‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 88 sur 96 · IZ · texte numérisé non relu

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qu'il n'y ait pas lieu de tenir compte des faits que nous avons rapportés ci-dessus, et dans lesquels les chiens soumis à une alimentation saccharinée ont subi un amaigrissement notable, nous ne pourrions dire que la saccharine, indifférente pour le chien, le sera également pour les organes digestifs de l'homme. L'observation directe des malades traités par M. Worms, prouve d'ailleurs le contraire.

11 importe de faire une dernière remarque : les expériences physiologiques, les observations faites sur l'homme sont encore toutes récentes. Elles prouvent que la saccharine trouble profondément les fonctions de la digestion. Mais il appartient à l'avenir de déterminer si son usage prolongé n'aura pas d'autres conséquences. MM. Aducco et Mosso, dans les conclusions que nous avons citées plus haul, font la remarque suivante :

« Concernant la question de savoir si la saccharine est nuisible ou non, on pourrait objecter que l'usage prolongé de cette matière pourrait donner lieu à des phénomènes que nous n'aurions pas eu l'occasion d'observer, à cause de la durée relativement courte de nos expériences. Celte objection n'a qu'une valeur appare n(e quand on réfléchit que nous avons fait absorber à un chien 37 grammes de saccharine en dix jours, sans que l'animal en ait aucunement souffert, et que nous avons pris tous deux 5 grammes de saccharine à la fois et plusieurs jours de suite, sans observer la moindre altération des fonctions de notre organisme. »

Cette observation nous paraît sujette à critique. Ne savons-nous pas, en effet, que certaines substances agissent tout différemment, selon qu'on les ingère à doses massives ou à petites doses répétées? Tel est le cas de quelques sels de plomb et de mercure, qui déterminent des phénomènes toxiques lorsqu'on les absorbe à petites doses réitérées et que l'organisme supporte cependant, à doses élevées, lorsque l'ingestion est faite en une fois. Ne savonsnous pas également que, lorsqu'une substance s'élimine par les reins, il suffit que ces organes soient malades pour que cette substance, inoffensive pour la majorité, crée un danger de mort imminent pour ces derniers ?

. Nous pensons donc que les faits ne démontrent nullement l'innocuité de la saccharine. Sans doute, dans certains cas, elle sera tolérée sans inconvénients pendant quelques temps ; dans d'autres, au contraire, pourront survenir des troubles plus ou moins sérieux, comme le prouvent les expériences et les observalions citées ci-dessus.

Nous ne voudrions pas ajouter à ces faits bien démontrés d'autres encore douteux; nous devons cependant en noter

quelques-uns : l'avenir seul pourra déterminer leur valeur.

Nous avons voulu connaître l'action do la saccharine sur le sang. A petites doses, nous n'avons rien ol)serv6. Dans une expérience, M, Gab. Pouchet a fait à un chien une injection intraveineuse de 10 grammes de saccharine en une fois; nous avons trouvé dans le sang la réaction de la méthéraoglobine. Cette influence de la saccharine sur le sang devra ôlre étudiée dans des conditions plus précises. Voici cette expérience :

« l"mai. Chien adulte du poids de 13 kilogrammes. Température rectale avant l'injeclion, 39", 6.

« A 4 h. 45 du soir, injection par la saphène externe de 10 grammes de saccharine dissoute dans une solution saturée de bicarbonate de soude. Volume total de la solution injectée : 100 centimètres cubes.

« A 6 heures, on fait dans la jugulaire une prise de sang, qui permet de constater avec la plus parfaite certitude la présence de la méthéraoglobine.

« Température rectale avant la prise d'essai du sang dans la jugulaire, 38°, 4. Volume de la prise de sang, 12 à 15 centimètres cubes environ (10 mesurés, plus la perte évaluée).

« L'animal, après être resté affaissé et un peu haletant pendant une heure, a repris peu à peu son habitus normal : il mange, et ne paraît pas ressentir d'effets particuliers à la suite de son injection.

« On l'installe, à 7 heures du soir, pour la nuit, dans une cage permettant de recueillir les urines ; on le fait boire auparavant, et il absorbe une assez grande quantité d'eau.

« 2 mai. A 9 heures du matin, température rectale, 38o,2. L'état du chien paraît absolument normal : il mange, va et vient dans le laboratoire, sans montrer le moindre indice d'un trouble quelconque.

<( A 5 heures du soir, température rectale, 39'',4.

.( Il a rendu, dans la nuit du 1"" au 2 mai, de 7 heures du soir à 9 heures du matin, 48b centimètres cubes d'urine peu colorée en jaune verdàtre, d'aspect lactescent, qui se conserve à l'air sans altération après quatre jours, et renferme une très grande quantité de saccharine. La réaction de cette urine est fortement alcalme.

« On retrouve aussi de la saccharine, en quantité très facdement appréciable, dans les matières fécales, qui sont fortement colorées en vert-brun, ce qui semblerait démontrer une action spéciale de la saccharine sur la sécrétion biliaire.

« Jusqu'au 20 juin, on a administré à ce môme chien 50 centigrammes de saccharine par jour dans ses aliments; a partir du

troisième jour, il a fallu lui ingurgiter la saccharine au moyen de la sonde œsophagienne, l'animal refusant absolument les aliments mélangés à cette substance.

(' L'expérience a été arrêtée le 20 juin, la surveillance exercée sur l'animal ne pouvant plus être continuelle, et l'administi-ation de la saccharine pratiquée exactement tous les jours.

« L'état du chien à cette époque est absolument normal. Seules les matières fécales ont gardé cette coloration anormale signalée plus haut, et qui a disparu quelque temps après la suppression de la saccharine. »

Nous avons déjà dit qu'un chien avait succombé, dans le laboratoire de M. Ogier, à des accidents qui rappellent ceux de la maladie des jeunes chiens, avec une paraplégie, très nette. Dans une de nos expériences avec M. Loye, nous avons également eu à observer une paraplégie, sans aucun phénomène qui puisse être imputé à la maladie des chiens. Voici cette expérience :

« 24 avril. Chien de 5''e,3lO. On lui donne dans sa gamelle 1 décigramme de saccharine.

« Les jours suivants, on donne 2 décigrammes, au lieu de 1 ; l'animal mange peu.

Poids.

3 mai (I) 4 650 grammes.

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