ACTE P R E M I E R
Vous faites les mauvais plaisans 1 Humiliez-vous devant lidee sublime que je vais communiquer.
Michel;
Quelle est-elle voyons ?
Robert, i M’chd.
Tu vas prendre ton grand sérieux, te répandre en sentences^ en maximes : ce n’est pas le moment. Prête-toi à la nécessité, jouons la comédie , et sortons du mauvais pas où nous sommes , sans battre tout un régiment , et sans nous faire échiner.
Michel. .
Comment cela ?
Robert.
J’endosse l’habit du docteur , vous prenez ceux de ses gens ^ je monte la meilleure mule , vous chassez les autres devant vous , nous entrons tranquillement dans Urgel , nous nous logeons dans la meilleure auberge ; bon vin , bonne chère , grand étalage , cela provoque à la confiance ; nous tuons l ;s malades , nous rendons malades ceux qui se portent bien , nous empochons les pistoles des uns et des autres , et nous poussons plus loin à l’aide des certificats du docteur.
Michel.
Tu te feras médecin ?
Robert.
Comme un autre. C’est la plus petite chose du monde que cela !
Michel.
Je n’en reviens pas. Toi médecin !
Robert.
Eh! sans doute. De l’efiionterie et de la vogue , voilà le fond de la médecine.
Michel.
Tu en veux furieusement à la Faculté. Cependant, quand tu CS malade
* Robert, riant.
Je ressemble à ceux qui connoissent les femmes , et qui ne savent pas s’en passer.
‘ L E s E M P I R ï Q U E S; Dubreuïl.
Laîssons-là les femmes pour le moment, et revenons à nos affaires. Te voilà médecin....
Michel.
Et nous nous bornons au rôle modeste de valets du docteur^ Robert.
C*est un genre qui a son mérite. D’ailleurs , puis-je faire de Vous autre chose ? Savez-vous le latin } connoissez-vous les racines grecques ? pouvez- vous citer à propos , déraisonner gravement pendant une heure , et renvoyer contens et émerveillés , des gens qui ne vous ont point entendus ? Oui , vous serez mes gens, et rien que mes gens. Ahons faire une visite exacte de nos ballots , et prendre chacun un habit à notre taille.
Michel.
Camarades, qu’en dites-vous?
Dubreuïl;
Cela me paroît plus sûr que d’attendre ici les événemensi Duval, Lecourt.
Et à nous aussi.
Michel:
Voilà qui est arrangé , monsieur le médecin : nous sommes à vos ordres. ( Duval et Lecourt remettent les effets dans la valise. ) Robert, dhin ton trafique.
'Paroisse^ , Navarrols , Maures , et Castillans ; seul avec la médecine je vous défie 'au combat ; seul avec la médecine , je vaux toute une armée, et je fais marcher sur mes pas la dét yastation et la mort.
Michel, souriant.
Tu ne feras pas mal de communiquer à notre Gouvernement la découverte de cette arme si meurtrière et si sûre. Ce que nos physiciens cherchent en vain , tu l’as trouvé dans un moment d’enthousiasme.
Robert.
Ton idée est bonne, lumineuse, et nouvelle sur-tout. Oul^
mes amis ^ qu’un bataillon de médecins français se repande chez les coal'isés; par-tout ils feront des prodiges sans frais et sans danger , et nous nous porterons mieux.
Pour moi , je vois déjà la renommée saisissant son burin immortel , et gravant mon nom en tête de ceux des vengeurs de la Liberté. Cette pensée me transporte , m’enflamme , et fait de moi un homme nouveau. Mais ne perdons pas comme les héros d’Homère , un temps précieux en discours superflus : marchons , étonnons , et frappons.