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liaient. 11 y avait donc en quelque sorte une expérimentation directe faite sur l'homme; c'est une condition rare pour tous ces produits suspects, leur introduction journalière, régulière, étant presque toujours inconnue. Cette expérience a donné les résultats que faisait prévoir l'étude de la saccharine dans le laboratoire. Stadeimann, Hedley ont noté chez quelques malades des symptômes défavorables. M. Worms, à l'Académie de médecine, a insisté sur les troubles digestifs qui survenaient chez quelquesuns des malades soumis à ce régime. Dans trois cas sur quatre, l'administration de la saccharine a dû être suspendue, à la suite de symptômes fâcheux : nausées, perte de l'appétit, goût sucré insupportable dans la bouche, pression sourde à l'épigastre, anorexie.
Quelques semaines plus tard, M. Worms a ajouté que le D'' Pavy, de Londres, qui a une clientèle très répandue et qui soigne plus particulièrement les personnes atteintes de diabète, avait observé des troubles dyspeptiques chez un certain nombre d'entre elles après l'ingestion de la saccharine (1).
D'autre part, MM. Leyden, Gerhardt, PoUastchec, d'autres encore, ont prescrit, la saccharine sans observer d'effets fâcheux.
III. EspÉRiENCEs SUR LES ANIMAUX. — Il résultc des faits précédents que, dans des conditions d'expérience bien déterminées, la saccharine suspend ou ralentit les actions nécessaires à une digestion régulière; que, lorsque des médecins observent un groupe de malades auxquels ils ont prescrit de la saccharine, il n'est pas rare qu'ils trouvent des dyspepsies; que celles-ci sont imputables à l'ingestion de la saccharine, et qu'elles cessent quand on supprime l'usage de cette substance.
L'expérimentation sur les animaux, presque exclusivement sur les chiens, a permis à quelques expérimentateurs de contester les conséquences des faits que nous venons de vous exposer.
MM. Aducco et H. Mosso, de l'Université royale de Turin, résument comme il suit leurs observations :
« 1» Les expériences faites sur des chiens démontrent que la saccharine, introduite dans l'organisme, passe dans l'urine sans subir de modification;
« 2° La saccharine absorbée tous les jours successivement et à fortes doses n'a aucune influence sur les fonctions de nutrition. Des hommes et des chiens ont reçu, peudant un grand nombre de jours, 5 grammes de saccharine par jour. Un chien amaigri a pris,
(l)Le D"" Pavy a déclaré depuis cette communication que M. Worms avait mal interprété les renseignements qu'it lui avait donnés.
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avec une bonne nourriture et li grammes de saccharine par jour, un accroissement de poids de b kilogrammes en onze jours;
«3° Les variations que l'état de l'urine présente à l'état normal s'observent également avec l'ingestion de la saccharine ; ■ « 4" La saccharine passe exclusivement dans l'urine;
« 5° La saccharine ne passe pas dans le lait (expérience sur une accouchée), ni dans la salive;
u 6» La saccharine introduite dans l'estomac et sous la peau est très rapidement absorbée, et se trouve dans l'urine en un peu moins d'une demi-heure ;
a 1° La saccharine est une substance parfaitement inoffensive pour les hommes ainsi que pour les animaux. »
Les observations du D'' Stulzer, de Bonn, sont également favorables ; il constate que des chiens ont pu absorber 5 grammes de saccharine par jour, quantité qui correspond à Ixe.SOO^de sucre, sans en éprouver d'effets fâcheux ; il conclut que les doses beaucoup plus petites qu'il serait nécessaire d'employer dans l'alimentation ne peuvent avoir pour l'homme aucun inconvénient.
Les expériences de Salkowsky, Stadelmann, Leyden, tendent à confirmer ces résultats. En France, M. Mercier a fait un certain nombre d'essais qui conduisent aux mêmes conclusions : des 'cobayes et des lapins ont supporté des doses assez considérables de saccharine soluble, administrée en injections hypodermiques. M. Mercier a pris lui-même pendant quinze jours 5 grammes par jour de saccharine, sans éprouver de malaise ni de troubles digestifs.
Vos rapporteurs ont contrôlé, dans deux séries d expériences sur les animaux, les résultats annoncés par les auteurs précédents. L'une des séries a été dirigée par M. Ogier, l'autre par MM. Brouardel et Loye.
,< Première série (M. Ogier). — Trois chiens ont été soumis a un régime sacchariné pendant un mois. Ces trois chiens, à peu près de même laiile, recevaient une alimentation identique. Ils absorbaient en outre, chaque jour, le premier 1 gramme, le second 2 grammes, le troisième 3 grammes de saccharine de Falberg. Les poids de ces animaux n'ont subi que de faibles variations ; ils ont un peu augmenté. Un quatrième chien, nourri de la même manière, sans saccharine, servait de témoin.
« Le premier chien est mort après trois semaines. Les symptômes qu'il a présentés furent, pendant les deux derniers jours, une paralysie du train postérieur, de la diarrhée, une conjonctivite purulente avec kératite de l'œil gauche. A l'autopsie, on trouva une broncho-pneumonie du poumon droit; l'autre poumon était
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sain. Le cœur, le foie les reins, l'estomac et l'intestin paraissaient sains. Ces symptômes et ces lésions sont ceu.\ que l'on rencontre dans la maladie des jeunes chiens. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'en tenir compte dans le bilan des faits imputables à la saccharine.
« Les deux autres chiens qui avaient absorbé, en un mois, l'un 60 grammes, l'autre 90 grammes de saccharine, et le témoin, ont été sacrifiés en même temps, après avoir reçu tous trois, deux heures et demie avant leur mort, un repas identique. A l'autopsie, l'examen du contenu de l'estomac nous a montré que la digestion était à peu près également avancée chez les trois animaux. Les divers organes étaient sains; l'examen histologique n'a révélé aucune particularité intéressante.
« En résumé, la saccharine ne parait pas avoir exercé d'influence sur la santé de ces animaux.
« Deuxième série (MM. Brouardel et Loye). — 1» Deux chiens de même poids ont reçu ensemble le même repas ; l'un a pris de plus 1 gramme de saccharine. Les deux animaux sont sacrifiés après trois heures. L'examen de leur estomac montre que leur digestion est également avancée ; chez tous les deux, les chylifères sont très lactescents ; il y a du liquide dans l'intestin grêle, du sucre et des peptones. La saccharine ingérée en une fois n'a pas produit de troubles immédiats de la digestion;
«2» Trois autres chiens sont mis en expérience; l'expérience contmue actuellement ; nous donnons les résultats obtenus du 12 jum au 2o juillet 1888.
« a. Chienne de S''s,200 soumise à un régime régulier • viande 100 grammes; graisse, 20 grammes; pain, SO grammes; eau,' 200 grammes par jour; l'animai est laissé continuellement dans sa cage, de façon à recueillir toute son urine. Le deuxième jour le 13 juin, il reçoit 3 décigrammes de saccharine, et, à partir dé cette date, quotidiennement la même quantité :
12 juin
5 juillet
Poids.
Urine.
ce.
Urée.
« Donc le poids, la quantité d'urine et d'urée n'ont subi aucune modification notable. L'appétit reste normal.
(( b Cbien de Q^e,1^0, non soumis à un réf^ime régulier ; gamelle ordinaire, dans laquelle on ajoute chaque jour 3 décicrammes de saccharine :
o Poids.
IG juin G 730 gramuies.
30 ]' COOO —
Siuillel ^^''^ ~
. En trente-neuf jours, l'animal a perdu 1>'.,200, environ un cinquième de son poids. 11 a un peu d'inappétence.
c e Chien de 18 kilogrammes, non soum.s à un reg.me régulier Tous les jours, on'ajoute à sa gamelle l-,50 de saccharme soluble de Mercier :
Poids.
20 juin 18 000 grammes.
on 16 400 -