‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 19 sur 96 · MARCHE DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

MARCHE DE LA PUTRÉFACTION

l'expert trouve dans l'anatomic pathologique les renseignements les plus importants.

Mais nous savons que dans les empoisonnements criminels un long espace de temps sépare en général le moment de la mort et celui de l'autopsie. Il en résulte des modifications très profondes dans l'état des organes, dans leur apparence, et la première règle que doit s'imposer un. médecin légiste est de se demander en présence de chaque coloration, dégénérescence, perforation, etc. : « cette modification n'est-elle pas la simple conséquence de la putréfaction ? n

La réponse est souvent difficile à formuler, car la putré- . faction n'est pas une, elle varie suivant la maladie à laquelle a succombé la personne, suivant le lieu et le mode de sépulture, suivant la température ambiante au moment dela mort; d'autre part certaines intoxications interviennent pour modifier la marche ordinaire de la putréfaction.

Je ne puis dans cet exposé vous indiquer tous les modes possibles auxquels obéit la décomposition d'un corps. Jesuis obligé de vous dire seulement quelle est son évolution la plus ordinaire et quell es sont les causes d'erreur les plusfréquentes.

La putréfaction est fonction de colonies microbiennes. Étudiée dans un caillot de sang provenant d'une saignée, on constate qu'elle débute en même temps que ce caillot est envahi par des colonies de microorganismes aérobies. Ils produisent de l'acide carbonique, puis disparaissent, ilssont remplacés par une autre colonie vivant avec ou sans oxygène (facultatifs) ; ceux-là aussi produisent de l'acide carbonique, mais ils font en outre de l'hydrogène et deshydrocarbures ; enfin, quand tout l'oxygène du caillot a. disparu, survient une dernière catégorie de microorganismes, anaérobies, qui produisent de l'hydrogène, de l'azoteetdes ammoniaques plus ou moins composés (1).

(1) Bordas, Palvéfaclion. Thèse de Paris, 1802.

Je VOUS signalais, il y a un instant, les diversités de la putréfaction suivant les conditions physiques extérieures, l'adjonction dans le milieu ot doivent surgir ces diverses, colonies microbiennes des substances ingérées pendant la vie fait intervenir un nouveau facteur qui parfois peut servir en médecine légale. Tous ceux qui se sont occupés de microbiologie savent en eflet qu'il suffit de modifier, de la façon la plus légère, les conditions d'un terrain de culture pour que la prolifération des bacilles soit modifiée ou arrêtée. C'est ce qui survient dans certaines intoxications.

Lorsque le corps d'un adulte reste exposé à l'air, comme cela est la règle en France pendant deux ou trois jours avant d'être inhumé, les microbes de l'air, les œufs des insectes s'abattent sur lui et agissent dans les actes ultérieurs de la putréfaction. Mais l'épiderme oppose à ces invasions une barrière résistante, beaucoup plus prolongée que les épithéliums placés à l'entrée des orifices naturels. C'est par la voie externe notamment les narines, la bouche, les globes oculaires que se putréfient les fœtus et les mort-nés qui n'ont pas respiré et qui n'ont rien ingéré.

Mais chez l'adulte et l'enfant qui a ingéré des substances alimentaires, la putréfaction a un second mode de développement beaucoup plus actif. Elle débute dans l'intestin par la fermentation des matières qui y sont contenues. En étudiant les vibrions de l'intestin, M. Duclaux a bien établi leur rôle dans la putréfaction.

Après la mort, ils pullulent, pénètrent dans les glandes intestinales, se trouvent en contact avec les épithéliums morts qu'ils détruisent, arrivent dans les veines et dans le péritoine, y produisent les gaz dont je vous parlais tout à l'heure, y sécrètent de la diaslase qui liquéfie les tissus.

La quantité de gaz produits est considérable; leur tension dans l'intestin, nous l'avons mesurée avec Boutmy, peut dépasser une atmosphère et demie. Ces gaz développés dans l'intestin refoulent le diaphragme jusqu'au troisième espace intercostal, chassent vers la périphérie le sang con-

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