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ADJONCTION DE SACCHARINE AUX ALIMENTS. ^U'J

OU telle subslance peut apporter dans les actes de la digestion, le chien est un mauvais sujet d'expérience, à cause de sa puissance digestive. Vous savez que les chiens ingèrent sans inconvénient des os à peine broyés, des viandes putréfiées, et même de petits animaux recouverts encore de leurs poils ou de leurs plumes, leur estomac brave tout, digère tout.

Tl n'en est pas de même avec d'autres animaux de constitution plus délicate. M. Chassevenl a expérimenté l'action de la saccharine sur les cobayes.

Pour ces animaux, la dose toxique de saccharine est de 60 centigrammes par kilogramme, ce qui représente pour l'homme une dose de 42 grammes environ, et donne pour la saccharine une toxicité trois fois moindre que pour l'acide salicylique. Dans ces conditions, la mort des cobayes jeunes survient en vingt ou soixante heures; les vieux, plus résistants, ne meurent qu'entre dix et vingt jours.

Comme lésions, on trouve à peu près les mêmes lésions que dans l'intoxication par l'acide salicylique. Dans les reins, congestion intense, tuméfaction de l'épilhélium des tubes contournés, dégénérescence hyaline et nécrose. Dans le foie, foyers de nécrose. Dans les capsules surrénales, nécrose dans la partie médullaire.

Au moment de la découverte de la saccharine, on pensa qu'étant éliminée complètement par les urines et étant un corps inerte de saveur sucrée, la saccharine pourrait remplacer le sucre ou du moins procurer sans inconvénients les sensations sucrées aux diabétiques. Au point de vue théorique, la substitution est légitime, mais on ne doit pas oublier que les diabétiques sont des malades dont le rein est sinon lésé, au moins à surveiller et à ménager. Or, ce n'est guère ménager un organe que l'obliger à éliminer chaque jour une certaine dose d'un corps, peu toxique il est vrai, mais qui occasionne cependant au rein un surcroît de fatigue. D'autre part, la saccharine agit sur les fonctions

digesllves en les relardant et il n est pas indiflerent, je vous l'ai déjà dit, que les l'onctions digeslives s'accomplissent en deux heures ou en six.

Stadelmann, Hedley avaient déjà noté chez quelques diabétiques des symptômes défavorables; M. Worms, à l'Académie de médecine, a insisté sur les troubles digestifs qui survenaient chez quelques-uns des malades faisant usage de saccharine. Dans trois cas sur quatre, l'administration de la saccharine avait dû être suspendue à la suite de nausées, de perle de l'appétit, de goût sucré insupportable dans la bouche, de douleur épigastrique (1). Depuis, le D' Bornstein (de Landeck) s'est soumis pendant quelque temps au régime de la saccharine. La dose journalière était de 25 centigrammes. Dès les premières doses, il eut de la diarrhée avec augmentation de la quantité des selles qui contenaient une plus grande proportion d'azote et de graisse non assimilée que dans une digestion normale. En même temps, la teneur de l'urine en azote était diminuée (2). La saccharine provoque donc un arrêt dans l'assimilation.

D'autre part, la saccharine peut, comme médicamenl, rendre quelques services et il semble démontré que son action antiseptique a été favorable dans certaines diarrhées chroniques ou chez les enfants atteints d'entérite.

Le 18 août 1888, le Comité consultatif d'hygiène adopta les conclusions de notre rapport :

i° La saccharine n'est pas un aliment et ne peut pas remplacer le sucre ;

2° L'emploi dans l'ahmentation de la saccharine ou des préparations saccharinées suspend ou retarde les transformations des substances amylacées ou albumineuses ingérées dans le tube digestif;

(0 Worms, Bull. det'Acad. de méd., 2^ série, 1888, t. XIX, p. 498-512.

W) Bornstein, Recherches expérimentales sur l'action de la saccharme (XY1« Congrès allemand de médecine interne, tenu à Wiesbaden du 13 au IG avril 1898).

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