ORIGINE DU POISON
90 La substance vénéneuse, retirée du cadavre, peut-elle provenir d'une source autre que l'empoisonnement?
Dans les inculpalions d'empoisonnement par certains poisons cette question est posée à l'expert par la défense, et donne lieu à des discussions parfois assez vives. L'avocat évoque toutes les possibilités et les impossibilités pour amener le médecin légiste à émettre un doute sur la provenance de la substance trouvée dans le cadavre, doute dont bénéficiera son client.
Tout d'abord, la victime peut avoir suivi im traitement pendant un certain temps et avoir pris à dose médicamenteuse la substance considérée comme ayant occasionné la mort. Je vous ai déjà dit que si le traitement, même s'il a duré longtemps, a cessé depuis quelques mois, la plus grande partie du poison est éliminée; àpeinO;, s'il s'agit de l'arsenic, en trouverez-vous trace dans les os. Si la mort est survenue le malade étant en cours de traitement, il peut y avoir sujet à discussion et la quantité et la répartition de la substance toxique retrouvée pourront seules fournir quelques éclaircissements.
La victime peut avoir travaillé dans une industrie insalubre. Les substances toxiques retrouvées dans son cadavre y ont pu pénétrer pendant son travail, il s'agirait donc d'une inloxication ijrofessionnelle. Il est certain. Messieurs, que chez les individus qui travaillent dans les mines de mertous les toxiques. Le fait est bieu établi, notamment pour l'arsenic, le mercure, etc. Les alcaloïdes résistent eux-mêmes plus longtemps qu'on ne le croit généralement.
Dié a fait dans le laboratoire de toxicologie, sous la direction de M. Ogier, une série d'expériences pour mesurer cette résistance. Chaque alcaloïde était mélangé à du bouillon de bœuf à la dose de 1 p. 1000. 11 a retrouvé la morphine et l'atropine après un an; la strychnine, la vératrine, la brucine, la codéine, la narcotiue après quatre ans ; la colchicine, la digitaline cristallisée après deux ans.
cure, qui mcanienf, les sels de mercure employés dans l'industrie de la dorure ou des chapeaux, on trouve des traces de ce métal dans leurs organes. Il en est de même chez les ouvriers employés dans les industries où on manie des préparations saturnines, chez qui l'analyse démontrera la présence du plomb. Mais dans ces conditions l'expert a, pour s'éclairer •et éviter une erreur possible, les résultats de l'enquête judiciaire concernant la profession exercée par la victime. Aussi cette hypothèse est-elle rarement soulevée.
Si le cadavre a été embaume, on peut se demander si les substances toxiques retrouvées n'ont pas pénétré dans le cadavre avec les liquides conservateurs injectés. L'embaumement est rare, mais il est certain. Messieurs, que si cet usage se généralisait, les enquêtes médico-légales en cas d'intoxication seraient bien difficiles; il est vrai que l'ordonnance du 21 janvier 1841 interdit de se servir pour la conservation des cadavres de substances toxiques telles que les sels d'arsenic, les sels de mercure, le chlorure de zinc, mais malgré les règlements, ce sont encore elles qui constituent la base des liquides conservateurs employés.
Pour remédier en partie à ces inconvénients, l'administration exige que l'on place dans le cercueil une bouteille remplie du liquide ayant servi à l'embaumement du corps. L'analyse de ce liquide permettrait de contrôler la valeur des résultats de l'expertise chimique faite sur les viscères •du cadavre.
S'il y a eu exhumation, plusieurs questions pourront vous être posées.
Je vous ai indiqué, lorsque je vous ai parlé des devoirs ■du médecin légiste au moment de l'exhumation, la nécessité de recueillir un échantillon de tous les objets contenus dans la bière. Je vous rappelle seulement que dans un cas, on a retrouvé de l'arsenic à la surface du corps d'une femme exhumée; or, il y avait dans la bière une couronne peinte avec du vert arsenical.