‹ Les enchainements du monde animal dans les temps géologicquesChapitre 74 sur 128 · I/vo;, vestige; X6yo;, discours · texte numérisé non relu

I/vo;, vestige; X6yo;, discours

4. Nathorst, Mémoire sur quelques traces d'animaux sans vertèbres et sur leur portée paléontologique (Kongl. xwenska Vetenskaps-Akademiens Handlingar t vol. XVIII, avec 11 planches, Stockholm, 1881). Une traduction abrégée du texte suédois a été donnée par M. F. Schulthess.

monde animal des empreintes que d'éminents botanistes avaient attribuées à des plantes marines. Un des arguments qu'on a fait valoir, c'est que ces empreintes, n'étant accompagnées d'aucun résidu, ne pouvaient représenter une place occupée autrefois par un corps organisé, et devaient être simplement des traces d'animaux en marche ou de plantes qui avaient été traînées sur les sédiments; mais M. de Saporta a répondu que, journellement, des milliers d'êtres mous disparaissent sans laisser de résidus de leurs tissus, et que les cryptogames cellulaires n'ont pu former des empreintes définies comme les végétaux vasculaires 1 .

De pareilles études exigent une sagacité toute particulière. Les savants qui s'y livrent sont comme les hardis voyageurs à la recherche des pays inconnus; ils risquent parfois de s'égarer. Honneur à ceux qui s'enfoncent à travers les parties les plus ténébreuses des temps passés! S'il arrive à ces grands pionniers de la science de mêler quelques erreurs à leurs fécondes découvertes, ce ne sont pas les vrais amis de la paléontologie qui oseront leur en faire un reproche.

Je passe à l'étude des articulés qui, à l'opposé des vers, ont laissé dans les anciennes couches du globe des traces bien reconnaissables.

C'est un immense et curieux monde que celui des articulés. Nulle part peut-être l'Auteur de la nature n'a fait apparaître davantage l'unité dans la diversité; avec quelques anneaux qui se multiplient, manquent ou se soudent, et dont les appendices se modifient pour servir tantôt de branchies, tantôt de pattes, tantôt de lames natatoires, les formes les plus variées ont été obtenues. Je ne m'étonne pas qu'un maître de la zoologie, M. Henry Milne Edwards, se soit complu à rechercher les homologies des pièces des crustacés, et qu'un ingénieux paléontologiste, M. Henry Woodward, consacre la plus grande

1. Marquis de Saporta, A propos des algues fossiles , grand in-4°, avec 10 planches, Paris, 188*.

partie de sa vie à suivre leurs modifications à travers les âges géologiques; les évolutionnistes trouvent dans celte étude une source de jouissances, qui croîtra, je pense, au fur et à mesure des découvertes paléontologiques.

Les articulés à respiration branchiale qu'on appelle des crustacés, à cause de la croûte calcaire qui les enveloppe et les protège, ont eu leur règne avant les vertébrés ; l'époque du cambrien et du silurien peut être nommée l'époque des crustacés. On voit là, ajuste titre, un argument en faveur de l'idée du développement progressif. Il y a loin d'un crustacé au type si perfectionné d'un vertébré où les éléments osseux ne forment plus une cuirasse extérieure, mais sont concentrés dans l'intérieur du corps pour envelopper la substance nerveuse et donner une puissante base aux organes du mouvement; le crustacé est un être qui doit encore être protégé. Le vertébré parfait est l'être puissant par excellence, il n'a pas besoin d'être protégé ; une coquille ou une cuirasse ne ferait que nuire à ses mouvements et à son toucher': c'est une personnalité qui s'exprime par une incessante et énergique activité.

Si le fait que les crustacés ont précédé les vertébrés favorise l'idée du développement progressif, le fait qu'ils abondent dans le terrain cambrien présente contre cette même idée une forte objection, car ils indiquent évidemment un certain degré de perfectionnement. Le crustacé est un animal qui exécute des actes variés, et chez lequel, au lieu d'une pièce inflexible formée d'un seul morceau comme une coquille de mollusque, il y a généralement une carapace composée de pièces assez nombreuses pour ne pas gêner les mouvements. Or les dernières recherches de MM. Hicks et Harkness à Saint-David, au sud du pays de Galles, montrent que les entomoslracés et les tri 1 obi tes comptent au nombre des plus anciennes créatures jusqu'à présent découvertes dans les couches de la terre. J'appelle sur ce point important toute l'attention de mes lecteurs, car le savant, qui n'a d'autre but que de découvrir la

vérité, doit dire également ce qui est favorable ou défavorable aux théories vers lesquelles son esprit est entraîné.

Pour échapper à l'objection des crustacés du cambrien inférieur, il est nécessaire de faire appel à l'inconnu, et de supposer qu'un jour viendra où les géologues découvriront des couches fossilifères plus anciennes que celles du cambrien inférieur. De même que MM. Hicks et Harkness ont trouvé des fossiles dans des assises qui, avant eux, étaient dites azoîques, leurs successeurs pourront en rencontrer dans des couches bien plus anciennes encore. En parlant des êtres du cambrien inférieur, M. Hicks a écrit 1 : < Quoique la vie animale fût réduite à peu de types, cependant, à cette époque primitive, les représentants de plusieurs ordres montrent un état qui

n'est pas très inférieur Les trilobites représentent presque

tous les états de développement, depuis le petit Agnostus avec deux anneaux au thorax et Microdiscus avec quatre, jusqu'à Erinnys qui en a vingt- quatre, et depuis les genres aveugles jusqu'à ceux qui ont les plus grands yeux. Cela conduit à la conclusion qu'avant que ces différents états aient pris place, de nombreuses formes antérieures doivent avoir existé, et qu'une énorme période s'est déjà écoulée entre cette époque et celle où la vie a fait son apparition. »

Les différents groupes d'articulés ont vécu à l'époque primaire; mais leur apparition n'a pas été simultanée, quelquesuns ont eu leur règne pendant cette période, d'autres n'ont paru qu'à la fin, et ont été des raretés : ce sont les articulés à respiration branchiale, et parmi eux les types les moins élevés, qui ont eu d'abord la plus grande importance. Pour se rendre compte des époques d'apparition des animaux articulés, on pourra jeter les yeux sur le tableau suivant dans lequel j'ai marqué par une croix l'époque où, suivant l'état actuel de nos connaissances, chaque groupe a commencé :

1. Proreedings of tlie geol. Soc. of London, vol. XXVIII, p. 174, 1872.

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Ostracodes. — Les crustacés si rudimentaires auxquels on a donné le nom d'ostracodes ' paraissent être d'une grande antiquité sur la terre. Celui qu'on a appelé Leperditia cambrensis partage avec une Lingulella l'honneur d'être le plus ancien des fossiles découverts en Europe. On a rencontré des ostracodes dans tous les terrains primaires : « C est surtout, a écrit M. Barrande 2 , à Vinitiative et aux travaux multipliés de M. leprofesseur Rupert Jones que la science doit la principale partie des connaissances acquises sur les ostracodes paléozoi-

Fig. 174. — CyprideUa Wright ii, carapace vue de côté et en dessus, grandie 4 fois (d'après M. Rupert Jones). — Carbonifère de Cork, Irlande.

Fig. 175. — Cypridellina 3 Burrovii, moule d'une carapace, vu de côté et sur la face ventrale, gr. 2 fois (d'après M. Jones). — Carbonifère du Yorkshire.

Fig. 176. — Cyprella chrysalidea* carapace vue de côté, grandie 2 fois (d'après M. Rupert Jones). — Carbonifère du Yorkshire.

ques. > Il est juste d'ajouter que M. Barrande a aussi contribué à faire connaître les ostracodes. Je représente ici quelques-uns des types qu'a décrits M. Jones (fig. 474, 475, 176).

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