‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 44 sur 96 · INTOXICATION PAR ERREUR DES MÉDECINS · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAR ERREUR DES MÉDECINS

Un médecin souffrant de névralgies se fait préparer par un pharmacien un certain nombre de paquets ainsi formulés :

Autipyrine 50 centigrammes.

Aconitine 1 milligramme.

Sortant de chez le pharmacien, il entre dans un bureau de poste. La receveuse souffrait d'une névralgie faciale extrêmement douloureuse et le médecin lui donna deux des paquets qu'il venait de faire préparer pour son usage personnel. La receveuse en prit un, ainsi que le médecin le lui avait oralement ordonné, deux heures après son repas du soir; elle eut aussitôt des accidents graves et mourut vers minuit (i). Le médecin fut poursuivi et condamné ; le pharmacien resta en dehors des poursuites, bien qu'il eut commis une négligence, que je considère en l'espèce comme très grave ; n'ayant pas de balance pesant au milligramme, il avait pesé un centigramme, qu'il avait divisé au jugé en dix parties. Préparé dans ces conditions, un paquet pouvait contenir un milligramme et quart ou un milligramme et demi, alors que le paquet voisin pouvait ne peser qu'un demi-milligramme, et vu la toxicité del'aconitine une différence semblable peut avoir des effets terribles.

5° Intoxication par erreur des médecins.

1° Ordonncmces illisibles. — Quand le médecin remet au malade l'ordonnance qu'il vient de formuler, celui-ci cherche à la lire et parfois n'y parvient pas; sans plus s'inquiéter, il l'envoie chez le pharmacien, qui, lui, heureurement pour le malade, disent les Yàudevillistes, exécute toujours la prescription.

Cependant, Messieurs, les médecins ont grand avantage, au point de vue de leur responsabilité, à écrire des ordonnances lisibles.

Il y a quelques années, je fus commis avec MM. Gab. Pouchet et Laugier, à l'occasion d'un empoisonnement par la

(I) P. Brouardel, ['Exercice de la médecine, 1899, p. 219 et 257.

j^QQ EMPOISONNEMENTS ACCIDENTELS.

morphine. 11 s'agissait d'un médecin qui, pour un enfant de trente mois, avait prescrit un vomitif de tartre stibié et ipéca. L'enfant ayant eu des vomissements très violents, le médecin ordonna le lendemain une potion à prendre par cuillerées . à soupe; en voici la formule, mais je suis loin de vous conseiller d'en faire usage :

Bromure de potassium CO centigrammes.

lodure de sodium __

Chlorhydrale (T ammoniaque i>0

Nitrate de potasse ; ■ • • • „,.ammes

Sirop d'écorce d'oranges amures. .50 giaimnes.

Eau de fleurs d'orangers 30

L'élève en pharmacie, qui prépara celte étrange potion, lut chlorhydrate de morphine au lieu de chlorhydrale d:ammonia,ae, c'est là une erreur ^-q^-^^^./'^^^. ""f déjà dit; mais dans ce cas le pharmacien pouvait ventablement invoquer des circonstances atténuantes, car il nous fut .mposlle à mes collègues et à moi, de déchiffrer sur l'ordonnance originale le mot ammoniaque, il est vrai que nous n'avons pas davantage lu morphine. M. Gobert, expert en critures, fut également dans l'impossibilité de lire ce qu'avllt voulu écrire le médecin. L'affaire se termina par la condamnation du médecin et du pharmacien (l).

L'intérêt professionnel du médecin exige, vous ai-je dit, au'il écrive lisiblement; en effet, il arrive fréquemment que d s personnes étrangères à la médecine, des charlatans ou de m phinomanes usent de la slynalure ilHs.Me pour se fa'e délivrer des médicaments pour lesquels 1 ordonnance médicale est de rigueur (2).

20 Ordonnances incomplètes. - A côté des ordonnances illisibles, je vous dirai un mot des ordonnances incomplètes.

^ r. 1 t „f vt TTiitrier Einpoisonnemenl d'un

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