ORIGINE DU POISON. A
Autrefois le cadavre enveloppé de son suaire, était placé tel quel dans la bière; quand l'inhumalion lardait, les liquides de la putréfaction passaient au travers des joints du cercueil ; pour remédier à cet inconvénient, on place dans la bière une couche de sciure de bois destinée à absorber les liquides à mesure qu'ils se forment. Cela était suffisant ; mais, surtout depuis Tère antiseptique, on ajoute à cette sciure de bois de l'acide phénique, des produits plus ou moins odorants, mais toujours impurs, qui peuvent fausser les résultats des recherches chimiques.
Enfin, on a inventé des bières imperméabilisées avec du caoutchouc. C'est là une innovation fâcheuse. D'une part, le caoutchouc contient nombre d'impuretés; Ogier (1) a constaté « qu'on y trouve des quantités importantes d'arsenic, mais il est facile de vérifier que cet arsenic n'a pu pénétrer dans le cadavre. Dans des cas de ce genre, j'ai constaté que de semblables feuilles de caoutchouc, lavées à l'eau, n'abandonnent à ce dissolvant aucun composé arsenical ». D'autre part, la destruction du cadavre se fait d'une manière toute particulière. Trois ou quatre ans après l'inhumation on trouve dans la bière un produit liquide et gras, sorte de cambouis qui, quand on ouvre le cercueil, répand une odeur épouvantable.
Quand, lors d'une exhumation, on trouve le cadavre bien conservé, plusieurs mois ou plusieurs années après lamort, on a tendance à croire à une intoxication, particulièrement à une intoxication arsenicale; la cause de celte conservation peut provenir de la nature du terrain dans lequel est faite l'inhumation. Il existe des cimetières dévorants pour les corps qui y sont déposés et des cimetières conservateurs ; c'est là une question à la fois médico-légale et hygiénique. Les cimetières secs à terrain meuble sont dévorants; les cimetières humides, argileux sont conservateurs. Dans ces derniers, la putréfaction n'est pas faite cinq.
(1; Ogier, Traité de toxicologie chimique, p. 316.
ans après rinhumation, les tissus, sous rinduence de l'eau, sont transformés en gras de cadavre. Ce fait a une importance en hygiène municipale au point de vue de la reprise des terrains pour lesquels, en général, une rotation doit se faire tous les cinq ans. L'assainissement de ces cimetières se fait facilement au moyen d'un drainage à mailles éloignées de 3 à 4 mètres. L'eau ne s'écoule pas en général par les drains, car elle ne pénètre pas aussi profondément, mais l'air circule dans le» sous-sol du cimetière et on substitue au terrain non oxydant un terrain contenant de l'oxygène en abondance. Le cimetière de Saint-Nazaire a fourni sur ce point une expérience démonstrative. Les cadavres ne s'y détruisaient pas, on procéda au drainage et les conditions se modifièrent à tel point qu'en un an, au plus, tous les cadavres avaient subi une destruction complète (1).
Quand on recherche la cause de la conservation d'un corps, la nature du terrain du cimetière est la première condition à étudier.
Le poison trouvé dans le cadavre peut-il provenir de son contact avec le terrain ou avec l'eau du cimetière dans lequel il est inhumé? Cette question se pose surtout lorsqu'il s'agit d'un empoisonnement arsenical.
Certains teri-ains contiennent des composés arsenicaux, de l'arséniate de fer ou de l'arséniate de chaux, d'autres peuvent recevoir les eaux résiduaires d'usines où l'on emploie des substances arsenicales. Quelle part faut-il faire à ces circonstances quand l'analyse chimique révèle la présence de l'arsenic dans les viscères d'un cadavre ?
La réponse, je vous l'ai dit, ne peut être scientifiquement discutée que si l'expert a eu soin de prélever au moment de l'exhumation de la terre prise au-dessus et audessous du cercueil. Celte dernière, au moins théoriquement,
(1) Brouardel et Du Mesnil, Des conditions d'inhumation dans les cimetières. Réforme du décret de prainal sur /es sépultures (Ann. d'hyg., 1892, t. XXVJIl, p. 27). — Pièces u» 10 et 17.