‹ Les Emprunts de GuerreChapitre 68 sur 143 · RE ES · texte numérisé non relu

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budgets se bouclaient avec un déficit variant de 300 4 800 millions ».

À plusieurs reprises le souscripteur italien a été stimulé par les déclarations du ministre du Trésor sur la possibilité d'avoir recours à un emprunt forcé, si le résultat de l’emprunt volontaire était insuffisant. Le 7 décembre 1919, M. Schanzer, ancien ministre du Trésor, inaugurant la propagande du 6% emprunt, disait : « Nous avons cru nous faire l'interprète de l'âme italienne qui répugne aux coercitions en arrêtant notre choix sur un emprunt volontaire. Mais si les résultats ne devaient pas répondre à notre attente légitime, il ne resterait au Gouvernement qu’à choisir les formes de prélèvement forcé, sans aucune rétribution, au dépens de la richesse avec des aggravations spéciales pour ceux qui n'auraient pas souscrit à cet emprunt et des prélèvements d'impôts poussés jusqu'aux extrêmes limites. »

Le Gouvernement assurait formellement aux souscripteurs qu'on leur tiendrait compte de leurs versements pour les défalquer ensuite des quotes-part personnelles de lemprunt forcé si on devait en arriver là. En même temps les principales banques du consortium de l'emprunt n'épargnerent pas leurs encouragements aux souscripteurs et firent même sentir leur pression sur les Sociétés qui comptent parmi leurs clients.

Il faut rappeler qu’à la même époque M. Erzberger subissait un échec en Allemagne avec son emprunt à lots, pour la propagande duquel il avait gaspillé 10 millions de marks dont 400.000 pour la publicité en musique! e

Les Anglais eux-mêmes avaient apprécié l'importance de l'argument psychologique, reconnu la nécessité d'une propagande puissante; c’est probablement en Angleterre, en effet, que cette propagande a été le mieux organisée, notamment par la création du War Saving Committee et du vaste réseau d'organismes locaux qui en dépendait : Comités de

comtés, comités centraux pour les villes de plus de 20.000 habitants, comités locaux dans les lieux de moindre importance. Ces comités agissaient non seulement sur l'opinion publique en général, mais aussi sur les organisations déjà existantes, groupements scolaires, religieux ou sociaux afin de les transformer en associations volontaires d'épargne et de souscription. Au mois de janvier 1917, le comité national avait créé 903 comités auxquels étaient rattachés 17.781 associations ; fin 1917, le nombre des comités s'élevait à 1.619 et le nombre des associations à 37.840.

Le dernier grand emprunt de guerre anglais fut lobjet d'une propagande remarquable digne d’être citée.

Les ministres multipliaient les réunions et les discours : . «Nous demandons l’argent à nos compatriotes pour rendre la victoire plus prompte, pour épargner le sang de vos fils en augmentant la puissance de nos armes.» Des manifestations grandioses étaient organisées, le 9 février 1917, à Londres et dans toutes les villes d'Angleterre, d'Ecosse et d’Irlande; le 15 février, le lord maire se rendait à Trafalgar- Square suivi d’une foule immense et, dans un meeting en plein air, les orateurs prirent la parole sur le thème suivant: L’Angleterre ne Sera jamais vaincue, mais il faut qu'elle soit

victorieuse le plus tôt possible; il faut que chacun contri-

bue à la victoire en souscrivant à l'emprunt de guerre !Que dans quelques jours, dans tous les pays du monde, l’on apprenne la nouvelle que notre emprunt a obtenu le plus éclatant triomphe (1).

La püblicité dans les journaux n’était pas moins active pour montrer que l’Empire britannique soutiendrait ses alliés et poursuivrait la guërre «jusqu’au dernier homme et dernier shilling ». On publiait en gros caractères les extraits des discours de M. Lloyd George : «Un grand emprunt per-

(1) Cf. Georges LACHAPELLE, op. cit.

mettra aussi d'abrèger la durée, de la guerre, il aidera à épargner des vies humaines, à assurer le salut de l'Empire britannique, de l’Europe et de la civilisation », et M. Bonar Law adressait par l'intermédiaire du Comité national une lettre d'encouragement qui se terminait ainsi (1) : « Mais cette victoire ne sera pas assurée sans un effort suprême qui exige le concours de toutes nos ressources.

« La guerre n’est pas seulement une lutte entre deux armées, elle est une lutte entre des nations, et son résultat dépendra peut-être moins du courage de ceux de nos fils et de nos frères qui prennent part aux batailles que des efforts qu'accompliront pour les aider tous ceux qui sont restés dans leurs foyers.

« Nos marins et nos soldats comptent sur la ligne de feu que ceux de leurs compatriotes, qui ne combattent pas, leur donneront l'appui financier dont ils ont besoin pour augmenter les succès déjà acquis, et pour hâter l'heure de la victoire. : |

« J'ai la ferme confiance que vous répondrez à leur appel en souscrivant au nouvel emprunt de guerre dans toute la limite de vos forces, serait-ce aux dépens des sacrifices personnels que vous sauriez accomplir. »

La réorganisation du marché, suspension des opérations. Mesures de liquidation. Situation des établissements de Crédit.

Les principales bourses du monde, Londres, New-York, Vienne, Berlin, avaient été fermées le 31 juillet 1914; celle de Paris continua ses opérations jusqu'à la fin août, les règlements ayant été suspendus, puis peu après les opérations elles-mêmes. Un décret du 27 septembre 1914, accordait des délais aux acheteurs de titres pour selibérer; la Ban-

(1) Cf. Georges LACHAPELLE, op. cit, p. 255.

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que de France avait consenti à prêter aux agents de change sous la garantiesolidaire de la Chambre syndicale, 200 millions de francs pour faire aux reporteurs qui le désiraient une avance de 40 °/, sur la valeur des titres reportés. Ces avances avaient permis, en novembre 1914, le remboursement des 2/5 des capitaux engagés dans les reports.

En Angleterre, l’act du 3 août 1914, autorisait la prorogation des échéances et permettait d'appliquer le moratorium à tous les paiements exigibles avant le 4 septembre suivant. Pour dégager le marché par une mesure analogue à celle prise en France, un accord du 12 août 1914, dontles détails furent arrêtés par une lettre du 27 août adressée par la Trésorerie à la Banque d’Angjleterre, fut appliqué. La Banque d'Angleterre escompterait les lettres de change approuvées par elle, acceptées avant le 4 août, au taux appliqué par la banque et sans recours contre le dernier porteur. À l'échéance, la banque permettait à l’accepteur d’en différer le paiement moyennant un intérêt équivalent au taux d’escompte majoré de 2 °/.

Le moratorium et la fermeture des Bourses s’imposa en même temps en Italie; ainsi que le dit le Directeur de la Banque d'Italie, dans son rapport pour l’année 1914, « elle

ne fit en cela qu'imiter des pays jugés à tort ou raison plus

calmes et mieux disciplinés que le nôtre ». Ces mesures résultèrent en premier lieu du Décret-loi du 4 août 1914. Les établissements italiens ne vinrent au secours du marché que prudemment en accordant des crédits aux Chambres de compensations pour les paiements prorogés, de sorte que le montant des escomptes et des avances sur ütres, accordés par les Trois Banques d'émission pendant la période où les difficultés monétaires se faisaient le plus vivement sentir, a augmenté de 500 millions environ. Le Directeur de la Banque d'Italie, fait remarquer sur-ce point, qu'on ne peutaffirmer que le marché italien a manqué de

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ressources ou que le crédit a été fermé à ceux qui avaient qualité pour l'obtenir, ceux-là en ont profité dans des proportions et à des conditions exceptionnelles.

Quant à l'Allemagne, le refus de moratorium est un des traits caractéristiques de sa mobilisation financière ; grâce à la multiplication des moyens de paiements, on a pu ramener la confiance dans le public, et grâce à la discipline du marché sous les ordres du Président de la Reichsbank, M. Havenstein, la liquidation des sommes considérables pla-

cées à court terme a pu être opérée; en deux mois une

situation financière presque normale a été rétablie, bien que certaines considérations enlèvent une certaine partie de sa valeur à cette brillante opération financière.

Bien que le professeur Riesser se fût déclaré ep EE de toute sorte de moratorium sur les lettres de change, les circonstances imposèrent même à l'Allemagne, une série de mesures particulières; on appliqua notamment un moratorium spécial aux reports, décrété par le Comité Directeur de la Bourse à Berlin. La Bourse semblait d’ailleurs prévoir les événements qui se préparaient; après une baisse très sensible du cours du terme, les opérations de ce genre furent interdites le 2$ juillet, et enfin, le 30, toutes les opérations même au comptant furent arrêtées. La clôture du marché fut suivie de la prorogation au mois suivant de la liquidation, et en même temps était décrété le moratorium des reports et des sommes consacrées aux reports hors bourse.

Des mesures identiques furent prises par les bourses de Francfort et de Hambourg. En décembre 1914 on estimait les sommes ainsi immobilisées à 90 millions de marks pour les reports et 210 millions pour les reports hors bourse. Les Bourses ne se décidèrent qu'en juillet 1915 à faire cesser les effets du moratorium, en autorisant les reporteurs à

à réclamer 10 °/, puis 25 °/, en octobre, et la totalité en

novembre 1915, grâce aux avances sur titres des Darlehns-

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