‹ Les empiriquesChapitre 6 sur 55 · ALVAR, LÉONORE · texte numérisé non relu

ALVAR, LÉONORE

L* AIMABLE fille! le bon cœur!

LÉONORE

Elle cherche à m’éîourclir sur ma position. Je me résigne ; mais mon amour ne m’empêche pas de sentir les dangers c[ui m’environnent. Chaque pas rendra mon état plus pénible encore. Nous allons chez votre tante : que pensera-t-elle de moi ? comment oser paroître à ses yeux }

Ma tante a été jeune et sensible; elle a perdu la jeunesse; son cœur lui reste , et elle vous recevra comme un présent que l’amour fait à l’amitié.

LÉONORE

Il est dur d’implorer l’indulgence ; il est plus dur encore d’en avoir besoin. Mais laissons ces idées qui vous attristent: je ne veux plus vous afiliger de ma peine. D’ailleurs mes réflexions sont mutiles, puisque nous n’avons pas le choix des moyens.

Ma tante vous plaira au premier coup-d’œil ; sa figure franche et ouverte vous inspirera la confiance. Sa maison isolée, la retraite ou elle vit depuis long-temps assure notre secret , et vous ne sortirez de cet asyle respectable , que pour me donner le titre précieux d’époux.

LÉONORE

Ah ! c’est le sèul qui puisse eficicer , même à vos yeux , l’inconséquence de ma conduite. Vous ne m’en punirez pas, mon •cher Alvar ; n’cst-il pas vrai , vous ne m’en punirez pas?

Vous punir d’avoir cédé à mes instances , de m’avoir prodigué votre confiance....

lO

Et mon amour.

Non , ce cœur n'aura pas un désir dont vous ne soyez l’objet; pas une jouissance qui ne se rapporte à vous. J’en jure par . .. . {^him tendrement. ) par vous-même, qui êtes ce que j’ai de plus cher , et ce que je connois de plus respectable.

Léonore. ^

Ah, m.on ami î tu me rassures ; mes craintes s’évanouissent à ta voix : j’éprouve un calme que }e n’espérois pas goûter hors de la maison paternelle. Mais , encore une fols , laissons tout cela pour n’y revenir jamais. Je vois en toi mon ami, mon amant, mon époux. Ta tante sera la mienne; hâtons-nous de l’aller trouver.

A peine serez-vous entre ses bras, que je retournerai à Urgeî , oii je saisirai toutes les occasions de m’établir dans l’esprit de votre père.

LÉO N O R. E fait un pas avec peine.

En honneur , j’ai les pieds dans un état affreux. Et encore une lieue à faire sur des pierres si dures , si inégales !

Je vous aiderai , je vous soutiendrai, je vous porterai , s’il le faut.

Léonore.

J’espère , au moins , que nous ne serons pas rencontrés ?

Par qui ?

Léonore.

Que sais-je? Peut-être un parti Français....'

Pensez donc que leurs avant-postes sont à dix liedes d’ici , que nous nous enfonçons dans le pays, et qu’il est impossible que des Français....

Léonore.

Eh J mon dieu ! ne les trouve-t-on pas par-tout ?

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