PAR UN CERTAIN NOMBRE DE MÉDECINS
l. Emploi de Vadde salicylique dans le choléra et ^«/^«'^ f P^^f^ En 1882 le docteur Ladureau, de Lille, partisan de 1 acide 'r v!n! disait au'il serait curieux de constater ce que, dans StSierr: %,^<^^^ et de choléra, deviendraient les buveurs de bières salicylées.
SALICYLAGE.
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Les épidémies de fièvre typlioïde de 1882, celle de claoléra de 1884, n'ont que trop vite fourni l'occasion de faire celte Fecberclae.
Divers journaux industriels ont avancé que, dans l'Inde, les médecins anglais donnaient avec succès des vins salicylés pour préserver les soldais du choléra.
Avant de nous occuper d'une assertion aussi vague, nous attendrons des renseignements plus précis et d'une origine plus scientifique.
Dans une lettre adressée à M. le ministre du Commerce par la Compagnie générale des produits antiseptiques ù la date du 18 novembre 1883, on lit la phrase suivante: Lorsque M. le professeur Vulpian dit à l'Académie de médecine qu'ori devrait administrer à nos soldats 0,23 au 0,30 par jour d'acide salicylique dans leur boissons, par mesure d'hygiène prophylactique, ne oondamne-t-il pas la proscription absolue dont le précieux anlisepiique a été frappé?
Et dans un article de journal de la môme époque, encore à propos du choléra, on fait dire à M. Vulpian : Je pense que Vacide salicylique est un remède excellent ; pris à petites .doses, dans Veau, si l'on veut, et mieux encore dans le vin de table, et il est de nature à préserver de Vatteinte du mal. C'est un acide excellent pour combattre les ferments de toutes sortes, par suite celui du choléra.
Quelles que puissent êlre les opinions de M. le professeur Vulpian, nous tous qui connaissons la sage et consciencieuse réserve qu'il apporte dans ses travaux et dans ses publications, nous ne pouvons admettre qu'il ait autorisé un journaliste à le faire ainsi parler et nous nous en sommes assurés parune demande personnelle auprès de lui. Dans le désir de se mettre à l'abri derrière sa grande et légitime autorité, de l'opposer à celle du Comité, les fabricants d'acide salicylique ont présenté au public, comme un fait acquis, ce qui n'était pour le savant qu'u'^ae question à l'étude. Du reste, quoi qu'il en soit de ces explications, il n'est que trop certain que l'acide salicylique n'a rendu aucun service dans la dernière épidémie de choléra.
Quant à la fièvre typhoïde et au traitement par l'acide salicylique, on se rappelle les magistrales communications faites à l'Académie de 1882 et 1883 par le professeur Vulpian.
Le 22 août 1882, le savant professeur expose qu'il a donné à ses malades 6 ou 7 grammes d'acide salicylique sans avoir jamais observé d'accidents graves.
Deux fois il a observé de la prostration, plusieurs fois de l'excitation cérébrale qui disparaissait avec la suspension momentanée du médicament; le malade éprouvait une amélioration géné-
raie très sensible; l'abaissement de la température allait jusqu'à 2 et 3 degrés; parfois il y a eu peut-être une albuminurie passagère, mais la question est discutable ; le traitement même prolongé n'a pas toujours empêché les rechutes et n'a pas paru abréger la durée totale de la maladie.
M. Valpian se demande si, dans certaines conditions d'épidémicité de la fièvre typhoïde, on ne pourrait employer l'acide salicylique comme prophylactique : ;< S'il était prouvé, dit-il, que le contage de la fièvre typhoïde s'introduit presque toujours dans forçanisme par les voies digcstivcs, il serait permis de supposer que l'ingestion quotidienne dans Veslomac d'une petite dose d'acide salicylique pourrait peut-être annihiler ou paralyser le poison typhogène avant son absorption par les parois du canal gastro-intestinal... »
Et plus loin il ajoute : « L'idéal serait d'introduire dans le sang une quantité suffisante d'un agent antiseptique, capable de détruire les produits septiques qui Vont envahi, de modifier Vctat des éléments anatomiques et des milieux liquides de l'organisme : peut-être alteindra-t-on un jour cet idéal, mais, pour le moment, nous en sommes encore très éloignés. . . »
« En résumé, dit-il, Vacide salicylique paraît donner des résidtals plus favorables que les autres agents thérapeutiques essayés jusqu'ici, mais son influence n'est peut-être que modératrice, en d'autres termes antithermique. »
L'année suivante (1883), nouvelle communication à l'Académie. M. Vulpian a persévéré dans l'emploi de la même méthode. Il ne pense pas que le mauvais état du foie et des reins, chez les typhiques soit une contre-indication.
Au point de vue de la mortalité, les résultats ont été favorables; il n'a perdu que 6,54 p. 100 de ses malades et, avec les autres méthodes, on a perdu 10,10 p. 100, dans le même hôpital.
Mais son espoir a été déçu en ce qui concerne l'action directe, qu'il avait eue surtout en vue, de l'acide salicylique sur l'agent typhogène, que celui-ci soit ou non microbien.
On le voit, pour la fièvre typhoïde comme pour le choléra, les partisans quand même de l'acide salicylique se sont trop empressés de faire parler M. Vulpian. Ils ont donné comme des faits avérés ce qui était et ce qui est resté à l'état d'hypothèse.
Il — Consultation donnée par un certain nombre de médecins en réponse à une demande d'avis sur l'innocuité de l'acide salicylique employée à la conservation des denrées alimentaires. La conclusion de celte consultation est ainsi formulée : « Nous estimons, en définitive, que l'usage des boissons et ali-
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ments salicylés tel qu'il s'est répandu et qu'il tend à se répandre de plus en plus, non seulement peut sans inconvénient être toléré par l'autorité, mais constitue même sous bien des rapports un véritable progrès. »
Les considérations sur lesquelles les médecins s'appuient pour arriver à celte conclusion sont de trois ordres : d'ordre médical, d'ordre chimique et d'ordre commercial.
•f 0 Considérations d'ordre médical. — « A. S'appuyant sur l'expérience acquise depuis que l'acide salicylique et le salicylate de soude sont entrés dans la pratique journalière, les médecins considèrent que ces deux substances ont un mode d'action qui est sensiblement le même; les doses couramment administrées aux malades varient de 4 à 10 grammes par jour; les accidents produits par les doses élevées (de b à 10 grammes) sont exceptionnels et passagers et n'entraînent aucun danger réel; il suffit de suspendre la médication.
« B. Au-dessous de 2 grammes par jour, la présence de cetle substance dans l'économie ne se traduit par aucun phénomène observable et l'action en est d'autant plus inoffensive que l'élimination se fait par les urines avec une grande facilité, de sorte qu'il est permis d'avancer que:
«C. Des doses inférieures àl gramme peuvent être absorbées ■pour ainsi dire indéfifiiment sans le moindre préjudice.
"D. Le silence absolu gardé par les traités les plus récents de toxicologie au sujet de l'acide salicylique prouve que celte substance n'est pas aussi dangereuse qu'on l'a prétendu. »
Ces diverses considérations nous ont paru susceptibles des critiques suivantes :
A. Le salicylate de soude représente les quatre cinquièmes en poids de l'acide salicylique, c'est-à-dire que d gramme de salicylale renferme Os^^SO d'acide salicylique; ces deux substances sont donc très rapprochées comme composition; au point de vue de l'action antiseptique, l'écart est beaucoup plus accusé; dans le rapport de 1882 (1), nous avions dit, d'après les expériences de Boucholtz, que l'acide salicylique a une puissance antiseptique trois fois plus grande que le salicylate de soude.
Dans une lettre adressée à M. le ministre du Commerce à la date du 15 octobre 1883, M. Miquel dresse un tableau des antiseptiques par degrés de puissance, et note que, pour stériliser
(I) Recueil des travaux du Comité consuUalif d'hygiène, t. XII, p. 201.
un litre de bouillon, il faut 1 gramme d'acide salicylique et 10 grammes de salicylate de soude.
Sonl-ce là deux substances identiques et peut-on sûrement conclure des effets de Tune aux effets de l'aulre?
Tous les médecins sont unanimes à reconnaître les effets heureux du salicylate de soude employé contre le rhumatisme articulaire. Mais d'une action thérapeutique heureuse dans un cas pathologique déterminé, a-t-on le droit de conclure à une généralisation d'emploi favorable sur tous les individus bien portants?
D'une dose thérapeutique peut-on conclure à une dose hygiénique? C'est contraire aux enseignements de la clinique. De ce que le paludéen absorbe des quantités énormes de quinine, de ce que les femmes enceintes ou hystériques supportent des doses élevées d'opium, on n'a jamais eu l'idée de donner à l'homme sain de l'opium ou de la quinine : on sait que, dans un grand nombre de cas, la maladie confère au sujet malade une immunité qu'on ne retrouve pas chez le sujet à l'état physiologique (1).
De ce que le rhumatisme est guéri par le salicylate de soude, administré passagèrement et surveillé dans ses effets, rien n'autorise à affirmer que l'homme sain pourra, sans danger, absorber d'une manière continue ce même médicament.
fi. Pour /les doses au-dessous de 2 grammes, dont la présence dans l'économie ne se traduit, dit-on, par aucun phénomène observable, nous demandons à diviser en deux classes les sujets qui peuvent y être soumis: ceux chez lesquels le médecin surveille jour par jour l'action du médicament, ceux qui ne sont soumis à aucune observation médicale.
il) A l'appui de cette proposition, nous citerons les lignes suivantes empruntées à un article du professeur Grasset {Semaine médicale du 10 iuin 1885) : « Sans doute c'est toujours le même organisme qui est malade ou bien portant, mais comme le déterminisme change, on comm-end que les eflets des médicaments puissent changer et n être pas du tout les mêmes à l'état pathologique et à l'état physiologique. Ainsi les meilleurs médicaments pour diminuer ou abolir la sensibilité physiologique ne sont pas les meilleurs moyens de calmer la douleur uathologique : le chloroforme est bien supérieur à l'opium sur l homme sain et lui est bien inférieur chez l'homme malade pour agir sur a seosibiUté. Ouelle est l'action de la quinine et de l'antipyrine sur la température normale? Nulle ou insignifiante : elle est cependant incontestable sur la température fébrile. Donc les actions thérapeutiques sur l'homme malade doivent être conçues diOérentes des actions physiologiques sur l'homme sain. » . . t - i ,,„„f Aa ^ Ce qui est vrai de la quinine et de l'antipyrine 1 est également de l'acide salicylique, qui, sur l'homme malade, produit un ajaissement considérable de la température, et, sur l'homme sam, ne prodmt aucune modification appréciable du pouls ni de la température.
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Parmi ceux qu'on observe, nous avons cité, dans le rapport de 1882 (1), un certain nombre de sujets, exceptionnels si l'on veut, qui ne pouvaient supporter ni 4, ni 2, ni même 1 gramme de salicylale. Il s'était donc produit cbez eux des phénomènes appréciables. Depuis lors, sur un homme de quarante-huit ans, ouvrier à la Belle Jardinière, sur un jeune homme de vingt ans, atteints tous deux de rhumatisme articulaire, nous avons rencontré à plusieurs reprises la même intolérance pour des doses de 2 grammes par jour.
Pour les sujets qu'on n'observe pas médicalemeni, s'ils n'ont jamais fourni l'exemple type d'empoisonnement que réclament les salicyleurs, étant donnés les faits de susceptibilité particulière que nous venons de citer, peut-on affirmer que certaines affections plus ou moins éloignées, des dyspepsies chroniques, des néphrites albumineuses, etc., ne soient pas le résultat de l'usage prolongé de vins, de bières, d'aliments salicylés?
On a dit que le tabac, l'alcoo], le pain même pour les diabétiques, étaient bien autrement nuisibles que l'acide salicylique, et, dans certains articles de journaux, on a conseillé aux hygié-^ nistcs officiels d'en réclamer l'interdiction.
Mais l'homme qui fume sait qu'il absorbe de la nicotine; celui qui boit de l'eau-de-vie ou de l'absinthe sait qu'il absorbe un poison connu, l'alcool; le diabétique sail, en mangeant du pain, qu'il augmente sa dose de sucre, et tous les trois peuvent rapporter à une cause définie la production ou l'aggravation de leur mal. L'homme qui boit du vin salicylé au lieu de vin pur, s'il devient malade, ne sait à quoi rapporter les accidents qu'il éprouve, ni de quelle manière il peut les combattre.
On dit que l'élimination par les reins est une garantie de sécurité, encore faut-il que cette élimination soit facile et rapide. Si; par l'effet de l àge ou d'une condition morbide, l'élimination était suspendue ou retardée, en quelques jours des doses considérables d'acide peuvent s'accumuler dans l'économie. N'y aurait-il pas alors des phénomènes observable ?
Alors même que cette élimination est régulière, toute la dose d'acide absorbée est loin d'être rendue dans les urines. Feser et Friedberger (2), ont constaté en effet que l'on ne retrouve dans les urines que 63 p. 100 de la quantité' d'acide administré à des chiens, et ils ajoutent : Comme le reste n'a pas été éliminé par les fèces, il a été détruit dans l'organisme.
(1) Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène, t. XII, p. 202 et 203.
(2) Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène, t. XN, p. 205.
PIÎCCRS ANNEXES.
De plus, l'acide salicylique éliminé ne se retrouve pas entièrement dans les urines à l'état libre, ni à l'étal de salicylate de soude. On sait depuis les reciierchos de Tîeclaj^nini (1) qu'il se transforme en partie en acide salicylurique, qui, donnant avec le percblorure de fer la même réaction que l'acide salicylique, ne peut en être distingué par ce réactif.
L'acide salicylurique étant un acide azoté qu'on peut considérer comme un dérivé salicylique du glycocole, il est évident que l'ingestion d'acide salicylique modifie les conditions delà désassimilation, puisqu'une partie de l'azote de l'organisme est éliminé sous forme d'acide salicylurique, au lieu d'être éliminé à l'état d'urée.
Celte formation d'acide salicylurique peut être indifférente quand elle est passagère: qui osera affirmer qu'elle sera innocente, si elle est indéfiniment et journellement répétée?
En tout cas, l'accumulation d'acide par suite d'une élimination rénale incomplète, dans certaines conditions individuelles, et, dans tous les cas, la formation constante d'acide salicylurique, quelque faibles qu'aient été les doses d'acide salicylique, sont des phénomènes observables.
C. Quant à l'absorption pour ainsi dire indéfinie et sans le moindre préjudice de doses inférieures à 1 gramme, les objections que nous venons de présenter sont applicables à cette deuxième •hypothèse, comme elles l'étaient à la première, et nous ne pouvons que les répéter; à quelque dose qu'il soit administré, l'acide salicylique non éliminé par suite d'une circonstance quelconque, pathologique ou autre, s'accumulera dans l'économie, et alors même que l'élimination normale a lieu, la production d'acide salicylurique démontre la combinaison d'une partie d'acide avec certains éléments des tissus.
Restent enfin, en nombre indéterminable, les sujets exceptionnels sur lesquels les médicaments produisent des effets opposés à la règle ordinaire; soumis à l'observation d'un médecin qui apprécie et supprime le mal à son origine, ils échappent aux accidents consécutifs : pourquoi soustraire l'acide salicylique à celte prudente observation? pourquoi laisser à la portée de tous, en dehors de tout contrôle autorisé, un médicament actif et, par suite, même dangereux?
Suffit-il d'abaisser les doses d'une substance toxique pour supprimer tout danger? Souvent on ne fait que transformer, d'autres
(I) Bertagnini, Annales de chimie et de physique, t. XLVH, p.
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