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I. — Préparation,du marché financier

La propagande en France, en Allemagne, en Italie, en Argleterre.

: La propagande à l’occasion de l’émisssion des grands emprunts de guerre, est le résultat de l’utilisation par les Gouvernements de toute la puissance de suggestion dont ils disposent. Ce sont des faits bien connus. Les conférences de propagande, brochures, tracts, affiches ont indiqué leur devoir aux capitalistes grands et petits. « Que se lève cette armée de l'épargne française, comme celle qui se bat, elle est l'armée de la France, ou plutôt elle est la France elle-même ; Saluons-la, Messieurs, cest elle qui nous aidéra à combattre et à vaincre. » (Extrait du discours de M. Kibot du 11 novembre 1915, au bas d’une affiche de l'emprunt.)

L'emprunt est nécessaire à la victoire, 1l doit hâter la fin ‘de la guerre, la souscription est à la fois un devoir civique et un bon placement. Aux ouvriers on fait comprendre qu'une, victoire allemande anéantirait la liberté et les conquêtes de la Démocratie, ruinerait l'industrie française, provoquerait le chômage et l'effondrement des salaires. Aux commerçants et propriétaires on démontre la supériorité de la rente française sur toutes les autres valeurs; et les béné-

fices qui peuvent être réalisés au cas de hausse des titres, ou de remboursement au pair.

On met à la portée des esprits les plus simples, la différence entre les taux d'intérêts nominal et réel, les plusvalues, les primes d'amortissement, l'intérêt qu'il y a à utiliser pour les souscriptions les billets de banque improductifs dont l'accumulation est cause/de la hausse des prix, et les Bons de la Défense Nationale dont l'intérêt est inférieur à celui de l'emprunt.

L'ennemi attend le résultat, il faut que l'emprunt soit une victoire financière « Souscrire à l'emprunt c’est participer de loin à la bataille, et assurer la victoire, c’est-à-dire contribuer à dégager les régions occupées, à libérer l’Alsace- Lorraine, la Belgique et les nations opprimées, à faire revenir au foyer les chers absents, à reprendre comme au sortir d’ün cauchemar les bienfaisants travaux de la paix. »

Les appels sont encore plus énergiques de l’autre côté du Rhin : « C’est l'amour de la Patrie développant au plus haut point la volonté et l'énergie du peuple entier, qui assure à la nation le concours financier nécessaire pour soutenir la guerre, tandis que les soldats lui font l'offrande de leur sang», s'écriait le sous-secrétaire d'Etat Hellferich au Reichstag le 14 décembre 191$. Des proclamations sont lancées à l’intérieur comme au front par les Maréchaux Ludendorff et Hindenburg. Ne pas souscrire, où souscrire trop peu est une désertion. La presse unit sa voix à celle du Gouvernement, la propagande remplit les temples et les églises, les souscriptions sont ouvertes dans les écoles. on autorise les tuteurs à employer en souscriptions les fonds de leurs pupilles.

Les résultats des emprunts sont envoyés par sans-fil aux quatres coins du monde ; l'Empereur envoie des télegrammes de félicitations et des manifestations sont organisées, comme la plantation de clous dans la statue d'Hin-

denburg. Les emprunts allemands sont mis en parallèle constant avec les emprunts anglais ; on s'efforce de démontrer l’infériorité de ces derniers ; quant à la France on s’attache plutôt à montrer sa circulation fiduciaire grandissant plus rapidement que celle de l'Empire.

En Italie, contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, le public s’est montré plutôt réservé, l'épargne timide; il a fallu à la fois l’attirer, la rassurer, et au besoin la menacer. Malgré une propagande peut-être plus intense qu'ailleurs, le pays répondait peu, au moins jusqu'au 4° emprunt. Au sujet du $° emprunt, c’est en ces termes que l’on insiste : « Continuez à produire au total comme autrefois mais en destinant seulement la moitié ou les 2/3 de la production à la satisfaction des besoins privés et l’autre moitié ou l’autre 1/3 à la défense de la Patrie; en faisant ainsi, nous nous

montrerons en premier lieu digne de la confiance placée

en nous par les alliés : Comment pourrions-nous réclamer des autres non un secours, ce que nous ne voulons pas, mais une juste coopération à l’œuvre commune sinous refusions d'y concourir avec des sacrifices matériels actuels ? »

M. Nitti, au cours de nombreux discours qu’il prononça en faveur des emprunts, rappelait que la guerre imposait de nouveaux devoirs civiques et notamment celui de fournir, dans la limite de ses moyens, des ressources aussi larges que possible à l'Etat. « Qui refuse le crédit, disait le ministre, détermine l'augmentation de la circulation, c'est-à-dire une nouvelle dépréciation de la richesse possédée. A loccasion des nouveaux emprunts, tous doivent concourir dans la plus grande mesure possible, s'ils veulent lintérêt “= la Patrie et leur intérêt personnel. »

On rassurait les plus timorés qui reculaient devant l'énorme masse de la Dette. «Personne ne doit avoir de préoccupation là-dessus, Ftalie a supporté des épreuves plus dures dans les années qui s'écoulèrent de 1860 à 1870, quand les

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