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bance. Rentré chez lui, le malade prend le contenu d'un des paquets et meurt au bout de douze heures.
Cette survie considérable après l'absorption d'une dose aussi élevée d'atropine, qui n'est employée à l'intérieur qu'au quart, au demi ou au milligramme, me laissa des doutes sur la pureté du produit fourni par le pharmacien et je m'informai, auprès des directeurs des grandes pharmacies parisiennes, de la quantité d'atropine qu'ils avaient dans leur officine. Tous n'en possédaient que quelques grammes et il est probable que le pharmacien de Péronne, n'ayant pas le produit en quantité suffisante, avait complété le poids demandé avec une substance inerte quelconque.
Le médecin et le pharmacien furent condamnés.
L'erreur de plume. Messieurs, les praticiens les plus éprouvés peuvent la commettre, et je pourrais vous citer le cas d'un de mes collègues, professeur à cette faculté, auquel un pharmacien rapporta une ordonnance dans laquelle il ordonnait 4 grammes de sulfate de strych- 7}me en qualre paquets au lieu de 4 grammes de sulfate de quinine.
4° Choix de la médication. — Ce doit être une des préoccupations du médecin. Il peut se trouver inopinément en présence d'intolérances parfois difficiles à prévoir, mais qui, dans d'autres cas, sont connues du malade; les médicaments les plus éprouvés peuvent donner lieu à des mécomptes graves, soit qu'il y ait accumulation dans l'organisme, soit qu'il existe une susceptibilité itidividuelle faite souvent pour étonner.
Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, il est des malades qui ne peuvent absorber la plus petite dose d'un médicament donné sans présenter aussitôt des phénomènes •d'intolérance et même des symptômes graves d'intoxication. ■C'est ainsi que des personnes ont eu des hallucinations et du ■délire à la suite de l'absorption de 50 centigrammes de sulfate de quinine ; on a signalé le cas d'une personne qui avait
eu un délire lurieux, après avoir pris un gramme de salicylate de soude. Kalchkatchev(l) rapporte le cas d'un éludianl alleinl de malaria qui présenta des symptômes d'empoigonnement arsenical aigu à la suite de l'ingestion de deux gouttes de liqueur de Fowler.
V acide j^hénique a occasionné des accidents, pris non seulement comme médicament interne, bien que sa toxicité soit relativement peu considérable, puisque le professeur Chauffard en ordonnait un gramme par jour au cours de la variole, mais aussi comme médicament externe.
Thibierge, Springer, Martin ont signalé des cas d'intoxication à la suite de l'administration de lavements phéniqués (2). Je crois que l'emploi de ces lavements ne doit pas être confié à des personnes inexpérimentées, la muqueuse rectale avec laquelle la substance active est en contact étant une voie d'absorption énergique.
Les compresses phéniquées peuvent occasionner des accidents locaux de gangrène phéniquée, ainsi qu'on l'a signalé (3) et même entraîner la mort par empoisonnement général, surtout chez les enfants qui paraissent particulièrement sensibles à l'action de cet antiseptique. Maschka(4) a rapporté le cas d'un nouveau-né, qui mourut en vingt minutes après application, au niveau de la plaie ombilicale, d'une compresse imbibée d'huile phéniquée. Mellzer (3) cite le cas d'un enfant qui mourut en vingt heures à la suite de l'application continuelle de compresses phéniquées autour du gland après une circoncision rituelle.
Je vous ai conseillé la prudence dans l'emploi des médicaments éprouvés, c'est la méfiance que je vous recom-
(1) Katchkatchcv, Gazetle des hôpitaux, 31 janv. 1901, p. IH. - 2 Springer, Deux cas d'intoxication par l'acide phemque [Reiue de Jdenne, t. H, 1882, p. 778). - Martin, Gazetle des maladies vifannles,
25 avril 1899. , f i n ■îS'i
(3) Warfield, Carbolic acid rjangrene, Med. News, 1890, t. i, p. — KoUocli et Baldwin, Med. Neivs, 1890, t. I, p. 519.
(4) Masclika, Schmidt' s Jahr bûcher, t. CCXlll, ISSi p.
(5) Meltzer, New York med. Monatschrifl, 1899, t. I, p.i.- Sdmxdts JahrLucher, déc. 1889, p. 234.
INTOXICATION PAR ERREUR DES MÉDECINS. -'Jl
mande envers les médications nouvelles, dont la mise en pratique récente n'a pas suffisamment permis d'étudier les eiïets et qui, par sa nouveauté, est suspecte aux autres médecins. Le grand Laënnec fut poursuivi pour homicide par imprudence, à la suite du décès d'un de ses clients, auquel il avait donné de l'émélique au cours d'une pneumonie, alors que la méthode rasorienne était à ses débuts.
Il y a quelques années, un jeune médecin fut inculpé à la suite de la mort d'un jeune homme, atteint de fièvre typhoïde, auquel il avait fait la prescription suivante :
Acide salicylique 20 grammes.
Pour cinq paquets.
Un paquet par jour à prendre en deuxlieures de temps, de 11 heures à 1 heure, daos de l'eau-de-vie.
Le malade était mort quelques heures après l'absorption du premier paquet.
Cette dose d'acide salicylique me semble assurément très élevée, mais, et je le mis dans mon rapport, cette méthode de traitement avait été préconisée par Yulpian, dont ce jeune'médecin était l'élève et Vulpian venait même de faire sur ce sujet une communication à l'Académie de médecine (1), sans qu'une voix se fût élevée pour protester contre la dose ou le mode d'administration. J'ajoutai que tous les auteurs ont signalé la mort en collapsus dans la fièvre typhoïde et qu'il était probable que la mort avait été le fait de la maladie et non de la médication. 11 y eut ordonnance de non-lieu.
Enfin, Messieurs, deux mots d'un médicament aussi dangereux qu'indispensable : la morphine.
Je vous ai dit, dans le cours d'une année précédente, en faisant l'étude des médicaments dangereux, dans quelles conditions votre responsabilité pourrait se trouver engagée; je n'y reviendrai pas (2). Je vous rappellerai seulement que
(1) Vulpian, Bull, de l'Acad. de inéd., 2« série, 1882, t. XI, p. OU, et I8S3, t. XII, p. 299.
(2; p. Brouardel, Uexercice de la médecine el le charlatanisme, 1900, p. 2'i5,
lorsque vous prescrivez la morphine vous devez le faire avec prudence et surtout ne jamais oublier que les malades en abusent souvent. Je vous ai recommandé et vous recommande encore de ne prescrire que juste la quantité de solution de morphine nécessaire et de mettre sur l'ordonnance, avant votre signature la mention : Ne pas renouveler. Si malgré cela, le malade trouve un pharmacien complice de son intoxication ultérieure, votre responsabilité est au moins à couvert.
6" Expertise.
Lorsqu'il y a eu intoxication mortelle à la suite d'une erreur de cette nature, l'expertise n'est pas retardée parles hésitations qui marquent les débuts de l'enquête dans l'empoisonnement criminel. L'autopsie est faite d'ordinaire dans les quarante-huit heiires qui suivent la mort; les recherches médico-légales seront donc plus faciles et plus précises que dans les autopsies tardives qui suivent les empoisonnements criminels. Les souvenirs des témoins sont encore présents. En tout cas, je vous engage, si la faute est imputée à un médecin, à demander au juge d'instruction que celui-ci assiste aux opérations médico-légales, il peut vous donner des indications utiles et la constatation, faite en commun, des lésions trouvées sur le cadavre, évitera des discussions devant les tribunaux.
Les questions posées par le juge au médecin expert ne sont pas aussi nombreuses dans le cas d'un empoisonnement accidentel, que lorsque l'enquête est provoquée par une suspicion d'empoisonnement criminel. Mais quand l'erreur a été commise par un médecin, le juge d'instruction ou le président du tribunal prie en outre l'expert de répondre à deux questions :
1° Le médecin était-il autorisé à ordonner la médication
quil a prescrite ?
Messieurs, permettez-moi de renouveler devant vous, cette