‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 83 sur 96 · Première partie. — Arguments en faveur du salicylage présentés · texte numérisé non relu

Première partie. — Arguments en faveur du salicylage présentés

PAR LES COMMERÇANTS ET PAR LES FABRICANTS d'aCIDE SALICYLIQUE :

a lo S'appuyant sur l'absence d'accidents scienlifiquement démontrés à la suite del'emploi de faibles doses d'acide salicylique, les commerçants demandent à être autorisés à salicyler à faibles ■doses les substances alimentaires solides ou liquides.

«2° Ils demandent une réfilementalion administrative, c'est-àdire la fixation d'une dose maximum.

«3» Afin que personne ne puisse se plaindre d'avoir pris à son insu de l'acide salicylique, ils demandent que tout fabricant, marchand ou débitant, soit obligé d'inscrire sur toute substance fabriquée, vendue ou débitée par lui, si elle a été salicylée et à quelle dose elle l'a été.

«4» A croire les auteurs d'un grand nombre de lettres et d articles de journaux spéciaux, adressés à M. le ministre, l'acide salicylique a rendu les plus grands services pendant les dernières épidémies de fièvre typhoïde et de choléra.

«5o Enfin, suivant les mêmes auteurs, les conclusions des trois derniers rapports du Comité consultatif d'hygiène publique, des J 5 novembre 1880, 7 août et 3 juin 1883, seraient en contradiction formelle les unes avec les autres : rapports et conclusions seraient donc également sans valeur. »

Premier argument : salicylage à faibles doses. — La réponse a ce premier argument se trouvera implicitement dans notre réponse aux médecins (Voir p. 468). Un mot toutefois avant de passer

outre. , . 1 r.^

Pour se soumettre à une interdiction qui les gene, les commerçants semblent vouloir attendre un premier accident qu ils espèrent d'ailleurs ne pas voir arriver. Nous, hygicmstes convaincus des dangers que présente le procédé, nous nous relusons à attendre cet accident et, pour l'éviter, nous réclamons 1 interdiction préventive.

Deuxième argument: réglementation; dose maximum. - Au moment où parurent les deux rapports du 15 novembre 1880 et du 7 août 1882, il n'était pas connu de procédé d'analyse d une application facile et commerciale. „ , „ i • .

A la suite des réclamations présentées par MM. Pellel, Robinet, Rémond, M. le professeur Griraaux étudia la question et déclara au Comité que, par un procédé colorimélrique nouveau, l analyse pouvait être faite avec une rapidité et une exactitude suffisantés.

SALICYLAGE. — RAPPORT DE M. DUBRISAY.

Toutefois nous ferons une double réserve :

io Que les doses permises soient ou non déterminées, la question de l'effet des petites doses, incessamment absorbées, n'en reste pas moins tout entière,

2o Au point de vue administratif et hygiénique, la fixation d'un maximum est une mesure qui laisse beaucoup à désirer. Le plâtrage des vins est là pour le prouver. Le maximum fixé par l'Administration est sans cesse dépassé par les fabricants; les délinquants sont poursuivis et punis; la santé des consommateurs n'en a pas moins été compromise.

Troisième argument : indication du salicylage et de la dose. — M. Pasteur, et avec lui plusieurs membres du Comité, avait déjà proposé cette solution. Toutes réserves faites sur les dangers d'une absorption répétée de petites doses, les consommateurs auraient du moins été à l'abri du salicylage à leur insu; mais pour l'acide salicylique, aussi bien que poui- l'introduclion du cuivre dans les conserves de légumes, le seule réponse que nous puissions faire, c'est qu'il faudrait une loi pour imposer la déclaration.

Quatrième argument. — Quand aux services rendus par l'acide salicylique dans les dernières épidémies de choléra et de fièvre typhoïde en tant qu'agent antiseptique, ils sont encore à démontrer.

Cinquième argument : contradiction entre les différents rapports du Comité. — Je ne m'arrêterai pas à réfuter ce dernier argument. Trois mots isolément extraits des trois derniers rapports (lettre du 21 juillet 1883) : «toxique, dangereux, suspect», ont servi de thèmes à des attaques sans poi'tée. Ce qui n'a pu être ni attaqué ni démenti, c'est que les trois rapports de 1880, 1882 et 1883 se terminent, comme celui de M. Bussy en 1877, par la conclusion très nette et très précise que j'ai reproduite au commencement de ce cinquième rapport; c'est que, par trois fois, le Comité a demandé à M. le ministre la prohibition de l'acide salicylique dans les substances ahmentaires: c'est enfin que cette demande a été présentée à Vunanimité par le Comité, sans qu'il ait cédé, comme on s'est plu à le dire, à des considérations d'amour-propre qui l'auraient empêché de revenir sur ses décisions antérieures.

Deuxième partie. — Réfutation des arguments précédknts et approbation DES MESURES DE PROHIBITION PAR DES COMMERÇANTS, DES CON- SEILS DE SALUBRITÉ, ETC.

Aux arguments présentés dans le chapitre précédent, les commerçants et leurs représentants les plus autorisés se sont chargés de répondre eux-mêmes.

P. Brouakdel. — Les Empoisonnements. 30

Le Conseil de salubrité de Rouen, celui d'Alger, la Chambre syndicale des brasseurs de la Seine, les chefs des grandes brasseries de Sèvres, Puteaux, Nancy, Strasbourg, Nuremberg, Munich, Vienne, le Syndical général des chambres syndicales du commerce en gros des vins et spiritueux de France, ont publié les comptes rendus de leurs délibérations ou se sont adressés par lettres soit au Ministre, soit à la Commission.

Ces divers documents, auxquels il est indispensable de se reporter, ont été publics in extenso dans le rapport du 7 août 1882 (1) Pour le moment, nous reproduisons seulement les diverses conclusions ;

1° La dose minime indiquée par les fabricants ne détruit pas les principes fermentescibles des vins (Syndicat général des chambres syndicales, séance du 16 juin 1881).

2° Si l'emploi de l'acide salicylique venait à se généraliser, il amènerait certainement la décadence de la brasserie française (même rapport, 1882, p. 211, lettre à M. le ministre du Commerce). .

30 Les bonnes brasseries n'emploient décidément pas 1 acide salicylique..., il ne sert qu'à couvrir des fautes dans la fabrication ou des négligences dans la conservation de la bière (même rapport, 1882, p. 215 et 216, lettre à M. 'Wurlz du Mautner de Markolf, brasseur de Vienne).

Et enfm, dans la séance du 13 juin 1882, le même Syndicat général des chambres syndicales du commerce en gros des vins et spiritueux émet le vœu (par 16 voix contre 3 abstentions) : que l'addition de l'acide salicylique dans les boissons soit rigoureusement interdite, et que son emploi soit poursuivi au même titre que la falsification et la coloration des vins.

Le seul document nouveau que nous demandions à prodmre es une note fort intéressante du secrétaire du Conseil départemental de salubrité publique d'Alger, le Bertherand.

Le salicylage des vins en Algérie au point de vue hygiénique, par M. le D'' E. Bertherand, Secrétaire du conseil départemental de salubrité publique.

« Que disent les partisans de l'emploi de l'acide salicyliquedans la vinification '?

„ 10 II est indispensable pour la conservation du mu.

(1, Recueil des travaux du Comité consultatif d hygiène, t. XII, de la page 209 à la page 220.

SALICYLAGE. — RAPPORT DE M. DUBRISAY. 467

« 20 II est inoffensif pour la sauté, à un certain dosage, puisque la médecine utilise cette substance, entre autres pour le traitement des rhumatismes articulaires.

3» Il est utile pour le transport de nos vins si sujets à. des fermentations incomplètes sous l'influence du climat.

« Que répondent les adversaires?

« 1° Si nos vins ont besoin d'être fixés dans leurs éléments fermentescibles, c'est qu'ils sont mal préparés, mal faits. Ne livrez au commerce que des vins convenablement confectionnés suffisamment reposés, rationnellement traités. Ayez à cette fin un outillage complet, les installations (caves) rigoureusement indispensables. Donnez à vos vins le temps de « se faire ,>. Permettez au sucre de raisin de se transformer complètement en alcool. Écartez surtout les additions frauduleuses. Ne cherchez à améliorer vos ^nls, surtout pour les transports, que par des coupages intelligents, raisonnés. Vous aurez alors du vin «bon et vrai». Mais de grâce, ne dénaturez pas un produit qui ne demande, pour acq'uém toutes les qualités d'une boisson salutaire, que de la patience de la surveillance et surtout... de l'expérience. La vinification est une science.

« 2o L'adde salicylique n'est pas aussi inofTensif que vous le prétendez. On a cité des enfants nourris au lait conservé par cette substance, leur santé ne tarda pas à se troubler

D'ailleurs de ce qu'une substance est utilisée en médecine, dans des cas ou tel organe, telle fonction sont en souffrance, semit-il logique d en conclure qu'elle peut être impunément empIoyé.e dans 1 usage journalier d'une personne en bonne santé t.lï '^"^ différence très notable pour celui qui prend

telle substance médicamenteuse pendant quelques jouïs, à des doses déterminées, régulières, et pour celui qui'l'ab orbera dan son régime quotidien, d'une façon contint, plus ou mo!n

Zrr? ' ' q^améT

« Ne voit-on pas chaque jour des accidents graves chez des

« Vous parlez de « dosage » ! mais comment l'assurer, le ré«le- Zté7'll S-de variété Is

de n 'n ' ^°-"t-"onnelles des individus entraîne

moins r. ^7 différences dans l'élimination plus ou

moins régulière des substances introduites dans l'économie? La dose qui sera inofîensive pour celui-ci ne le sera pas p^ur

celui-là qui en éprouvera des accidents plus ou moins sérieux.

« Si vous acceptez, comme principe, l'innocuilé de l'acide salicylique dans la confection des vins, soyez logiques et acceptez aussi la fuchsine, le plâtrage et autres pratiques qui modifient plus ou moins gravement la constitution élémentaire de nos denrées alimentaires. Où nous conduira une pareille doctrine?

« Il ressort de tout cela que le salicylage des vins est une opération inutile pour le viticulteur expérimenté, et qu'elle peut être nuisible au consommateur. • , • ■

« Que les vignerons respectent les conditions physiologiques de nos estomacs et de nos reins et tout sera pour le mieux. Qu'ils y réfléchissent ; leur véritable intérêt est de confectionner de bons , vins naturels, solides, et non pas de recourir à des moyens artificiels d'écouler des produits défectueux, parfois peu vendables, parfois trop faibles en alcool, parfois d'une conservation difficile, en d'autres termes, d'une qualité peu marchande.

« La réputation des vins algériens est à ce prix. « Le ministre du Commerce a donc été sagement inspire, dans sa circulaire de février 1881, en prohibant le salicylage des substances alimentaires. »

Nous n'avons pas cru devoir rechercher de nouveaux témoignages à l'appui de la thèse que nous soutenons. La conclusion de ce chapitre est évidente. De l'avis des gens du métier :

10 Les doses minimes d'acide salicylique sont insuffisantes pour conserver les substances alimentaires solides ou liquides et Ion sera forcément entraîné à introduire des doses élevées

20 Les produits de bonne quahté n ont pas besoin d agents de conservation, et l'acide salicylique, dans l'immense majorité des

a ne sert qu'à faire passer des substances de quahtés inférieure , Parfois frelatées; qu'à favoriser la fabrication des vins arunaels Zt nnsuffisance hygiénique est manifeste C'est la chambre de commerce ie Bordeaux qui le dit elle-même dans une lettre au ministre du Commerce, à la date du 23 mars 1881.

Page 1