ADJONCTION DE SACCHARINE AUX ALIMENTS. 2C
M. Chassevent afait des recherches expcrimenlales sur la toxicité de l'acide salicylique. A des cobayes de 450 à 600 grammes, il fit prendre des doses d'acide salicylique variant de 20 à 30 centigrammes par kilogramme ; la mort survint entre quarante-huit heures et sept jours. Cette dose représente, pour un homme de 70 kilogrammes, une quantité d'acide salicylique de 17 à 21 grammes.
A l'autopsie, on trouva des léslojis rénales très jatenses : congestion énorme, accompagnée quelquefois d'hémorragies parenchymateuses; tuméfaction des épithéliums et dégénérescence hyaline des tubes contournés; dans quelques cas, il existait des foyers de nécrose.
Dans le foie : congestion intense, accompagnée de foyers bien limités de nécrose cellulaire, avec envahissement de leucocytes.
Les capsules surrénales étaient congestionnées et présentaient des foyers de nécrose cellulaire dans les parties médullaires centrales. Le coi^ps thyroïde et le pancréas étaient également congestionnés.
Depuis le rapport fait à l'Académie en 1887 par M. Vallin, la prohibition de l'acide salicylique est définitivement admise, tout au moins officiellement, mais comme toujours dans ces cas, la circulaire ministérielle ne peut qu'enjoindre aux préfets de prendre un arrêté comportant l'interdiclion, de sorte que, si le préfet ne prend pas d'arrêté, la liberté de la fraude existe comme par le passé.
c. — Saccbarine.
La saccharine, découverte en 1879 par Falhberg, porte comme dénomination scientifique le nom d'acide anhydroorlhosulfamide-henzoïque ou sulfinide bencoïque: dans le commerce, il est désigné parfois sous le nom de sucre de houille. Cesl un corps blanc, presque insoluble dans l'eau et, pour cette raison, il est employé le plus souvent combiné à la
soude à l'élal de saccharinale de soude et vendu sous les noms de sucrol, siiciùnc, diilcine^ cTislallosc, elc.
Le pouvoir sucrant de la saccharine est 280 fois supérieur à celui du sucre de canne, aussi la fraude s'en est immédiatement emparée pour remplacer le sucre dans les gâteaux, bonbons et sirops ; sa saveur est presque identique à celle du sucre, cependant elle possède un arrière-goût désagréable, qui est appréciable surtout après un usage prolongé.
Les propriétés physiologiques de la saccharine n'ont nulle analogie avec celles des sucres; introduite dans l'économie, la saccharine traverse intégralement l'organisme sans s'y transformer et elle s'élimine en nature, par les reins. On ne saurait donc songer à remplacer le sucre, qui est un aliment, par une matière inerte, inutile, sinon nuisible. Aussi les fabricants de saccharine comprirent que, pour pouvoir être substituée au sucre, la saccharine devait être associée à des substances possédant les propriétés des sucres, et ils préconisèrent le mélange de saccharine et de glucose dans la proportion de 1 à 2' grammes de saccharine p. 1000.
L'action antiseptique de la saccharine est indéniable. En solution à 1 p. 300, elle empêche le développement du bacterium termo et la fermentation ammoniacale de l'urine (I). A la dose de 1 p. 500, elle s'oppose au développement du staplujlococus jjijof/ejies aureus; à 1 p. 300, elle entrave le développement du streptocoque pyogène, sans cependant l'empêcher complètement. A 1 p. 100, d'après les recherches de Marfan, elle est sans action sur le bacille d'Eberth (2).
En 1888, le ministre du Commerce demandal'avis duGomité d'hygiène sur les inconvénients que pouvait présenter la saccharine introduite dans l'alimentation. MM. Gab. Pouchet, Ogier et moi fûmes nommés rapporteurs (3). Pour plus de
(1) Constantin Paul, Bull, de l'Acad. de méd., 3« série, 1888, t. XX, p. 32, 1889, t. XXII, p. 91.
(2) Cité par Manquât, Traité de thérapeutique, 4° édit., 1900, t. I,p. 3a6.
(3) Voir pièce n" 28.
ADJONCTION DE SACCHARINl!: AUX ALIMENTS. i
sûreté, chacun de nous fit isolément les expériences destinées à démontrer l'innocuité ou la nocuité de la saccharine, Les résultats furent concordants, en voici le résumé.
Mon préparateur, P. Loye et moi avons étudié l'influence de la saccharine sur la germination des graines du cresson alénois. Nous avons divisé les graines en trois groupes :
1° Groupe A arrosé avec de l'eau distillée.
2° Groupe B arrosé avec une solution de saccharine à
3» Groupe C arrosé avec une solution de saccharine à
Au bout de deux jours, le groupe A commence à germer et les radicules sont sorties; le groupe B montre à peine quelques points blancs; dans le groupe C les graines sont seulement gonflées.
Après trois jours, la germination du groupe A est très avancée, celle des groupes B et C est très retardée.
Après six jours, le groupe A est en pleine végétation, le groupe B est encore en germination et beaucoup de graines n'ont pas germé ; enfin le groupe C présente des graines seulement gonflées et c'est à peine si quelques-unes montrent leurs radicules.
Des expériences identiques furent entreprises pour rechercher si la saccharine neutralisée par le carbonate de potasse conservait ses propriétés retardantes sur la germination. Soit pure, soit neutralisée, la saccharine ralentit énergiquement la germination des graines.
La fermentation est également entravée : dans deux tubes A et B, on met :
Levure de bière 1 gramme.
Glucose . . 1 —
Eau distillée 50 grammes.
Dans le tube B, on ajoute S centigrammes de saccharine ; le tube A reste normal; le tout est porté au bain marie à 45".
La fermenlalion commence à peu près en même temps dans les deux lubes, mais elle ne larde pas à s'arrêter dans , le tube sacchariné et au bout d'une heure il y a 6 centimètres cubes d'acide carbonique en A, alors qu'il n'y en a qu'un en B.
Contrairement à ce qui se passe pour la germination, la saccharine neutralisée par le bicarbonate de soude n'a pas d'action défavorable sur la fermentation.
L'action de la saccharine sur les produits sécrétés par les glandes du tube digestif est également défavorable.
Une solution de saccharine de 1 à 2 p. 100 rend l'action de la salive sur l'amidon trois fois moins active ; l'action du suc pancréatique sur Tamidon est également supprimée ; ou tout au moins considérablement diminuée. Enfin la i digestion de cubes de blanc d'œuf dans le suc gastrique est très retardée.
Des expériences analogues, entreprises par MM. Gabriel Pouchet et Ogier ont donné des résultats identiques.
MM. Vaducco et Mosso ont fait des expériences sur les chiens et leur ont donné jusqu'à 5 grammes de saccharine pure, sans provoquer des troubles de la nutrition; se basant sur ces résultats et sur le fait que l'élimination de la saccharine se fait exclusivement par les reins, qu'on n'en trouve nulle trace dans la salive ou le lait, ils ont conclu que a la saccharine est une substance inoffensive pour les hommes et les animaux ». C'est là certainement une conclusion trop absolue.
A l'occasion du rapport sur l'emploi de la saccharine, que nous avons présenté avec MM. Gab. Pouchet et Ogier devant le Comité consultatif d'hygiène, nous avons refait des expériences sur les chiens et il ne parut pas que la saccharine ait exercé une influence fâcheuse sur la santé de ces animaux. Cependant, de celte constatation, nous n'avons pas induit l'innocuité de la saccharine. En effet, Messieurs, dans toutes les recherches portant sur les troubles que telle