‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 30 sur 96 · QUELLE EST LA SUBSTANCE QUI A CAUSÉ LA MORT · texte numérisé non relu

QUELLE EST LA SUBSTANCE QUI A CAUSÉ LA MORT

Je fus commis, en 1894, avec MM. Descoust elOgier(l) el bien que les recherches sur les cadavres ne pussent donner aucun éclaircissement sur la cause de la mort, il nous fut possible de démontrer l'intoxication par l'oxyde de carbone, en nous servant du rapport des premiers experts.

La femme D... fut réhabilitée et reçut une indemnité.

Dans cette affaire tout le monde avait commis la même faute, parce que tout le monde était parti du même principe erroné; la culpabilité de la femme D... fut admise comme un axiome, parce qu'elle avait mauvaise réputation. Tout le monde : maire, juge d'instruction, procureur de la République, médecins experts ont suivi sur l'opinion préconçue du garde champêtre : C... et D... sont morts, la femme est vivante, elle est ou semble être ivre, c'est donc elle la coupable.

Ce qui est singulier c'est que quelques-uns des fails qui ont été relevés par le juge d'instruction n'aient pas attiré l'attention. Le mari et le beau-frère avaient eu à plusieurs reprises des accidents, causés par un commencement d'intoxication oxycarbonée. Le juge d'instruction remarqua que chaque fois que le mari avait été malade ainsi que le jour où il est mort, la femme avait été également malade et semblait en état d'ébriété ; cette ivresse lors de son arrestation, persista pendant plus de trois jours, le fait est consigné dans l'interrogatoire.

Cet état d'ivresse était dû à l'action de l'oxyde de carbone sur les centres nerveux. Tous ces faits étaient passés inaperçus.

Ainsi, Messieurs, si votre expertise ne vous a pas révélé d'une façon indiscutable la présence d'un poison, dites-le nettement. Si votre expertise vous fait présumer qu'il y a eu intoxication, dites quel est le poison que vous considérez comme capable de produire les symptômes ou les lésions observés, dites-le, mais ajoutez de suite et de la façon la

(1) P. Brouardel, Les asphyxies par les gaz et les vapeurs, etc , 1890,

plus précise, que vous ne pouvez donner la démonstration scientifique de l'hypothèse que vous regardez comme possible, mais non prouvée.

3" En cas d'empoisonnement, doit-on demander à l'expert de représenter le poison en nature ?

C'est là une question qui a été fort discutée, et à un certain moment quelques auteurs ont pensé que le poison retiré du corps de la victime devait être mis sous les yeux du jury.

Cette doctrine a pris faveur au moment où, grâce à l'appareil de Marsh, il fut possible de déceler dans les cadavres les plus petites quantités d'acide arsénieux. 11 est vrai que ce poison est de beaucoup le plus répandu, puisqu'on peut l'incriminer dans 50 p. 100 des empoisonnements criminels. Les deux autres substances le plus employées après l'arsenic étaient à cette époque le cuivre et le mercure, qu'il est également facile d'isoler et de mettre sous les yeux des jurés.

Quand le médecin expert peut présenter, à l'audience, des anneaux d'arsenic, montrer par une expérience des plus démonstratives qu'il s'agissait bien d'arsenic, les jurés, dont le devoir est d'apprécier la valeur des preuves soumises à leur jugement, sont convaincus; il en est de même si on place devant leurs yeux une lame de fer couverte d'une couche de cuivre métallique, ou une lame d'or blanchie par les sels du mercure. La preuve de l'empoisonnement est palpable, le poison indéniable, puisque le poison est là, représenté en nature. Aussi, quand l'expert peut montrer le toxique en nature, il doit toujours le faire.

On comprend que les magistrats et les jurés demandent au médecin expert cette preuve qui pour eux est convaincante, et paraît les mettre à l'abri d'une erreur. Or, Messieurs, ce qui est relativement facile pour l'arsenic, le mercure et le cuivre, est impossible pour la plupart des autres, substances toxiques.

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