II
semblc.
En 1836, le nombre total des empoisonnements-suicides, y compris l'oxyde de carbone, était de 249; en 1894, il atteignait 1126. En défalquant l'intoxication par l'oxyde de carbone, la moyenne des empoisonnements-suicides était, de 1836 à 1840, de un dizième des suicides, alors qu'en 1894 elle en représente le sixième.
L'intoxication la plus fréquente en France est celle par l'oxyde de carbone, qui représente le dixième de la totalité des suicides, et le quart des empoisonnements. A l'étranger, au contraire; ce mode de suicide est rare.
La proportion des empoisonnements-suicides rapportés à la totalité des suicides est la suivante :
France li p. m
lîeiiin 2° ~
Londres ■^^
Prague
Vienne ■^^
Quand il s'agit d'un suicide, il est un cas qui pourra vous causer quelque embarras, c'est le suivant :
Un de vos clients, accusé d'un crime ou délit, se suicide alors qu'il est déjà gardé à vue; comme médecin ordinaire de la famille, vous êtes appelé et vous vous apercevez de la tentative de suicide. Que devez-vous faire? Dans ce cas, Messieurs, vous devez le secret à votre client, vous devez lui donner tous les soins que réclame son état, mais vous ne devez laisser échapper aucun mot pouvant faire croire que vous pensez à une tentative de suicide, car pour un accusé le suicide est un aveu.
C'est dans cette situation que se trouvait le D"- P.-Ch. Louis, lorsqu'il fut appelé en toute hâte auprès du duc de Praslin qui, après avoir assassiné sa femme et bien que gardé à vue, s'était empoisonné. Voici ce que le D'" P.-Ch. Louis disait à Victor Hugo à ce sujet (1) :
«Le lendemain du crime, à dix heures et demie du matin, j'étais appelé et j'arrivais chez M. de Praslin. Je ne savais rien. Jugez de mon saisissement. Je trouve le duc couché, il était déjà gardé à vue. Huit personnes, qui se relevaient d'heure en heure, ne le quittaient pas des yeux. Quatre agents de la police étaient assis sur des fauteuils dans un coin. J'ai observé son état qui était horrible; les symplômes parlaient : c'était le choléra ou le poison. On m'accuse de n'avoir pas dit tout de suite : «11 s'est empoisonné. » C'était le dénoncer, c'était le perdre. Un empoisonnement est un aveu tacite. «Vous deviez le déclarer», m'a dit le Chancelier. J'ai répondu : «Monsieur le Chancelier, quand déclarer c'est dénoncer, un médecin ne déclare pas. »
(1) Victor Hugo, Choses vues, édition Hetzel-Quantin, 1887, p. 230.