L ACIDE SALICYLIQUE DEVANT LES TRIBUNAUX
délits de falsification et de mise en vente de bière falsifiée prévus par la loi ; « Par ces motifs :
« Condamne Karcher à 50 francs d'amende, Mauger et Claude à 2b francs. »
Cour d'appel de Paris (ch. corr.). — Présidence de M. Muller. Audience du 9 mars 1888.
Salicijlage des bières. — Falsification. — Délit. — Complicité (1).
Un jugement de la 8" chambre du tribunal correctionnel de la Seine, en date du 27 janvier dSSS, a condamné le sieur Lenoir, prévenu d'avoir salicylé les bières qu'il fabriquait, à 2o francs d'amende, et le sieur Perckel, prévenu de s'être rendu complice du délit reproché à Lenoir, en lui fournissant le moyen de le commettre, à 23 francs d'amende.
. M. Perckel a relevé appel de ce jugement.
Il prétend que le délit de la falsification est absolument distinct du caractère de nocuité de la substance ajoutée et que si cette substance laisse au produit auquel elle est mêlée ses qualités; à plus forte raison, si elle les maintient, il n'y a point de détérioration tombant sous l'application de la loi du 27 mars 1851.
La Cour, après avoir entendu le rapport de M. le conseiller Labour, la plaidoirie de M*^ Pouillet pour M. Perckel, les conclusions de M. l'avocat général Falcimaigne, a rendu l'arrêt suivant :
« La Cour,
« Considérant que le jugement du 27 janvier 1888, dont il est relevé appel par Peckel, a, par application de l'article 1"' de la loi du 27 mars 1831, condamné Lenoir comme auteur principal et Perckel comme complice du délit de falsification et de mise en vente de substances alimentaires; que dès lors la Cour n'a pas, dans l'espèce qui lui est déférée, à rechercher si la bière salicylée, objet du présent litige, contient une mixtion nuisible à la santé, ce qui constituerait le cas prévu par l'article 2 de ladite loi, mais seulement si le tribunal a fait une juste application de l'article l"^"" qui vise la falsification;
« Considérant que s'il est certain que tout fait d'addition à une denrée alimentaire dune substance étrangère ne constitue pas le délit de falsification, il n'en est pas de même lorsqu'en opérant la
• (1) Le Droit, 2G et 27 mars 1888.
502 PifcCES ANNEXES.
mixlion le vendeur a volonlaiienient alléré la qualité de la substance alimentaire au préjudice de l'acheteur ;
« Considérant que l'addition dans la composition de la bière d'acide salicylique constitue une véritable altération de ce produit au préjudice de l'acheteur; que celte mixtion a pour but de modifier la substance annoncée au public en introduisant un élément nouveau qui n'entre pas dans la fabrication ordinaire de la bière et lui donne un caractère différent;
« Considérant que l'on ne peut prétendre que cette mixtion est innocente et ne saurait, faute de préjudice pour l'acheteur, tomber sous l'application de la loi pénale;
« Considérant que le préjudice pour l'acheteur est certain ; que les bières de bonne qualité n'ont pas besoin, pour éviler la fermentation, de l'addition d'acide salicylique; que cette addition a précisément pour but de donner à ces bières une supériorité apparente qu'elles ne possèdent pas ;
a Considérant enfin que le danger pour la santé publique provenant de bières salicylées est actuellement démontré par la science ; que l'acide salicylique est un véritable médicament, quelquefois utile, souvent dangereux, dont le dosage doit être dirigé et surveillé par un homme de l'art, et dont l'administration ne saurait être abandonnée à des commerçants agissant uniquement dans l'intérêt de leur industrie; qu'ainsi donc l'acheteur trouve dans le dommage que peut causer à sa santé l'emploi de ce prétendu agent de préservation, qui n'est infermentescible qu'à la condition d'être employé à haute dose ou tout au moins à dose répétée, un nouvel et très grave élément de préjudice ; ^
« Considérant dès lors que la falsification résultant du mélange frauduleux, tendant à dénaturer la substance annoncée au préjudice de l'acheteur, apparaît ici clairement et qu'il y a lieu de déclarer que les premiers juges ont fait une saine application de la loi ;
« Considérant que le fait de complicité relevé contre Perckelest constant; que ses relations personnelles avec Lenoir sont certaines; qu'il résulte de la déposition de Lenoir, que Perckel, administrateur de la maison de produits chimiques, 26, rue Bergère, à Paris, s'est présenté chez lui, lui a fait des offres de service et lui a fait connaître qu'il pouvait user pour ses bières de salicylate dans les conditions indiquées dans les prospectus; que ces relations entre les prévenus se sont continuées au cours de l'instruction, ainsi que l'a encore déclaré Lenoir;
« Qu'interrogé par le juge d'instruction, Perckel n'a d'ailleurs fait aucune difficulté pour reconnaître que l'acide salicylique pro-
l'acide salicylique devant les tribunaux, ovô
venait de sa maison qui débite seule en France ce produit;
« Qu'il a également répandu et fait répandre des prospectus indiquant le mode d'emploi dudit acide salicylique, son utilité et son dosage ; qu'il s'est donc sciemment rendu complice du délit de falsification dont Lenoir a été reconnu coupable en lui donnant les instructions pour corameltre l'action et en lui procurant le moyen qui a servi à ladite action, sachant qu'ils devaienty servir;
« Par ces motifs,
« Adoptant au surplus les motifs des premiers juges, confirme •ce dont est appel. »
Cour de cassation (ch. crim.). — Présidence de M. Lœw. Audience du M mai 1888.
Vin. — Mélange iVeau. — Affiche. — Motifs suffisants. — Acide salicylique. — Ordonnance du Préfet de police du 23 février ^88L
« Est suffisamment motivé, en présence du soutien du prévenu, qu'une affiche de son magasin faisait connaître l'addition d'eau, l'arrêt de condamnation qui se borne à dire que ce prévenu « a falsifié par addition d'eau, dans une notable proportion, du vin destiné à être vendu ».
« Il n'est pas d'ailleurs nécessaire, si la double prévention de falsification et de mise en vente est relevée contre le même individu, qu'il soit indiqué, selon les termes de la loi, que la mise en vente a eu lieu « avec la connaissance de la falsification ». Puisque le vendeur est le falsificateur, cette connaissance est iimpliquée.
« L'acide salicylique est un agent falsificateur, sans qu'on puisse dire que, cette substance laissant au produit auquel elle ■est mêlée ses qualités et ayant même pour effet de les maintenir, il ne peut être question de détérioration au sens de la loi du 21 mars ISbl.
« Le salicylage donne lieu à l'application des lois du *27 mars 1831 et du o mai 1833, et n'est pas une simple contravention qui, objet de l'ordonnance du préfet de police du 25 février 1881, serait seulement passible de la pénalité de l'article 471 (§ 13) du Code pénal. »
Ainsi jugé, par le rejet du pourvoi de M. Carré contre un arrêt ■de la Cour de Paris, en date du 17 février 1888.
M. Poulet, conseiller rapporteur; M. Bertrand, avocat général ,(concl. conf.); W Carteron, avocat (1).
Le Droit, IG mai 1888.
Saccharine. — Son usage dans l'alimentation publique ; son influence sur la santé.
Par MM. P. Brouardel, Gab. Pouchet et Ogier (1).
I. Origine, propriétés chimiques de la saccharine. — Le nom de saccharine, primilivement donné par M. Peligot à un produit obtenu par l'action de la chaux sur le glucose, sert aujourd'hui à désigner une substance toute différente.
Celle-ci a été découverte, en 1879, par MM. Fahlberg, de Baltimore, et Remsen. Le véritable nom chimique de la saccharine est Vanhydro-ortho-sulfamido-benzoïque ou, par abréviation, le sulfamide benzoïque. La préparation en esl longue et compliquée ; nous jugeons inutile d'en donner le détail : le point de départ de cette fabrication est le toluène, carbure extrait du goudron de houille, d'où le nom assez impropre de sucre de houille, sous lequel on désigne aussi parfois la saccharine.
La saccharine se présente sous la forme d'une poudre blanche, soluble dans l'alcool et dans l'éther, peu soluble dans l'eau froide (100 parties d'eau en dissolvent 4 décigrammes), peu soluble dans l'eau chaude. A l'état de sel sodique, elle se dissout beaucoup plus facilement. Le produit préparé dans ces conditions par M. Mercier, sous le nom de saccharine soluble, présente ce caraclère.
Chimiquement, la saccharine n'a aucun lien de parenté avec les sucres proprement dits.
Elle possède, c'est là sa propriété essentielle, un pouvoir sucrant fort intense. En représentant par l'unité le pouvoir sucrant du sucre de canne ou de betterave, on doit évaluer celui de la saccharine à 280 ou 300. Sa saveur est très analogue à celle du sucre de canne (2); on lui trouve toutefois, surtout après un usage de quelques jours, un arrière-goût désagréable.
Il est aisé de comprendre quelle importance prendrait un pareil produit dans l'alimentation, s'il était démontré que son
(1) Rapport présenté au Comité consultatif d'hygiène publique de- France dans la séance du 13 août 1888. . ^«n^mp nn
(2) Nous employons le mot sucre de canne pour desigoei comme ou le fa,it en chimie, tous les sucres chimiquement identiques a celm qu on extrait de la canne.
SACCHARINK. '^^'^
usage fùL inofTensif. ActuellenienI, la saccharine est encore d'un prix élevé (135 francs le kilogramme), en raison des difficultés de sa fabrication et du prix des produits qui servent à sa préparation. 11 est facile de prévoir que l'industrie perfectionnera ses procédés et que le prix de la saccharine baissera rapidement. Quoi qu'il en soit, dès à présent, la saccharine, soit seule, soit mélangée de glucose, a, pour un pouvoir sucrant égal, une valeur •vénale bien inférieure à celle du sucre ordinaire.
Le fabricant de celte substance prévoit, dans ses brochures, de vastes perspectives pour la nouvelle industrie : le mélange de saccharine et de sucre de raisin est destiné, pense-t-il, à remplacer le sucre de canne pour les usages courants, préparation de confitures, de liqueurs, de conserves, etc. Dans une annonce de la Gazelle du Brasseur, on préconise l'addition de la saccharine à la bière dans les termes suivants :
« La saccharine donne à la bière un goût agréable, très supérieur à celui que peut donner le sucre de canne. La bière additionnée de saccharine est légère, mousseuse, n'empâte pas la bouche, et elle conserve toutes ses qualités jusqu'à l'épuisement complet du tonneau. La saccharine détruit ou empêche l'absorption par le sang des alcaloïdes dangereux (leucomaïnes, ptomaïnes) (?) qui se produisent souvent dans les intestins et déterminent des symptômes graves. » .
Dès maintenant, la fabrication de la saccharine a pris une grande extension, et son emploi pour divers objets d'alimentation est entré ouvertement ou clandestinement dans la pratique. Au Laboratoire municipal, on a eu récemment à analyser des vins de Champagne et des mélasses saccharinés. M. Kayser, de Nuremberg, a constaté la présence du nouveau produit dans diverséchantillons de liqueurs, jus de framboises, confiseries, sirop de glucose. On fabrique à Zurich du cacao à la saccharine, etc. (1).
(1) La recherche de la saccharine dans les objets d'alimentation n'est pas difficile. Pour les liquides, tels que sirops, vins, etc., ou peut faire un essai sommaire et rapide, en extrayant la saccharine par l'éther, qui la dissout et ne dissout pas les sucres. L'éther est évaporé : si le résidu a un goût sucré, la présence de la saccharine est probable. Pour la caractérisai' plus complètement, on traite le résidu par la soude et l'on chauffe dans un creuset d'argent; dans ces conditions la saccharine se transforme en acide salicylique qu'il est très aisé de reconnaître au moyen du perchlorure de fer (coloration violette).
La saccharine ou le résidu provenant de l'extraction par l'clher donne,, en présence d'un peu de résorcine et d'acide sulfurique concentré, une coloration jaune-rouge, puis verte; par addition de potasse il se produit un liquide rouge doué d'une Iluorescence verte. Cette réaclioa
II, Propriétés physiologiques de la saccharine. — L'étude des propriétés physiologiques de la saccharine permet de comprendre quelle inlluence son usage journalier peut avoir sur la santé.
Un premier point est liors de doute. La saccharine n'est pas un aliment. Introduite dans l'économie, elle n'est pas assimilée; elle traverse presque intégralement l'organisme sans s'altérer, et elle s'élimine en nature par la sécrétion urinaire. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point : Aducco el Mosso, Stutzer, Salkowsky. Mercier, etc. ; nous avons néanmoins eu soin d'en vérifier l'exactitude. La saccharine est donc pour l'économie une substance au moins inutile, et ne saurait remplacer les sucres proprement dits, qui sont pour l'homme des matières utiles, de véritables aliments.
Les fabricants de la saccharine ont vite reconnu que leur produit ne pouvait être considéré comme un aliment, que, pour devenir réellement un succédané du sucre de canne, il devait non seulement en avoir la saveur, mais encore être associé à des substances de constitution chimique analogue à celle des sucres proprement dits. Aussi ont-ils préconisé l'usage des mélanges de saccharine et de glucose, dans les proportions de J à 2 de saccharine pour 1000 de glucose, mélanges qui, parleur constitution élémentaire, sont, en effet, comparables au sucre de canne.
II. Action de la sacchahine sur lks fermentations. — La saccharine n'est pas un ahment; mais introduite dans l'économie eu même temps que des aliments vrais, facilite-t-elle, modifie-t-elle leurs transformations, les rend-elle plus ou moins assimilables?
Les expériences nombreuses que nous avons faites prouvent que la saccharine est un antiseptique, qu'elle arrête certaines fermentations.
L'un de nous a fait, avec M. le Paul Loye, préparateur du ■cours de médecine légale, les expériences suivantes :
« A. Action de la saccharine sur la germination des graines. — 1» On fait trois lots de graines de cresson alénois : « Le lot A est arrosé avec de l'eau distillée ; « Le lot B est arrosé avec une solution de saccharine à 1 p. 1 000 ; « Le lot G est arrosé avec une solution de saccharine à 2 p. 1 000 ;
colorimétrique peut être employée au dosage approximatif de la sac-
D'autres réactions ont encore été signalées : les procédés que nous venons de roppeler suffisent pour permettre de caractériser la saccharine promptement et sûrement.
« Après deux jours, lo lot A commence à germer, les radicules sont bien sorties. Le lot B montre à peine quelques points blancs. Le lotC a ses graines simplement gonflées.
« Après trois jours, la germination des graines du loi A est très avancée; celle des deux autres lots est très retardée,
« Après six jours, les graines du lot A sont en complète végétation. Celles du lot B sont encore en germination, mais la plupart sont restées inertes. Celles du lot G sont presque toutes simplement gonflées; c'est à peine si quelques-unes montrent leurs radicules. »
2° On fait trois lots de graines de cresson alénois :
« Le lot A est arrosé avec de l'eau distillée :
« Le lot B est arroséavec une solution de saccharine à 2 p. i 000 ;
« Le lot G est arrosé avec une solution de saccharine à 2 p. 1 000, neutralisée avec du carbonate de potasse.
« Après trois jours, les radicules sont très bien sorties dans le lot A. Gelles des lots B et G ne se montrent pas encore.
« Après quatre jours, les graines du lot A poussent vigoureusement ; celles de B et G montrent à peine quelques radicules.
« Après sept jours, le lot A est en végétation ; les lots B et G sont encore en germination ; beaucoup de graines de ces deux ■derniers lots sont d'ailleurs restées inerles.
« La saccharine, en solutions très étendues (de 1 à 2 p. i 000), ralentit donc énergiqucment la germination des graines. Qu'elle soit employée à Vétat naturel (acide), ou qu'elle soit iieutralisée, son action suspensive de la germination est la même.
« B. Action de la saccharine sur la levure de bière. — 1° On prépare ■deux tubes contenant chacun :
Levure de bière 1 gramme.
Glucose 1 —
Eau distillée 50 —
« Le tube A reste normal ; dans le tube B on ajoute 5 centigrammes de saccharine. Les deux tubes sont portés au bain-marie £145».
« La fermentation commence à peu près en même temps dans 'les deux tubes; mais elle ne tarde pas à s'arrêter dans le tube B. Au bout d'une heure, il y a6 centimètres cubes d'acide carbonique formés en A, alors qu'il n'y en a qu'un en B.
« L'expériencerépètée plusieurs fois donne les mêmes résultats.
2° On prépare trois tubes contenant chacun :
Levure de bière 1g|',00
Glucose , 1 ,50
Eau distillée GO ,00
« Le tube A reste normal; le lube B reçoit 5 centigrammes de saccharine; le tube C, la même quantité neutralisée par du bicarbonate de soude.
« La fermentation à 45° débute à peu près en môme temps ; mais bientôt elle s'arrôle en B. Elle continue au contraire très vivement en A et surtout en C ; il semble même qu'elle soit plus active dans ce dernier tube que dans le premier.
« Mêmes résultats dans une seconde expérience.
« La saccharine en solution très étendue (l p. ■/ 000), entrave donc énergiquement la fermentation de la levure de bière. Cette action suspensive ne se manifeste p/us si la saccharine a été préalablement neutralisée.
« G. Action de la saccharine sur les produits sécrétés par les' glandes du tube digestif: salive, suc pancréatique, suc gastrique, pepsine, etc. ■ — Les expériences précédentes montrent que la saccharine a une action très nette sur la végétation de quelques plantes, sur certains ferments bien connus. Il reste à déterminer son action sur les agents plus complexes qui commandent la digestion des aliments ingérés.
« a. Action de la saccharine sur la salive. — do On place dans une étuve à 44° pendant une heure :
« Tube A, contenant 20 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100 et 2 centimèires cubes de salive fraîche.
« Tube B, contenant 20 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100, 2 centimètres cubes de salive fraîche, et 2 centigrammes de saccharine.
« Pour réduire S centimètres cubes de la liqueur de Fehling (correspondant à 2o milligrammes de glucose), il a fallu : 3 centimètres cubes d'eau du tube A, 17 centimètres cubes du tube B.
« La transformation a donc été trois fois moins active dans 1& lube additionné de saccharine.
« 2° On met à l'étuve à 42° pendant un quart d'heure :
« Tube A, contenant 10 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100 et 1 centimètre cube de salive fraîche.
« Tube B, contenant 10 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100 et 1 centimètre cube de salive fraîche, plus 2 centigrammes de saccharine neutralisée par le bicarbonate de soude.
« Pour réduire 5 centimètres cubes de liqueur de Fehling, il a
l'ullu l""So (lu tube A, et l-^'^^S du tube B, 10 centimètres cubes ilu tube C.
(( La saccharine en soluiions très étendues (1 à 2 p. 1 000) ralentit iinergiquement l'action de la salive sur l'amidon. Si la saccharine a été neutralisée par du bicarbonate de soude, le ralentissement n'existe pas d'une façon appréciable.
« b. Action de la saccharine sur le suc pancréatique . — On fait macérer un pancréas frais de cbien dans Teau distillée ; on obtient ainsi un liquide pancréatique que l'on filtre.
« On prépare deux lubes qu'on porte à l'éluve à 30°.
« Tube A, contenant 20 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100, et 3 cenlimètres cubes de macération pancréatique.
« Tube B, contenant 20 centimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100, 3 centimètres cubes de macération pancréatique et de la saccharine.
« La saccharine a été ajoutée sans être pesée au liquide pancréatique ; on a filtré ensuite.
« Au bout d'une heure, le tube A donne une forte réduction de' la liqueur de Fehling ; le tube B (saccharinisé) ne donne aucune réduction.
« On prépare une macération fraîche de pancréas de chien.
« Tube A, contenant 10 centimètres cubes d'eau amidonnée à i p. 100, plus 3 centimètres cubes de macération pancréatique.
« Tube B, contenant 10 cenlimètres cubes d'eau amidonnée à 1 p. 100 plus 3 centimètres cubes de pancréas, plus 2 centigrammes de saccharine.
« On porte pendant vingt minutes les deux tubes à l'étuve à 42°. On trouve ensuite le tube A complètement limpide ; le tube B est resté trouble.
« Il faut un demi-centimètre cube du tubeA pour réduire 1 centimètre cube de liqueur de Fehling ; il faut plus de 11 centimètres cubes du tube B pour réduire 1 centimètre cube de liqueur de Fehling.
u On s'est assuré, dans une autre expérience, que la saccharine neutralisée ne modifiait pas l'action du liquide pancréatique sur l'amidon.
« La saccharine en solutions très étendues (i à2 p. i 000), supprime ou entrave l'action du liquide pancréatique sur l'amidon. La saccharine ne possède plus cette influence quand elle est neutralisée.
« c. Action de la saccharine sur le suc gastrique. — On porte à 40° deux tubes :
«Tube A, contenant : suc gastrique naturel H centimètres cubes; acide chlorhydrique à 4 p. 1 000, 5 centimètres cubes; albumine coagulée (blanc d'œuf), 2 grammes.
(( Tube B, môme contenu, auquel on ajoute 5 centigrammes de saccharine.
« Deux jours après, la digestion est achevée en A, il n'y a' plus de cubes d'albumine ; elle est incomplète en B, lequel renferme encore 1b'',4 d'albumine en cubes.
« On porte h l'étuve à 40° deux tubes :
« Tube A, contenant : suc gastrique naturel i2 centimètres cubes ; acide chlorhydrique à 4 p. 1 000, 10 centimètres cubes ; albumine coagulée, 2 grammes.
« Tube B, même contenu auquel on ajoute 5 grammes de saccharine.
« Le lendemain, la digestion est presque terminée en A, oii il ne reste que 20 centigrammes d'albumine en cubes ; elle est beaucoup plus retardée en B, qui renferme encore 80 centigrammes d'albumine en cubes.
« La saccharine à 2 ou 3 p. 1000 retarde Vacliondu suc gastrique sur Valbumine. »
M. Gab. Pouchet a fait une expérience analogue.
« Il fit des essais de digestion d'albumine d'œuf coagulée avec chacun des mélanges suivants :
« Solution d'acide chlorhydrique à 3 p. 1 000 : 100 centimètres cubes ; pepsine de Hottot, 0S'',20.
« Albumine coagulée décomposée en petits cubes, 10 grammes.
« On fit trois mélanges semblables qui servirent de types.
« A six autres mélanges identiques, préparés en même temps, on ajouta 5, 10, 15, 20, 2o, 50 centigrammes de saccharine, en rendant le mélange aussi intime que possible, puis on plaça le tout dans une étuve chauffée à 38-39°.
«Au bout de huit heures, les trois mélanges non additionnés de saccharine étaient presque complètement limpides, et l'albumine entièrement transformée en peptone.
« Le mélange contenant 5 centigrammes de saccharine renfermait encore un résidu assez notable d'aspect floconneux à la surface, et le lendemain, c'est-à-dire après vingt-quatre heures d'étuve, le liquide montrait encore quelques flocons grisâtres.
« Les mélanges contenant iO et 13 centigrammes de saccharine renfermaient encore le lendemain une notable quantité d'albumine non attaquée, à peine gonflée.
« Quant à ceux renfermant 20, 25 et 50 centigrammes de saccharine, la digestion de l'albumine était à peine commencée le
soir de la mise en marche de l'expénence, après neuf heures d'éluve ; et le lendemain, après vingt-quatre heures, les angles des fragments d'albumine étaient à peine gonflés et énioussés dans le mélange à 50 centigrammes.
« Au bout de trois jours, les mélanges à 20 et 23 centigrammes, dans lesquels existait encore de l'albumine non transformée, ont commencé à se couvrir de moisissures. A cette époque, le mélange à 50 centigrammes renfermait encore 1 gramme environ d'albumine non attaquée.
« 11 est à remarquer que, pour les mélanges renfermant une assez forte proportion de saccharine, cette substance, insoluble dans le véhicule dont la quantité se trouvait insuffisante eu égard à sa solubilité, était disposée à la surface de l'albumine et adhérente aux fragments, ce qui a dû probablement influencer davan tage l'empêchement à la peptonisation. »
Dans la séance du 20 juillet 1888, à l'Académie de médecine, Constantin Paul a lu un mémoire sur les propriétés antiseptiques de la saccharine. Voici la copie des expériences relatives à l'influence de la saccharine sur la digestion des aliments :
« Pour me rendre compte, dit Constantin Paul, de la mesure dans laquelle la saccharine trouble la digestion, j'ai prié M. Kiigler, docteur ès sciences, et l'un des introducteurs en France de la saccharine, de faire quelques expériences à cet égard. Voici la note qu'il m'a remise :
« Note de M. Kugler : Les expériences ont été faites en opérant simultanément sur deux flacons identiques, ne différant que par l'addition d'une dose de 2 p. i 000 de saccharine.
« La saccharine a été rendue soliible par le bicarbonate de soude, en n'y ajoutant que la quantité minimum nécessaire pour cette solution, qui a conservé la réaction acide de la saccharine.
« Expérience sur la fibrine. — Dans deux flacons semblables, on a mis :
Pepsine extractive OS'', 20
Eau distillée 60 ,00
Acide chlorhydfique. 0 ,60
Fibrine de porc 10 ,00
« L'un des deux flacons a été additionné de saccharine à 2 p. 1 000.
« Les deux flacons ont été mis dans une étuve à 45° et y ont été maintenus jusqu'à ce que la dissolution de la fibrine ait été complète dans l'un d'eux : c'était le flacon sans saccharine. Dans le flacon additionné de saccharine, la digestion n'était arrivée qu'à la moitié de la masse de fibrine.
« Expérience sur l'albumine. — Dans deux tlacons, on a mis :
« L'un des deux flacons a élé addilioiiné de saccharine à 2 p. 1 000.
« Ces deux flacons ont été maintenus dans une étuve à 4bo jusqu'à ce que la dissolution fut complète dans l'un des flacons. ■C'était le llacon sans saccharine. Dans le flacon sacchariné, la digestion est arrivée à peine à moitié.
« Expérience sur Vamidon. — Dans deux flacons semblables, ou ■a mis :
Amidon lOe^OO
Diaslase 0 ,50
« Dans l'un d'eux on a ajouté la saccharine à 2 p. 1 000.
« Ces deux flacons ont été chauffés à 60°. Le flacon sacchariné a donné une proportion de dextrine et de glucose bien plus faible que le flacon sans saccharine.
« En résumé, dit Constantin Paul, la saccharine, additionnée dans la proportion de 2 p. 1 000, entrave d'une façon très appréciable l'action de la pepsine sur la librine de porc et sur le blanc d'œuf, et l'action de la diastase sur le blanc d'œuf, sans les arrêter tout à fait. »
Les expériences citées par Constantin Paul, par tous les auteurs, celles que nous avons nous-mêmes instituées, sont concordantes. La saccharine a une action suspensive sur la digestibiliié des aliments quaternaires ou ternaires, elle modifie profondément la marche des transformations que doivent subir, dans le tube digestif, les aliments que nous ingérons ; elle retarde tous les actes de la digestion ; elle doit rendre nécessairement celle-ci plus lente, plus pénible; ses propriétés, étudiées expérimentalement, doivent faire prévoir qu'elle rendra dyspeptiques les personnes qui en feront usage.
C'est ce que l'observation s'est chargée de démontrer. Il était naturel que les médecins aient cherché à remplacer dans l'alimentation du diabétique le sucre de canne par la saccharine. Nous avons dit que celte substance n'a aucune des propriétés chimiques du sucre ordinaire; elle n'en a pas non plus les inconvénients pour les diabétiques. Dans ces cas, les médecins savaient que leurs malades prenaient de la saccharine et combien ils en pre-
Pepsine extractive..
Eau dislilléo
Acide chlorhydrique Blanc d'œuf