AUTOPSIE
S'il y a de l'urine dans la vessie, il faut la recueillir, car ■lie contient fréquemment une cerlaine quantité du poison ingéré, et la recherche en est plus facile dans ce milieu ([ue dans les viscères dont on ne l'extrait qu'après avoir détruit la matière organique.
On placera une double ligature sur l'œsophage, ainsi que sur le pylore et le rectum, on sectionnera l'estomac et l'intestin entre ces deux ligatures. On videra le contenu de l'estomac et celui de l'intestin dans des bocaux différents. On décrira l'état de la muqueuse gastrique et intestinale, en se souvenant des réserves que je vous ai signalées à propos des colorations dues à la putréfaction. On placera chacun de ces organes dans des bocaux séparés.
Les autres viscères, le cœur, les poumons, le foie, les reins, la rate, le cerveau, seront également placés dans des bocaux séparés; ce point est important, car chacun de ces organes retient le poison en quantité variable, suivant le mode d'entrée du poison dans l'organisme, suivant la durée de l'ingestion de la substance toxique, suivant l'époque, plus ou moins ancienne où elle a été absorbée; ainsi, si le poison a été ingéré par la voie intestinale^ le toxique est entraîné par le système porte dans le foie, qui en retient la plus grande partie; s'il est injecté sous la peau, le poison est pris par la circulation générale qui le dissémine dans tous les organes en l'accumulant d'ailleurs dans des viscères différents pour chaque toxique.
La présence du poison dans tel ou tel organe permet, ■dans une certaine mesure, de savoir quel a été le mode 4'introduction du poison, de savoir à quel moment l'intoxication a eu lieu, si elle est due à une médication ou à une tentative criminelle. On tirera des renseignements très utiles de l'examen chimique des tissus du cadavre, .comme les os, la peau, les poils, les cheveux, les ongles,
■de carbone [Annales d'hygiène cl de inédecine légale, 1894, t. XXXI
l' asp/igxies par les gaz et les vapeurs, 1896,'
p. ub et p. 2i0).
P. Brouardel. — Les Empoisonnemeats. 6
el il sera bon d'en prélever une cerlaine quanlilé. L'arsenic, par exemple, s'élimine par les épilhéliums, les ongles, les cheveux ; on le trouve dans les os courls, les vertèbres en particulier, à l'état d'arséniale de chaux, qui semble s'être substitué molécule à molécule au phosphate de chaux ; l'analyse de ces divers tissus peut démontrer, dans certaines conditions, le moment et la durée de l'intoxication.
11 est désirable que le chimiste expert assiste à ces opérations. Ses conseils pourront être très utiles. Il se charge alors de l'étiquetage des bocaux, de leur manipulation. H est plus habitué que le médecin à ces diverses opérations.
« Il noiera certaines odeurs, certaines couleurs spéciales, qui peut-être échapperaient à l'attention du médecin légiste. Il pourra même, séance tenante, faire divers essais sommaires qui lui fourniront des indications précieuses, sinon des démonstrations définitives (par exemple : recherche du phosphore au moyen du papier de nitrate d'argent; — de l'acide cyanhydrique par le papier au gaïac et sulfate de. cuivre ; — des acides ou des alcalis par les papiers réactifs ' de l'oxyde de carbone parle spectroscope, etc.). Souvent ces essais préliminaires, en lui indiquant la présence probable d'un poison facilement altérable (phosphore, acide cyanhydrique), lui montreront la nécessité de procéder dans le plus bref délai à des analyses plus complètes, ou de prendre certaines précautions pour la conservation des viscères (1). »
Si le chimiste n'assiste pas à l'autopsie une fois les prélèvements effectués, le médecin expert obturera les bocaux, dans lesquels, bien entendu, il n'ajoutera ni alcool, ni aucune substance antiseptique ou autre qui pourrait ultérieurement fausser l'interprétation des analyses chimiques.
« Les bocaux seront fermés par des bouchons de liège neufs (2). Si ces bocaux sont destinés à être portés au loin.
(1) Ogier, Loc. cit., p. 42.
(2) Ogier, loc. cit., p. 43.