CIRCULAIRE CONCERNANT LA COLORATION DES ALIMENTS
restreint et de la très minime quantité de substances colorantes que ces produits renferment.
Couleurs roses. — Éosine (tétrabromofluorescine).
Ejlhrosine (dérivés méihylés et étbylés de l'éosine) ;
Rose bengal, phloxine (dérivés iodés et bromés de la fluorescéine chlorée).
Rouges de Bordeaux, ponceau (résultant de l'action des dérivés sulfoconjugués du naphtol sur les diazoxylènes).
Fuchsine acide (sans arsenic et préparée par le procédé Coupier).
Couleurs jaunes. — Jaune acide, etc. (dérivé sulfoconjugué du naphtol).
Couleurs bleues.— Bleu de Lj'on, bleu lumière, bleu Coupier, etc., (dérivés de larosaniline triphénylée ou de la diphénylamine).
Couleurs vertes. — Mélange de bleu et de jaune ci-dessus;
Vert malachite (Élher chlorhydrique du tétraniéthyle diamidotriphenyl-carbinol).
Couleur violette. — Violet de Paris ou de méthylaniline.
Art. 3. — L'emploi des couleurs ci-après désignées est interdit pour la coloration des papiers et cartons servant à envelopper toute substance entrant dans l'alimentation de quelque nature qu'elle soit :
Couleurs minérales. — Composés de cuivre. — Cendres bleues, bleu de montagne.
Composés de plomb. — Massicot, minium, mine orange. — Carbonate de plomb (blanc de plomb, céruse, blanc d'argent). — Oxychlorures de plomb (jaune de Cassel, jaune de Turner, jaune de Paris). — Antimoniate de plomb (jaune de Naples). — Sulfate de plomb. — Chromâtes de plomb (jaune de chrome, jaune de Cologne).
Chromate de baryte. — Outremer jaune.
Composés d'arsenic. — Arsenite de cuivre, vert de Scheele, vert de Schweinfurt.
Couleurs organiques. — Gomme gutte, aconit napel.
Art. 4. — Il est interdit d'employer des feuilles d'étain plonibifère pour envelopper les fruils, les confiseries, les chocolats, les fromages, les saucissons, la cbicorée et, d'une manière générale, toutes substances entrant dans l'alimentation.
Les feuilles d'étain destinées à cet usage devront être constituées par un alliage contenant au moins 97 p. 100 d'étain dosé à l'état d'acide métastannique. Cet alliage ne devra pas renfermer plus de 1/2 p. 100 de plomb {Os^,ljO pour 100 grammes) et 1 p. 10 000 d'arsenic (1 centigramme pour 100 grammes).
332 PiteES ANNEXES.
Art. 5. — Il est iiiterdil d'employer à l'étamage ou au rétamage des vases et ustensiles servant aux usages alimentaires, des bains qui ne contiendraient pas au moins 97 p. 100 d'6tain dosé à l'état d'acide métastannique ou qui renfermeraient plus de 1/2 p. 100 de plomb (0k%50 pour 100 grammes) ou plus de 1 p. 10 000 d'arsenic (1 centigramme pour 100 grammes).
Art. 6.— Il est interdit de fabriquer des vases et ustensiles' d'étain destinés à contenir ou à préparer des substances alimentaires avec un alliage contenant plus de 10 p. iOO de plomb ou des autres métaux qui se trouvent ordinairement alliés à l'élain du commerce; il ne devra pas s'y trouver plus de 1 p. 10 000 d'arsenic (1 centigramme pour 100 grammes). :
Art. 7. — La mise en vente des produits, objets et ustensiles, dont la fabrication est défendue par la présente ordonnance, est. inlerdile au même titre que la fabrication.
Art. 8. — Les ordonnances de police des 21 mai 1885 et b février 1889 sont rapportées.
Art. 9. — Les contraventions à la présente ordonnance, qui sera publiée et affichée, seront poursuivies conformément à la loi, devant les tribunaux compétents. |
Art. 10. — Le chef de la police municipale, les commissaires de police de la ville de Paris, les maires et les commissaires de police des communes du ressort de la préfecture de police, le chef du laboratoire municipal et les autres préposés de la préfecture de police sont chargés de l'exécution de la présente ordonnance.
Le préfet de police, H. Lozé.
Assainissement des cimetières (cimetière de Saint-Nazaire). Rapport de MM. P. Brouardel et 0. dd Mesnil (1).
La tendance de plus en plus accusée des populations à s'agglomérer dans les villes et à leur périphérie, conséquence nécessaire du développement de l'industrie et du commerce dans notre pays, est pour les hygiénistes une source inépuisable de préoccupations
de toute nature. j jx a» in=
Qu'il s'agisse de l'évacuation des eaux vannes, du dépôt des
(1) Recueil des travaux du Comité consultatif dliygiène, 1891, t. XX, p. 275-280.
matières résiduaires d'origine végétale ou animale, ou bieu des cimetières, les questions soulevées sont graves, leur solution urgente, la matière morte restreignant de jour en jour l'espace occupé par les vivants.
Bien que ces inquiétudes soient nées d'hier ou plutôt que l'attention publique ne s'y soit arrêtée que récemment, on peut dès aujourd'hui entrevoir des solutions satisfaisantes aux difficultés dont on se plaint, aux dangers que l'on redoute.
L'évacuation rapide à grandes dislances d'une part, et l'utilisation agricole de l'autre, des matières solides et liquides, résidus 'de la vie humaine, répondent à l'un des desiderata.
Pour les débris humains, ce problème est plus difficile à résoudre, d'autant qu'il se complique de questions de sentiments particulièrement délicates, auxquelles viennent s'ajouter des considérations financières qu'une bonne administration ne saurait négliger.
Telle est la situation de la ville de Sainl-Nazaire, qui possède un cimetière dans un terrain « argileux tout à fait imperméable, dans lequel la décomposition cadavérique n'est pas toujours complète au bout de quinze ou vingt années ».
L'administration municipale de Saint-Nazaire s'adresse au Comité d'hygiène et lui demande si le système nouveau proposé par M. Coupry fils, architecte à Nantes, améliorera réellement la situation actuelle et si la dépense d'exécution ne sera pas trop considérable.
A cette demande, la municipalité de Saint-Nazaire joint une brochure de M. Coupry intitulée : Les cimetières barbares du xw" siècle remplacés par les cimetières de Vavenir, avec ce soustitre quelque peu inquiétant : Aucun terrain n'est naturellement bon pour la création des cimetières, tous peuvent le devenir ; — les terrains argileux valent autant et mieux que les terrains sablonneux (1).
Les développements contenus dans le mémoire de M. Coupry ne réalisent pas toutes les craintes que cet énoncé nous avait fait concevoir.
Dans son premier chapitre, M. Coupry affirme, et nous ne saurions trop l'en féliciter, la nécessité de distribuer de l'eau potable de bonne qualité aux villes et aux campagnes dans l'intérêt de l'hygiène publique.
11 appuie cette proposition par des arguments qu'il emprunte
fl) Voy. Victor Le Goïc, Imlallalioti à Saint-Nazaire du cimetière de l'Avenir, syslème Coupry (Ann. d'hyg., 1900, t. XLIV, p. 503).
PlfOCKS ANNEXES.
au rapport de M. Gab. Poucbot sur l'épidémie de fièvre typhoïde de Joigny (1), mais il n'apporte ni un fait, ni une analyse desquels on puisse conclure que l'installatiou actuelle du cimetière de Saint-Nazaire ait causé un préjudice quelconque à la santé publique dans celte ville.
M. Goupry, dans le second chapitre de son mémoire intitulé : Les cimetières antiques, ceux du moyen âge et les cimetières barbares du xix" siècle, a esquissé un historique très sommaire de la question des cimetières dont les éléments ont été puisés dans des documents de seconde main, dictionnaires, encyclopédies de date déjà ancienne et qui, par conséquent, ne sont pas au courant de la science. Il en résulte que parfois M. Goupry émet des opinions qui sont en contradiction avec les travaux récents sur la question qu'il traite. C'est ainsi qu'il écrit :
« Dans nos caveaux modernes, construits en pierres et enduits en ciment, la partie charnelle se volatilise complètement sans laisser passer de gaz odorants et sans les conserver, car à l'ouverture des caveaux, nous en avons acquis la certitude, il ne s'en échappe aucune odeur et le cadavre est devenu squelette, inoffensif pour la santé publique.
u Ce phénomène n'est donc pas dû à l'absorption des parties humides de ce cadavre puisque les parois des caveaux sont imperméables et non pas absorbantes comme la pouzzolane. »
Les faits que nous avons observés, les expériences auxquelles nous nous sommes livrés sont en désaccord avec les assertions de M. Goupry.
Nous ne savons pas quels sont les matériaux employés pour l'édification des caveaux à Saint-Nazaire et nous n'avons trouvé dans le travail de M. Goupry aucune indication sur le dispositif adopté dans ces installations. Mais les faits connus jusqu'à et jour, et notamment les expériences suivies au cimetière Montparnasse en 1884 dans des caveaux neufs, maçonnés et rejointoyés au ciment, établissent la perméabilité extrême, très rapide, des matériaux de construction par les gaz (acide carbonique, oxyde de carbone) qui circulent dans le sol des cimetières, comme dans tout sol où se décomposent des matières organiques. Ces gaz peuvent ne pas révéler leur présence par leur odeur, mais ils sont très toxiques (accident Paupy, au cimetière Montparnasse, 22 août 1884) et remplissent les caveaux.
M. Goupry expose ses doctrines sur la décomposition des
(I) Gab. Pouchet, Du rôle de Veau potable dans l'éliologie de la fièvre typhoïde, enquête faite à Joigny ( Yonne) [Ann. d'hyg., 1 888, t. XIX, p. 1 1).
cadavres ; au début du chapitre III de son mémoire, il s'exprime ainsi :
(( D'après ce que nous venons d'examiner, dans l'élat actuel des choses, il semble prouvé que la science ne s'est guère occupée des moyens d'obtenir cet important résultat. A part la crémation, il n'a rien été présenté. Aujourd'hui, quand il s'agit de la créalion d'un cimetière, quelques savants sont sagement consultés, à juste raison, sur le choix d'un terrain convenable ; mais ils n'ont tous donné encore que des conseils erronés bien qu'appuyés pourtant sur des faits bien connus, mais dont l'importance leur a sans doute échappé, à savoir que dans les terrains imprégnés d'eau ou seulement humides, cette volatilisation si nécessaire s'effectue mal ou même pas du tout. Aussi, y a-t-il lieu de n'être pas surpris que ces savants commettent la faute de condamner les terrains argileux au profit des terrains sablonneux ou d'autres terrains d'une plus ou moins grande perméabilité, sans se rendre compte que la plupart des terrains sablonneux sont précisément ceux dans lesquels on rencontre Veau de source, qui y reste constamment, à une moins grande profondeur que ceux argileux, qui ont, il est vrai, l'inconvénient de retenir les eaux pluviales pendant l'hiver, et qui s'assèchent naturellement pendant l'été... et c'est touti
« De sorte que la question reste toujours embarrassante pour les administrateurs quand, dans certaines contrées, comme à Nantes par exemple, tous les terrains qui avoisinent la cité, bien que dans des situations favorables à tous les autres points de vue pour recevoir un cimetière, sont, à des ditîérences insignifiantes, plus ou moins argileux.
« Quant à nous, nous n'avons pas à nous préoccuper de cette question d'argile ou de sable, puisque, nous en avons la certitude, là n'est pas la solution du problème à résoudre ; nous pensons bien le prouver tout à l'heure, en donnant l'explication de deux faits importants que nous allons citer et dont l'un, très naturel au fond, nous paraît néanmoins au premier abord bien extraordinaire.
« Si vous ouvrez un caveau très imperméablement construit et fermé hermétiquement, dans lequel aura été déposé depuis quelques années un cercueil en bois, non doublé de métal, renfermant un cadavre n'ayant subi aucune préparation chimique, vous constaterez un phénomène étrange, surprenant, mais pourtant bien des fois reconnu, et qui aurait dû mettre les administrateurs sur la voie de ce qu'il y avait à faire en vue de l'hygiène, comme u nous l'a indiqué à nous-mème, mais dont, nous le répétons, ils
n'ont cependant pas tenu compte jusqu'à présent; c'est qu'aucun gaz, aucune odeur ne sortent de ce caveau pas plus qu'avant cette ouverture, et que d'ailleurs il en est de même à l'ouverture du cercueil dans lequel il ne veste ni trace de putréfaction, ni même aucune poussière, rien, si ce n'est un squelette parfait, toutes les parties charnelles étant disparues sans qu'il en reste un atome; les os seuls restent, et sont comme s'ils avaient été préparés pour une pièce d'étude anatomique, la plus grande propreté y règne et souvent le linceul et les vêtements eux-mêmes sont en parfait état de conservation. Voilà donc un mort dont la décomposition et la transformation en squelette ont été d'une innocuité parfaite pour les survivants, le voilà à l'état complètement inoffensif, et la vue de ses restes n'inspire aucune répulsion, on y toucherait sans crainte.
(c Faites au contraire l'exhumation d'un cadavre dont le cercueil a été confié simplement à la terre; dans la plupart des cas, un spectacle hideux vient vous impressionner péniblement (i). Dans ce cercueil en partie comblé par la vase que l'eau y a introduite, vous voyez, non pas un squelette mais une masse informe, noire jusque dans les os, imprégnés d'une eau fétide dans leur spongiosité ; des lambeaux de chair et souvent la partie thoracique tout entière non volatilisée, offrent aux regards un spectacle repoussant, épouvantable, lorsqu'on songe à la quantité d'eau que ce cadavre a corrompue, et que l'on se demande ce que cette eau est devenue. En effet, qui peut assurer qu'elle ne s'est pas rendue par les passages naturels du sous-sol dans les réservoirs dont les sources viennent alimenter nos puits? Or, si l'on songe en même temps à la quantité de cadavres qui sont soumis à ce régime dans nos cimetières barbares, c'est bien triste.
« Il faut dire cependant que, dans certains cas, les cadavres simplement confiés à la terre ont pu également se volatiliser et devenir assez promptement, eux aussi, squelettes parfaits dans le même cimetière.
« Mais ce n'est qu'un effet du hasard, et la nature sablonneuse ou argileuse du sol n'y a été absolument pour rien. »
(1) Nous pourrions faire prouver ce fait, incontesté d'ailleurs, par les témoins d'un grand nombre d'exhumations. Nous nous bornerons à citer le plus récent que nous connaissons et qui a eu lieu aujourd'hui même (6 juin 1887) au cimetière de la Bouteillerie pendant que nous écrivions ces lignes.
Depuis dix ans, un cadavre, renfermé dans une bière en cliene simplement déposée dans une fosse submergée, en a été retiré dans un état horrible à voir, bien qu'une partie de ses vêtements nuptiaux, dont on l'avait paré, l'enveloppassent encore.
Quelle que soil la théorie à laquelle on s'arrête pour expliquer les phénomènes de la putréfaction des cadavres dans le sol, il est un point sur lequel tout le monde est dVcord, c'est que la disparition des corps "est retardée dans les terrains humides malgré l'affirmation contraire de M. Coupry. Ce fait connu depuis longtemps, nous l'avons étabU expérimentalement en inhumant pendant une même période de'ux cadavres, l'un dans un sol sablonneux, l'autre dans un solglaisé. Nous avons constaté que dans le sol sablonneux et sec le cadavre était complètement détruit dans le délai de vingt-deux mois, tandis que, dans le terrain glaisé, le corps inhumé constituait une masse de gras de cadavre, dans lequel tous les organes étaient encore reconnaissables.
C'est en nous basant sur ces recherches, sur celles faites au cimetière de la Châtelaine en Suisse, que nous avons proposé au Comité, appelé à étudier un projet d'agrandissement du cimetière de Clermont-Ferrand (séance du 17 mai 1888) (1), de prescrire le drainage du sol destiné au nouveau cimetière, afin d'y activer la décomposition des corps, et que nous avons fait figurer cette disposition dans la note sur les mesures hygiéniques à observer dans l'inslallalion des cimetières, adoptées dans la séance du Comité du 18 juin 1888 (2).
Au cours des exhumations judiciaires nombreuses que nous avons été appelé à faire, nous avons constaté, contrairement à ce que dit M. Coupry, que clans les caveaux en général la marche des phénomènes de destruction était relardée, et qu'à l'ouverture des cases renfermant les corps que nous avions à examiner, la décomposition était souvent très incomplète; qu'il s'en dégageait des émanations extrêmement fétides.
Quant aux inhumations en bière que cite M. Coupry, ce sont à proprement parler des immersions et l'état des corps qu'il signale est celui de tous ceux qui ont séjourné plus ou moins longtemps dans l'eau.
Les expériences de M. Schutzenberger, celles de M. Miquel ont refuté à l'avance les craintes exprimées par M. Coupry relativement à la perméabilité des gaz de la putréfaction par le sol sablonneux ; nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de s'y attarder, pas plus qu'à son opinion sur l'orientation des cimetières.
L'idée maîtresse de M. Coupry, débarrassée des théories qu'il invoque et de la complexité des moyens qu'il propose pour la
(1) Recueil des travaux du Comité d'hygiène, t. XVI, p. 302.
(2) W., t. XVIII, p.304.
P. Brouardel. — Les EmpoisonDements. 22
réaliser, est bonne. Elle consiste à favoriser la destruction rapide des corps confiés à la terre : 1" en y faisant pénétrer la plus grande quantité d'air possible ; 2" en préservant les fosses ou caveaux contre l'envahissement des eaux.
Pour obtenir ce résultat, il nous paraîtrait suiFisant, sans recourir à un outillage compliqué et coûteux, de drainer le sol du cimetière par les procédés ordinaires, en plaçant les drains à une profondeur de 50 centimètres à 1 mètre au-dessous du sol des fosses, c'est-à-dire à 2 ou 3 mètres au-dessous de la surface du cimetière.
Les eaux. recueillies par l'ensemble de ce drainage ne pourraient être déversées dans un cours d'eau quelconque, qu'après avoir été soumises à une épuration complète par le sol, et en aucun cas, elles ne pourraient être livrées à la consommation.
Conclusions approuvées par le Comité consultatif d'hygiène publique de France, dans sa séance du 8 septembre ^890.
Des conditions d'inhumation dans les cimetières.
Par P. Brouardel et 0. Du Mesnil (1).
Le décret du 23 prairial an XII sur les sépultures renferme toutes les dispositions légales qui sont aujourd'hui en vigueur en vue du maintien du bon ordre et de la salubrité dans les cimetièrôs»
Le titre I et le titre II de ce décret, qu'il nous paraît intéressant de reproduire, visent plus particulièrement tout ce qui est relatif à l'hygiène, tandis que les litres III, IV et V sont plus spécialement consacrés aux mesures d'ordre et de police, à l'administration proprement dite de ces champs de repos, aux pompes funèbres, toutes questions n'ayant que peu ou pas de rapport avec l'hygiène.
Nous nous bornerons donc à l'examen critique des deux premiers titres, qui constituent les neuf premiers articles du décret du 23 prairial an XII.
« Titre I". — Des sépultures et des lieux qui leur sont consacrés.
« Article premier. — Aucune inhumation n'aura lieu dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques, et
(l) P Brouardel et 0. Du Mesnil, Des conditions d'inhumation dans les cimetières, réforme du décret de prairial sur les sépultures [Annales d'hygiène, 1892, t. XXVlll, p. 27).
CONDITIONS d'inhumation DANS LES CIMETIÈRES. 339
généralement dans aucun des édifices clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leurs cultes, ni dans l'enceiiile des villes et bourgs.
« Art. 2. — II y aura, hors de ces villes ou bourgs, à la distance de 33 à 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains consacrés à l'inhumation des morts.
« Art. 3. — Les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis de préférence ; ils seront clos de murs de 2 mètres au moins d élévation. On y fera des plantations en prenant les précautions convenables pour ne point gêner la circulation de l'air.
« Art. 4. — Chaque inhumation aura lieu dans une fosse séparée ; chaque fosse qui sera ouverte aura J ",50 à 2 mètres de profondeur, sur 80 centimètres de largeur, et sera ensuite remplie de terre bien foulée.
« Art. 5.— Les fosses seront distantes les unes des autres de 30 à 40 centimètres sur les côtés et de 30 à 50 centimètres à la tête et aux pieds.
« Art. 6. — Pour éviter le danger qu'entraîne le renouvellement trop rapproché des fosses, l'ouverture des fosses pour de nouvelles sépultures n'aura lieu que de cinq années en cinq années ; en conséquence, les terrains destinés à former les lieux de sépulture seront cinq fois plus étendus que l'espace nécessaire pour y déposer le nombre présumé des morts qui peuvent y être enterrés chaque année.
Titre II. — De rétablissement de nouveaux cimetières.
« Art. 7. — Les communes qui seront obligées, en vertu des articles 1 et 2 du litre I^r, d'abandonner les cimetières actuels et de s'en procurer de nouveaux hors de l'enceinte de leurs habitations, pourront, sans autre autorisation que celle qui leur est accordée par la déclaration du 10 mars 1776, acquérir les terrams qui leur seront nécessaires, en remplissant les formes voulues par l'arrêté du 7 germinal an IX.
«Art. 8. - Aussitôt que les nouveaux emplacements seront disposes a recevoir les inhumations, les cimetières existants seront termes et resteront dans l'état où ils se trouveront sans que l'on puisse en faire usage pendant cinq ans.
« Art 9. - A partir de cette époque, les terrains servant maintenant de cimetières pourront être affermés par les communes auxquelles Ils appartiennent : mais à condition qu'ils ne seront qu ensemencés ou plantés, sans qu'il puisse y être fait aucune
fouille ou fondalioii pour des consli ucUons de bàliment, jusqu'à ce qu'il en soil autrement ordonné. »
Les dispositions de l'article l*"- sont justifiées aujourd'hui comme elles l'étaient au moment oCi le décret a été rendu. Ue nombreux accidents ont démontré, en eiïet, combien sont dangereux pour la santé, pour la vie même de ceux qui y séjournent, les gaz qui se dégagent, dans des espaces clos, des cadavres et de toute matière organique en décomposition. N'a-t-on pas constaté d'autre pari, dans certains cas, qu'en dehors des accidents toxiques aigus observés, le dépôt, dans les caveaux de certaines églises, de corps d'individus ayant succombé à des maladies contagieuses, telles que la variole, était devenu le point de départ d'épidémies graves parmi ceux qui avaient séjourné dans ces edi-
fi CBS
Aussi nous estimons que cet article doit recevoir son application intégrale et que, pour ne citer qu'un exemple, alors qu il existe des caveaux provisoires dans les cimetières de Pans il y a lieu de proscrire la pratique actuelle d'entreposer pendant de longs mois des cadavres dans les caveaux de certaines églises de
la capitale. , , ,
L'article 2 du décret de l'an XII limite à 33 et 40 mètres la distance à laquelle les cimetières doivent être installés hors des
villes ou bourgs.
Pourquoi 35 à 40 mètres? En l'absence de tout expose des motifs précédant ce décret, il est impossible aujourd'hui de savoir à quelles préoccupations obéissait le législateur de 1 an XII. Le que nous pouvons dire, c'est que cette distance est insuffisante pour préserver les sources ou puits du voisinage contre les infiltrations des eaux provenant des cimetières. ^
La science a, dans ces dernières années, proclarne 1 extrême gravité de la pollution possible par les cimetières des eaux a mentant les habitants dans leur voisinage : sur ce point le deciet de l'an XII est muet, il doit être complété . ^
Le cimetière sera-t-il sur un lieu élevé, expose au nord . Peu importe, puisqu'il est aujourd'hui établi qu'inhume a la profondeur de 1V60 à 2 mètres un cadavre ne donne Heu a aucun dégagement de gaz arrivant jusqu'à la surface du sol. Mais ce qu il import d savoir, ce qui doit attirer l'attention d'une façon tout s^édale, c'est la profondeur à laquelle se encontre a napP d'eau au-dessous des fosses creusées dans cime^er , ce son les mouvements auxquels elle est soumise l^^née sont
souvent que les fosses, pendant une période de 1 année.
CONDITIONS d'inhumation DANS LES CIMETifîRES. 341
envaliies par les eaux, ce qui détermine, comme nous rétablirons plus loin, la pollution des eaux, et l'arrêt dans la décomposition des cadavres.
Est-il nécessaire, d'autre part, de maintenir la prescription de murs de 2 mètres d'élévation pour enclore un cimetière de campagne, d'ofi le respect, la crainte superstitieuse des morts éloignent les indifférents, et où l'absence de pieux souvenirs ayant une valeur vénale n'attire pas les maraudeurs? Il serait facile de réduire les dépenses de ce chef de moitié dans les communes rurales tout en obtenant le résultat évidemment recherché qui est le suivant : que le cimetière ne soit pas un endroit banal, accessible à tous les passants.
Les articles 6 du titre I, 7, 8 et 9 du titre II pourraient être avantageusement modifiés par une mesure qui s'impose dans un certain nombre de cas et qui serait avantageusement généralisée dans toutes les installations nouvelles de cimetières, nous voulons parler du drainage complet du sous-sol de ces lieux d'inhumation.
Des expériences nombreuses, auxquelles nous nous sommes livrés depuis 1883, établissent que le renouvellement de l'air, autour d'un cadavre en décomposition, active considérablement sa destruction en favorisant l'éclosion et le développement considérable de cette faune qui, dans un espace de deux à trois ans, débarrasse le squelette de toutes les parties molles ne laissant plus subsister que les os, qui peuvent alors être relevés sans aucun inconvénient.
Les recherches poursuivies depuis 1890 par la municipalité de Saint-Nazaire sur un système particulier de drainage, et à la vérification desquelles nous avons été conviés en juin 1891, sont venues confirmer, compléter nos propres expériences et fournir un argument décisif à noire opinion sur les avantages du drainage du sol des cimetières. Nous les avons signalées récemment dans un travail présenté à la Commission d'assainissement des cimetières delà ville de Paris et duquel nous extrayons l'exposé qui suit des expériences poursuivies à Saint-Nazaire.
Le sol du cimetière de Saint-Nazaire est constitué par de l'argile compacte provenant de la décomposition des couches supérieures de micaschistes. Cé sol retient les eaux à une profondeur de 60 centimètres à peine dans la saison d'hiver de l^'.bO à l™,60 en été.
Chaque fois qu'il est fait une exhumation, le cercueil est trouvé complètement plein d'eau, et certains cadavres après un séjour de cinq années dans une fosse sont retrouvés intacts (Voir fig, 8 le cadavre du sieur G...),
342 PUCCES ANNEXES.
Si on considère que le cimetière de Sainl-Nazaire a une superficie totale de 1 hectare 38 ares, que le cliillVe annuel des inhumations dans les cinq dernières années a été le suivant :
Années Adultes. Enfants.
Ensemble 1 474 lliO
et que la population de Saint-Nazaire s'est accrue de 4 748 habitants de 1886 à 1891, on comprendra les préoccupations de l'administration municipale de cette ville relativement à l'insuffisance, dans un temps plus ou moins prochain, de son cimetière pour assurer le service des inhumations, le délai légal pour le relèvement des cadavres inhumés étant dans les conditions actuelles absolument insuffisant pour assurer leur destruction.
C'est pour parer à cette grave éventualité que la municipalité s'est adressée à MM. Coupry, Lemut et Guérin, de Nantes, qui on^ imaginé un projet de drainage réalisé dans une parcelle du cimetière de Sainl-Nazaire dans les conditions ainsi décrites dansle procès-verbalde la commission municipale spéciale du 27 mai 1890 : « Six rangées de trois fosses chacune ont été creusées jusqu'à la profondeur de 87 centimètres: ces fosses ont une longueur de 2 mètres sur une largeur de 0™,80.
Entre chaque fosse et sur les quatre côtés, il a été laissé une bande de terre naturelle de 0'°,40 d'épaisseur. Ce compartiment de 18 fosses est entouré d'un mur d'enceinte de 0-,40 d'épaisseur maçonné à froid et descendu à 0-,30 au-dessous du fond des fosses de manière à constituer une enceinte drainante empêchant l'invasion des eaux extérieures. Au fond de chaque fosse sont disposées quatre murettes en pierres sèches de 0-,16 de hauteur, laissant entre elles un vide en forme de croix; ce vide est prolonge suivant chaque branche de la croix par un tuyau en poterie traversant la bande de 0'^,40 d'épaisseur du terraui naturel et établissant ainsi une communication souterraine entre toutes les
foSSC^ C0Ilti"U6S»
«En avanl de ce compartiment de 18 fosses, dans l'allée du cimetière, règne un petit égout placé à une distance de 0-,bo des fosses, recevant toutes les eaux recueillies par le mur d'enceinte et les poteries des fosses, puis les évacuant hors du ciraelière.
CONDITIONS d'inhumation DANS LES GIMETIl^RES. 343
« Le vide en croix entre les murettes esl garni dans le fond d'une ardoise ordinaire et recouvert de 0'",J0 de hauteur par une double ardoise, puis par une couche de 0'^,10 d'escarbilles recouvrant lout le fond apparent de la fosse. Le cercueil repose sur cette couche. »
Ces expériences faites à Saint-Nazaire présentaient pour votre sous-comraission un vif intérêt, pour les motifs suivants :
C'est une application du principe posé par la Commission d'assainissement des cimetières (1) sur l'utilité du drainage pour activer la décomposition des corps, application faite sur une assez grande échelle pour permettre d'apprécier sa valeur.
Si cette expérience donne de bons résultats, n'y a-t-il pas lieu de la faire dans les cimetières parisiens et notamment dans les terrains consacrés aux inhumations en tranchées, pour en hâter la reprise?
La présence d'une proportion considérable d'acide carbonique dans le sol des cimetières est une cause d'accidents graves pour les ouvriers occupés à y effectuer des fouilles (accident Paupy). L'aération permanente du sol par le drainage Coupry n'y diminue-t-elle pas la quantité d'acide carbonique?
La mise en place de ce drainage dans les cimetières envahis par les eaux assure-l-elle l'assèchement du sol et par conséquent permet-elle l'installation de ces champs de repos dans tous les terrains ?
Le 9 juin -1891, en présence de la municipalité de Sàint- .\azaire, nous avons procédé aux exhumations ci-après qui nous permettentde répondre aux questions que nous nous étions posées :
La première exhumation effectuée est celle d'A... (Louis), cinquante deux ans (fig. 6).
Décédé le 29 juin 1890. — Inhumé le 30 juin 1890. — Exhumé le 9 juin 1891. — Hémorragie cérébrale. — Durée de l'inhumation un an.
Ce cadavre, entouré d'une serpillière Irès épaisse, ne répand aucune odeur; les parties molles, les organes splanchniques ont presque complètement disparu.
Le thorax, l'abdomen sont béants, les organes y renfermés sont détruits.
Le squelette des membres est mis complètement à nu, quelques lambeaux musculaires existent encore autour de la jambe droite (voir fig. 6).
Les insectes recueillis dans cette bière et examinés comme
(1) Page 51 du rapport de 1881.
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ceux des trois autres bières, par M. Megnin.sonl dos Anthomysidcs,
CONDITIONS d'inhumation
mouche bien vivante venant d'éclore, nombreuses coques venant de la même.
La seconde exhumation a été celle du sieur B..., âgé de soixantesix ans (Ug. 7).
Décédé le 21 mai 1890.— Inhumé le 22 mai 1890. — Congestion cérébrale. — Durée de l'inhumation :
un an dix-huit jours.
Ce cadavre n'a pas été enveloppé dans une serpillière.
Il ne répand pas d'odeur.
Le squelette est débarrassé de toutes les parties molles.
La tète est séparée du tronc.
La destruction des parties molles €st complète.
Les insectes recueillis dans cette bière sont des Anthomysides, on }' trouve des coques de nymphes d'Ophria cadaverina.
Le troisième cadavre exhumé est celui du sieur T..., quarante et un ans.
Décédé Ie24juinl890.— Inhumé Je 2o juin 1890. — Bronchite tuberculeuse. — Durée de l'inhumation :
onze mois et demi.
Ce cadavre n'a pas été enveloppé dans une serpillière.
Pas d'odeur; sur toute la surface du corps on constate l'existence d'une couche de moisissures ilanches.
Le thorax, l'abdomen sont ouverts, les organes splanchniques ont disparu.
La destruction des muscles, des membres inférieurs est moins avancée que chez les deux précé- •dents, ils semblent devoir passer à l'état de momification sèche.