‹ Les enchainements du monde animal dans les temps géologicquesChapitre 31 sur 128 · ÀvXaÇ, axo;, sillon, et çûUov, feuille · texte numérisé non relu

ÀvXaÇ, axo;, sillon, et çûUov, feuille

7fi FOSSILES PRIMAIRES.

façons; dans une même espèce, i! y a des individus isolés (fig. 45, B.) et des individus abrégés (lïg. 45, A.). De grandes

Fie. 43. — Zaphrentu patula, grandeur naturelle, montrant une fos- •elle ealicinale. — Carbonifrrc do Tourna]). Collection ïo-ilogique du

Plu. 44. — AulacophtjUum iuleatum, aux 3/4 de froideur; sa fosse tic calicinalc e*l mieux marquée. — Devante ri de l'Ohio. Collection

li'Orlii^ny.

masses onl été formées par des polypiérites qui se sont multipliés indéfiniment (fig. 46).

Kui. ■!.".. —CijatliuphijUiim !ii-li<inllini,ifn, vu en ilcssus, ;inï ï/.ï do grandeur: la figure A représente deux individus intimement ronfondus l'un dans l'autre; la figure B représente un individu isolé. — Dévonien de l'Eifel. Collection ioologi'|iie du Muséum.

On observe une particularité bien remarquable chez plusieurs polypiers classés provisoirement auprès des rugueux :

c'est l'existence d'un opercule qui permettait û l'animal de se

Vie. Hi. — CyathopkijUam Uexagonum, vu on dessus à \/t grandeur. — Dévonien de Beniberg (Allemagne). Collection d'Orbigny.

clore aussi bien que peut le faire un mollusque dans sa coquille.

Le Goniophyllum ' (%. M) avait un couvercle formé de quatre

Vie. 18. — Calcialu latuialina, grandeur iihlurelle; un mit à gauche Une valve inférieure, au milieu la petite valve supérieure, et à droite un échantillon avec soi deux valve*.— Dévonien de Geralilein, Kifet. Collection d'Orbigny.

pièces. La Calceola '■ (fig. 48) avait un couvercle d'un seul

T* FO>>lLE> PRIMAIRES.

morceau, a>mme la petite Taire des rudistes. Un tel arrangement diffère tellement de celui des polypes actuels qu'au lieu de classer la Ctl':e»j(>* parmi les polypiers, on Ta d'abord prise pour une coquille à deux valves : avant les recherches faites dans ces dernières années par M. Lindstrôm, tous les naturalistes la rangeaient parmi les brachiopodes. Le savant paléontologiste suédois pense, non sans raison, que les rugueux à opercule doivent constituer on groupe bien distinct de ceux des polypes actuels.

Madré por aire*. — Ces animaux que nous Terrons jouer un grand rôle, lorsque nous étudierons des époques plus récentes, n'ont été signalés dans les temps primaires, que d'une manière très dubitative.

Considérations générales sur les polypiers primaires. — VHalysiteSj le Goniophyllum. la Calceola et quelques autres genres des temps primaires diffèrent trop de ceux qui les ont suivis pour que nous puissions les considérer comme leurs progéniteurs. Mais il est permis de penser qu'à côté de ces formes, il en est plusieurs qui se sont continuées en se modifiant peu à peu; ce qui nous porte à cette supposition, c'est le spectacle des difficultés que les plus éminents naturalistes ont éprouvées pour établir des séparations nettes entre les polypiers.

Les premières personnes qui se sont occupées de la classification des polypiers les ont rangés d'après les caractères qui frappent le plus les regards. Ces caractères sont tirés deS modes de groupement ; suivant que les polypiers sont isolés, réunis en masse ou échelonnés comme les fleurs sur une tige, ils prennent des aspects très différents, et d'après cela on a créé divers genres. On ne peut qu'approuver les naturalistes d'avoir considéré d'abord les groupements des êtres; commencer par examiner les détails de la nature, avant d'étudier ses ensembles, ce serait faire preuve d'un esprit étroit. Si, au lieu de nous

placer au point de vue esthétique, nous nous plaçons au point de vue philosophique, nous trouvons également que le mode d'association a de l'importance. Les botanistes s'occupent peu de savoir si une tige porte une ou plusieurs fleurs, parce que l'individualité, dans la plante, est assez vague; mais, chez l'animal supérieur qui a une volonté, l'individualité est parfaitement accusée; le degré d'individualisme des èlres doit fournir en grande partie la mesure de leur perfectionnement. Évidemment un polype qui se scinde en plusieurs individus attachés les uns aux autres est un être moins perfectionné qu'un polype unique dont toutes les forces se concentrent pour former une puissante individualité ; la division des polypes en monastrés 1 qui restent des individus uniques et en polyastrés qui produisent par bourgeonnement ou fissiparité plusieurs individus, est une division qui semblerait pouvoir marquer des phases considérables dans l'histoire de l'animalité.

Cependant, il y a d'insensibles transitions dans les modes de groupements; en examinant de près des masses de polypiers qui offrent l'aspect le plus différent, on les trouve composées de polypiérites exactement semblables, d'où il faut conclure que les mêmes êtres peuvent s'associer de diverses manières. On a vu, figure 45, un Cyathophyllum helianthoides resté isolé, et à côté de lui deux Cyathophyllum qui lui sont absolument semblables, quoique intimement confondus ensemble.

Souvent même, dans un groupe de polypiers, nous ne pouvons déterminer la limite de ce qui appartient à tel ou tel individu ; si par exemple nous regardons en dessus la Michelinia (flg. 33, A.), nous y reconnaissons clairement des individus distincts; mais, si nous la regardons en dessous (fig. 33, B.), nous voyons une enveloppe générale appelée épithèque ; à quels individus appartient celte épithèque? à qui attribuer les racines qui en partent? On a représenté, ûgure 37, VHeliolites

1. M. de Fromentel, qui a fait de très importantes recherches sur les polypiers, a appelé monastrés ceux qui vivent isolés (jiovo;, seul; à<rrt|p, étoile), et polyastrés une partie des polypiers composés (iwXvç, beaucoup, et à<rrrip).

avec soncœnenchyme; comment faire dans ce cœnenchymelc partage de ce qui appartient à chaque individu? Le Chœtetes se reproduit par fissiparité : lorsqu'il y a fissiparité (fig. 4-9), un polypiérite a qui est unique devient b, puis devient c, puis devient d, puis devient e qui représente deux polypiérites ; à

Fig. 41). — Dessins théoriques d'un polypier fissiparc.

quel moment le polypiérite a doit-il compter pour deux, et dans la muraille contiguë à deux individus pleinement développés, comment distinguer ce qui appartient à chacun d'eux? On a vu, figure 32, le Syringopora dont les polypiérites sont unis par des tubes; où établir dans ces tubes la limite de ce qui appartient à chacun des deux individus qu'ils réunissent? Ce sont là d'étragges problèmes!

Trouvant des passages entre les modes de groupement des polypiers, on a tâché de découvrir d'autres caractères plus fixes; les anciennes classifications ont été abandonnées.

r'ic 50. — Coupes imaginaires de polypiers: a. tubuleux; b. tabulé; c. rugueux; d. madréporaire; m. muraille; t. table; cl. cloison.

MM. Milne Edwards et Haime ont entrepris de déterminer la constitution intime du polypier considéré en lui-même; leur lumineux génie a fait pénétrer la clarté entre les éléments dont se compose son squelette. On a appris qu'il y a des polypiers où les éléments du squelette forment une simple muraille (tubuleux, fig. 50, a.), d'autres où une partie de ces éléments se

dispose horizontalement pour constituer des tables (tabulés, fig. 50, &.), d'autres où les éléments se disposent en rangées verticales pour former des cloisons (madréporaires,fig. 50, d.); enfin on a reconnu que, chez beaucoup de polypiers, le squelette est dans un état vague où ne s'est pas encore opéré d'une manière nette le partage de ce qui sera muraille, table ou cloison (rugueux, fig. 50, c).

Eh bien ! on commence à découvrir des passages entre les modes d'association des éléments du squelette, comme on en a découvert entre les modes d'association des polypiérites. Dans les tubuleux, il y a des rudiments de tables quelquefois si bien marqués que M. Nicholson supprime l'ordre des tubuleux et place ses genres parmi ceux des tabulés. L'ordre des tabulés n'est pas moins difficile à délimiter. M. le professeur Verril a supposé que les traverses ou les tables se formaient après la décharge des œufs; les vides laissés par eux, devenant inutiles, auraient été séparés de la cavité viscérale. Est-ce pour cette raison ou simplement pour la solidification de leur édifice commun que les polypes font des tables? On ne peut encore rien décider à cet égard, mais ce que l'on sait bien, d'après les dernières recherches sur les polypes vivants, c'est que les tables ne sont pas spéciales à un groupe particulier. Louis Agassiz en 1357, et M. Moseley plus récemment, ont reconnu que les tabulés du genre Millepora sont des hydraires ; en 4876, MM. Nelson et Duncan ont dit que c'étaient peut-être des alcyonaires. En 4870, M. Verril a vu que les tabulés du genre Pocillopora sont des zoanthaires; en 4876, M. Moseley a montré que ceux du genre Heliopora sont des alcyonaires; selon M. Nicholson, on rencontre quelquefois des tables dans les Tubipora qui sont cités depuis longtemps comme des types d'alcyonaires, et il paraît même qu'on en a retrouvé jusque chez les bryozoaires 1 . D'après cela, les savants qui, dans ces derniers temps, ont le plus étudié les tabulés, MM. Moseley,

i. Radiopora et Hetcrodictya.

Verril, Lindstrôm, Nicholson n'admettent plus que ces animaux forment une division distincte, et ils répartissent leurs genres des temps primaires dans les autres ordres de polypes ; par exemple VHeliolites, qui diffère très peu de YHeliopora, est placé avec lui parmi les alcyonaires; le Favosites, à cause des perforations de ses murailles, est mis auprès des zoanthaires perforés * ; M. Duncan pense que le Chœtetes est un alcyonaire ; M. Nicholson range avec quelque doute VHalysites parmi les alcyonaires; la Thecia est supposée intermédiaire entre les zoanthaires perforés et les alcyonaires; la Columnaria est mise près des rugueux; pour M. Duncan, le Monticulipora est un bryozoaire; pour M. Nicholson, le Monticulipora et le Fistulipora sont des bryozoaires. Ces diverses attributions ne peuvent être certaines; dans l'état de nos connaissances, il est difficile d'affirmer que tel ou tel polype des temps primaires a eu l'organisation d'un coralliaire plutôt que celle d'un hydraire; mais, comme l'a dit M. Verril, il n'y a plus aujourd'hui de raisons de croire que les tabulés primaires ont été d'une autre nature que les polypes actuels.

Les rugueux n'ont pas non plus de limites fixes; il est souvent difficile de les séparer des tabulés ; la Michelinia par sa structure interne (fig. 34) a autant de titres à être rangée parmi les rugueux que parmi les tabulés; le Syringopora (fig. 32), au lieu de tables horizontales, a des séparations très irrégulières en forme d'entonnoirs, de sorte que les paléontologistes se sont demandé s'il ne devait pas être mis parmi les rugueux, au lieu d'être maintenu parmi les tabulés. Dans un grand nombre de rugueux, on trouve des tables; si par exemple on regarde la coupe d'Omphyma (fig. 39), on voit que, dans le milieu, il a les caractères des tabulés, et sur les bords les caractères des rugueux.

On ne saurait davantage établir des séparations nettes entre les rugueux et les madréporaires apores qui ont des

1. M. Nicholson les place auprès à'Alveopora et de Favositipora.

cloisons et des traverses, car les traverses ne sont que des tables interrompues et rendues inégales par un développement excessif des cloisons; quant aux cloisons, elles sont assez bien formées dans plusieurs rugueux pour qu'on soit exposé à confondre ces animaux avec les madréporaires apores. Il y a un genre secondaire, Pleurosmilia, qui a une fossette calicinale analogue à celle que nous avons vue chez le Zaphrentis (fig. 43) et VAulacophyllum (fig. 44). Suivant quelques naturalistes, l'arrangement tétraméral observé dans plusieurs polypes primaires ne doit pas empêcher d'admettre des liens entre ceux-ci et ceux des époques plus récentes ; MM. Pourtalès, Duncan et Ludwig ont prétendu qu'il n'est qu'apparent, et que, dans le jeune âge, il est hexaméral; d'autre part, M. de Lacaze-Duthiers a montré que les polypiers actuels du système hexaméral commencent, comme les autres, par n'avoir que deux cloisons.

Ainsi, dans toutes les classifications, on observe des passages entre les groupes; à mesure que la science fait des progrès, elle nous révèle les enchaînements du monde organique.

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