LÉO N O R E
Voyager avec un homme qui n’est pas mon mari ! Marguerite.
Mais qui le sera bientôt , si vous avez du caractère.
Affliger mon père- par cette mort supposée !
iM A R G U E R I T E.
Cil 5 que de raisons! Aimez-vous mieux l’afiilger récllemenî ?
-—Retournons sur nos pas ^ épousez votre amant suranné, et bientôt après la noce, on vous enterrera en personne. Allons , marchons.
LÉONORE, avtc quelque, vivacité.
Non pas, non.
Il faut pourtant prendre un parti.
Tenons-nous en à celui que nous avons choisi d’abord. Marguerite.
Ah ! nous y voilà. Le cœur parle à la fin , et c’est lui qu’il faut écouter. Suivez donc le projet que vous avez formé sans crainte , sans scrupule. . . .
Ah! sans scrupule , ma bonne !
• Marguerite.
Eh bien , avec scrupule , si vous voulez ; mais laissez-vous conduire , et prêtez-vous un peu à la circonstance ; aidez-vous , l’amour vous aidera.
Quel heureux caractère 1
Eh 5 n’a-t-elle pas raison } Pourquoi se créer des chimères pour le plaisir de les combattre
Marguerite.
Ah , parbleu ! si je lui ressemblois , je ne vlvrois pas un quart d’heure*, je me représenterois des voisins qui se sont apperçus de votre fuite , et qui la publient par-tout ; un père irrité , me traduisant devant son tribunal , et juge et partie dans cette affaire , m’envoyant je ne sais ou , àux galères peut-être : ajoutez à cela la très-sainte-inquisition scandalisée de ce nouveau genre de funérailles, criant à la profanation, au sacrilège.... Vous riez ! de l’eau bénite sur des bottes fortes 1 c’est sérieux cela , et enfin la justice ecclésiastique disputant mon individu à la
justice séculière, et toutes deux travaillant de concert à me mettre hors d’^état de me mêler jamais d’aucune intrigue. Tel est le tableau récréatif qui me suivroit sans cesse , si l’habitude de rire de tout ne me fendoit aussi inaccessible ail chagrin qu’aux idées noires qui le produisent. Mais c’est assez jaser : adieu , aimables jeunes gens; je retourne chez le papa, faire naître des circonstances heureuses , ou profiter au moins de celles qui se présenteront.
Quoi , ma bonne î vous m’abandonnez !
Marquer ite.
Puis-je m’absenter plus long-temps , sans m’exposer à mille questions qui finiroient peut-être par m’embarrasser ? Il est plus court et plus sûr que j’aille vous pleurer avec les autres.
Tout cela est fort bien ; mais la décence. . . 7 Marguerite.
Les m.orts en sont dispensés. ( â Alvar a demi-voix. ) Ne vous arrêtez pas ici davantage.
Alvar.
Non, sans doute; nous partons à l’instant.
Marguerite.
Je n’aime pas les patis coins , et celui-ci peut être dangereux.
Alvar.
Quoi î tu pourrois penser ?...
Marguerite.
Je ne pense a rien, je ne crains rien, mais je prévois tout. Je vous tue aussi de mon autorité privée , et je vous défends de ressusciter sans mes ordres. ( sortant, ) Point de résurrection , entendez-vous , Seigneur Alvar ?