QUELLE EST LA SUBSTANCE QUI A CAUSÉ LA MORT
Nous avons autopsié à la Morgue, des cadavres sur lesquels nous trouvions des reins atrophiés, scléreux, alors que la mort était le résultat d'un accident, d'un événement fortuit. Inversement nous avons autopsié les cadavres d'individus morts avec des accidents d'urémie, alors que leurs reins présentaient des lésions beaucoup moins avancées. Nous ne pouvons dire, à cause de ces incertitudes, à quelle période de la lésion la vie devient impossible.
Enfin, n'oubliez pas, Messieurs, que dans un grand nombre de cas de mort subite, un quart ou un tiers, nous ne trouvons dans le cadavre aucune lésion qui nous permette d'en déterminer la cause.
2" Quelle est la substance vénéneuse qui a causé la mort ou la maladie?
Messieurs, cette question doit être bien précisée. Dans les conclusions de son rapport, l'expert doit donner le nom du poison qui a occasionné la mort s'il l'a découvert, et si, bien que l'empoisonnement soit évident, il n'a pu déterminer la nature du toxique employé, il doit au moins dire quelle est la substance qu'il suppose avoir déterminé la mort.
Voici un exemple où, pour avoir négligé ce que je considère comme une règle, une erreur grave fut commise par deux médecins des plus distingués.
Dans un village des environs de Rouen, habitaient les époux D... La femme se grisait et le garde-champêtre l'avait maintes fois ramenée chez elle ivre-morte; le jeudi saint, son mari la surprend en flagrant délit d'adultère et la menace de la renvoyer dans sa famille. Le dimanche suivant, le garde champêtre, qui passait devant la maison des époux D..., aperçoit à la fenêtre du premier étage la femme D... qui pousse des cris inarticulés. Il pénètre dans la maison. Au rez-de-chaussée il trouve à terre le cadavre du beau-frère de la femme D... et, au premier étage, le
cadavre de D... couché dans son lit. La femme paraissait en état d'ivresse et ne put fournir aucun renseignement.
Le garde champêtre se rend immédiatement chez le maire, le prévient que la femme D... a tué son mari et son beau-frère et lui dit de la faire arrêter. Le maire se rend aux vœux de son subordonné; une instruction est ouverte, des experts sont nommés.
Les médecins légistes ne découvrirent aucune trace de violence ; dans l'intestin des deux cadavres ils trouvèrent des plaques hémorragiques et, dans les vomissements ou déjections souillant le parquet, un fragment d'aile decantharide. Les experts conclurent que D... et son frère avaient été empoisonnés à la suite de l'absorption d'un drastique violent. Malgré le vague et l'imprécision des déclarations des médecins légistes, la femme D... fut condamnée aux travaux forcés.
Après la condamnation de cette femme, la maison fut louée à d'autres personnes et l'année suivante, en 1888, presquejour pour jour, un an après la mort de D... et de son frère, la locataire, une femme E... se trouve mal, tombe à terre, on la relève et le médecin appelé ne peut que constater la mort, qu'il attribue à la rupture d'un anévrysme. Son mari incommodé déménage peu de jours après.
En 1889, cette maison fatale est louée à un épicier. Un jour, un client trouve la femme F... étendue à terre, et son mari en proie à des vomissements.
L'opinion publique s'émut et, en 1894, une contre-enquête
est ordonnée.
Il fut démontré que les accidents s'étaient produits dans cette maison toujours au moment de l'allumage ou de l'extinction d'un four à chaux qui se trouvait place immédiatement auprès de la maison et dont l'orifice supérieur affleurait la base du toit de la maison couverte en tuiles. L'oxyde de carbone, . se dégageant en grande quantité, se répandait dans la maison, et provoquait les accidents que je viens de vous rapporter.