‹ Les empiriquesChapitre 5 sur 55 · LÉO N O R E · texte numérisé non relu

LÉO N O R E

Voyager avec un homme qui n’est pas mon mari ! Marguerite.

Mais qui le sera bientôt , si vous avez du caractère.

Affliger mon père- par cette mort supposée !

iM A R G U E R I T E.

Cil 5 que de raisons! Aimez-vous mieux l’afiilger récllemenî ?

-—Retournons sur nos pas ^ épousez votre amant suranné, et bientôt après la noce, on vous enterrera en personne. Allons , marchons.

LÉONORE, avtc quelque, vivacité.

Non pas, non.

Il faut pourtant prendre un parti.

Tenons-nous en à celui que nous avons choisi d’abord. Marguerite.

Ah ! nous y voilà. Le cœur parle à la fin , et c’est lui qu’il faut écouter. Suivez donc le projet que vous avez formé sans crainte , sans scrupule. . . .

Ah! sans scrupule , ma bonne !

• Marguerite.

Eh bien , avec scrupule , si vous voulez ; mais laissez-vous conduire , et prêtez-vous un peu à la circonstance ; aidez-vous , l’amour vous aidera.

Quel heureux caractère 1

Eh 5 n’a-t-elle pas raison } Pourquoi se créer des chimères pour le plaisir de les combattre

Marguerite.

Ah , parbleu ! si je lui ressemblois , je ne vlvrois pas un quart d’heure*, je me représenterois des voisins qui se sont apperçus de votre fuite , et qui la publient par-tout ; un père irrité , me traduisant devant son tribunal , et juge et partie dans cette affaire , m’envoyant je ne sais ou , àux galères peut-être : ajoutez à cela la très-sainte-inquisition scandalisée de ce nouveau genre de funérailles, criant à la profanation, au sacrilège.... Vous riez ! de l’eau bénite sur des bottes fortes 1 c’est sérieux cela , et enfin la justice ecclésiastique disputant mon individu à la

justice séculière, et toutes deux travaillant de concert à me mettre hors d’^état de me mêler jamais d’aucune intrigue. Tel est le tableau récréatif qui me suivroit sans cesse , si l’habitude de rire de tout ne me fendoit aussi inaccessible ail chagrin qu’aux idées noires qui le produisent. Mais c’est assez jaser : adieu , aimables jeunes gens; je retourne chez le papa, faire naître des circonstances heureuses , ou profiter au moins de celles qui se présenteront.

Quoi , ma bonne î vous m’abandonnez !

Marquer ite.

Puis-je m’absenter plus long-temps , sans m’exposer à mille questions qui finiroient peut-être par m’embarrasser ? Il est plus court et plus sûr que j’aille vous pleurer avec les autres.

Tout cela est fort bien ; mais la décence. . . 7 Marguerite.

Les m.orts en sont dispensés. ( â Alvar a demi-voix. ) Ne vous arrêtez pas ici davantage.

Alvar.

Non, sans doute; nous partons à l’instant.

Marguerite.

Je n’aime pas les patis coins , et celui-ci peut être dangereux.

Alvar.

Quoi î tu pourrois penser ?...

Marguerite.

Je ne pense a rien, je ne crains rien, mais je prévois tout. Je vous tue aussi de mon autorité privée , et je vous défends de ressusciter sans mes ordres. ( sortant, ) Point de résurrection , entendez-vous , Seigneur Alvar ?

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