les constitutions des derniers empereurs interdisent au curion les fonctions de l'armée et du sacerdoce. Serf du municipe, celui-ci n'aura pas même la ressource de soustraire son fils à cette sei vilude en prenant une esclave pour femme ; la loi n'est plus si dédaigneuse qu'elle ne prodigue ses honneurs au fils de l'esclave; et si le curion ne se marie point, s'il n'a pas d'hériiier sien, l'État trouvera quelqu'un à qui imposer le fardeau de son héritage ^
Le progrès des lois et des mœurs avait, dans les beaux temps de l'Empire, diminué le nombre des esclaves et créé, pour l'exercice des métiers et les travaux de l'agriculture, un grand nombre d'hommes libres. En se mul-
t. C.r)(\. TMo(\., XII, lîtr. 1, i, 6.
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tipliant, les nouveaux citoyens avaient trouve naturelle ment, même à Rome, et ce n'était point un mal, les distributions moins fréquentes, moins grasses, et les jeux plus rares, t la fin de l'Empire. Les ouvriers des villes furent heureux de rencontrer d'abord une protection et des ressources dans les corporations formées par l'État pour l'exploitation des mines, la construction des monuments ou des routes, les transports sur terre et sur mer de Tannone ou des approvisionnements, la fabricalion du pain ou le dépeçage de la viande. Ils en formèrent d'ailleurs eux-mêmes pour les métiers de luxe, le travail des métaux, la taille de la pierre, la préparation des peaux, la teinture des étoffes. Mais ce qui avait été d'àbord une garantie, n'est plus à la fin qu'une oppression. L'État, devenu tous les jours plus exigeant pour ses corvées, est obligé de jeter, dans ses corporations désertes, tous les oisifs (vacantes) ; l'impôt du chrysargire, mis sur les industries libres, les ruine également, au point que les empereurs, pour assurer la continuation du travail et la fabrication des produits, rendent par décrets plus d'un métîer héréditaire, et attachent le fils à Té» choppe ou à l'outil du père, bien qu'ils ne iiourrissenl plus l'ouvrier. Dans les campagnes, le colonat, qui a succédé souvent à l'esclavage, n'a pas fait mieux. Au lieu des révoltes des esclaves, on a les révoltes des colons. Il est à chaque instant question, dans l'histoire des dernières années de l'Empire, de colons qui se font brigands, bagaudjs^ pour échapper aux exigences du propriétaire, ruiné lui-même par TÉlat. Quand le soldat ne s'entend pas avec le colon pour piller de compte à demi avec lui, les légions^ composées de gens arrachés de force aux champs, poursuivent et traquent ceux qui s'en échappent pour vivre sur les grandes routes de brigandage ; et 'es propriétaires sont obligés de faire, à leur compte privé,
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la chasse aux hommes, pour pouvoir mettra iCurs terres en rapport. L'administration romaine qboulil au régime des castes. L'Empire romain, au v* aièoie, n*eat plus qu'une geôle, un ergaitule où le souverain s'efforce de rete« nir chacun à sa chaîne. Les derniers empereurs ne le dissimulent point; ils condamnent les auteurs de certains délits au travail de certaines corporations, aux mines, à la rame, aux moulins, aux. relais publics, etc.; et les fils de soldais impropres au service^ ou les prêtres indignes, sont envoyés... à la curie ^
Celte prison était au moins, au temps des Anlonins, s'il faut en croire le rhéteur Aristide, c nn immense et fécond jardin orné de villes splendides. » Mais en traitant la question économique comme la question politique, les derniers empereurs ont fini par dépeupler, ruiner ce magnifique héritage. Soucieux de leur propre autorité et non de la liberté des citoyens, ils n'avaient point restauré l'État. Occupés seulement à faire rentrer l'impôt, sans songer à entretenir les sources de la richesse, ils ruinèrent l'Empire. La maladie des grandes propriétés, qui avait dépeuplé le sol italien, atteint à la fin de l'Empire toutes les provinces. Ce ne sont plus seulement les pâturages qui s'étendent avec elles, aux dépens de la terre cultivée, c'est le désert. Après avoir offert en toute propriété des terres désertes, à la seule condition de les faire valoir, les empereurs transportent au sein de l'Empire, en Gaule, en Italie, en Asie Mineure, des populations barbares entières, pour remplacer celle de l'Empire qui disparaît; et ils ne parviennent pas à combler les vides. Il y avait des contrées considérables, fertiles autrefois, comme la Campanie, où, dit le pape Gélase, au
1. Cod. Just., XI, titr. 50, î, 51, i, 1. — Sal., de Gub. Dei., v, 8, 9 — Voir le dernier volume de VHist. dé l'esclavage de M. Wallon.
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iT^siècIe, on ne rencontrait pas un homme. Le laxe des monuments avait autrefois, de Home, gagné les villes de province. Toutes ne montrent plus guère maintenant que des temples, des théâtres, des ttiermes, des aqueducs en ruine, où le peuple se creuse des tanières. Ce ne sont plus, dit saint Âmbroise, que des cadavres de villes, cadavera nrbium.
L'Empire en était là quand, vers la fin du règne de Valentinien et de Valens, l'arrivée des Huns en Europe vint communiquer à la barbarie germaine, depuis si longtemps suspendue sur la société romaine, cette commotion qui, en se communiquant de proche en proche, devait enfin la détruire. Sur le moyen Danube, Valenlinien marcha au-devant des Quades etSarmates,'qui passaient alors le fleuve et se répandaient jusqu'aux Alpes, ravageant tout devant eux. Son arrivée terrifia encore les Barbares, qui demandèrent grâce par députés. Valenlinien, dans un de ses fréquents accès de colère, s'emporta contre leur inconstance et leur ingratitude; tout 5 coup, sa voix s'arrêta dans son gosier, ses yeux se voilèrent; il tomha frappé d'un coup de sang. Valens, moins hardi, reçut d<ibord, en deçà du bas Danube, dans la Mœsie, la nation des Visigolhs, qui fuyait devant les Huns vainqueurs; mais ses officiers traitèrent si mal ces Barbares que leurs chefs plièrent leurs tentes, sonnèrent leur corne de guerre et marchèrent, au nombre de plus de cent mille, sur Constantinople. Valens, avec ses généraux, marcha au-devant d'eux jusqu'à Andrinople. Là, la petite armée romaine fui bientôt resserrée, et comme élouiïée, par l'immense cohue barbare. Les légionn.iires pouvaient à peine allonger la lance ou dégainer l'épèe. Valens prît peur et s'enfuit; les généraux romains crièrent: t Sauvez l'empereur I * Une panique générale saisit l'armée. Au milieu des fuyards, Valens, avec quelques serviteurs, se
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réfn?ia dans une chaumine de paysan. Airivés là, les Goths, se voyant reçus à coups de flèches et ne sachant quelle proie ils avaient sous la main, mirent le feu à la bicoque et poussèrent plus loin leur course. Les deux frères élaient morts comme ils avaient vécu, victimes Tun de sa colère, et l'autre de e»a lâchelë.
Après avoir raconté cette catastrophe de mauvais augure, dernier événement qui termine son histoire, le soldat Marcellin ne peut se défendre de quelques sombres réflexions. Il rappelle cette formidable invasion des Cimbres et des Teutons à laquelle Marins fit mordre la poussière en Italie. Il représente les vingt nations conjurées contre lesquelles Harc-Aurèle lutta vingt ans. c Après chacune de ces commotions, dit-il. Tordre et la sécurité furent rétablis, et l'Empire continua le cours de ses prospérités. Mais c'est qu'alors régnait encore, chez nosancètres, cette simplicité de mœurs remplacée aujourd'hui par la mollesse, le luxe de la table et l'âpre avidité du gain ; c'est qu'alors surtout, tous étaient animés de ce patriotisme ardent qui, dans le péril commun, obtenait de chacun le sacrifice volontaire de sa vie. »