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IV. — Phonolites et leacitophyres

Résumé et oonolusions. — Les roches de la famille des phonolites {jphonolites et leuciiophyres) renferment assez fréquemment des enclaves homœogènes parmi lesquelles on peut, comme dans les trachytes, distinguer deux gi'oupes de produits, les uns ayant la composition moyenne de la roche volcanique englobante, les autres étant formés de quelques-uns seulement des éléments de cette dernière.

L'intérêt des enclaves du premier groupe est augmenté par Tidentité de composition chimique et de structure des roches qui le constituent avec les syénites néphéliniques anciennes. Nulle part ailleurs n'apparaissent plus clairement les relations intimes de la roche volcanique et de ses enclaves et il n'est point inutile de faire remarquer que Ton trouve dans les faits qui nous occupent la réciproque de ce qui s'observe dans un grand nombre de gisements de syénites néphéliniques anciennes qui sont traversées par des filons ou accompagnées de véritables nappes d'épanchement de roches phonolitiques (Brésil, Canada, etc.). On peut, sans difficulté, admettre que le même mécanisme a permis aux époques postcrétacées la fréquente consolidation en profondeur d'une partie du magma sous la forme d'une roche holocristalline et granitoïde {syénite néphélinique) dont les débris ont été apportés au jour par les phonolites.

Un grand nombre des échantillons que j'ai étudiés (Cantal, Hohgau, etc.) présentent en effet les caractères de

roches solides arrachées en place. Quelques-uns d'entre eux possèdent la structure aplitique ou même une tendance à la formation de microsyénites, analogues aux microsanidinites étudiées plus haut : il est permis de supposer que leur cristallisation s* est effectuée dans le trajet filonien du magma et à proximité d'une paroi. Il ne parait pas possible de préciser davantage et de savoir si, d'une façon générale, ces cristallisations grenues du magma phonolitique se sont effectuées plus ou moins en profondeur.

A côté de ces enclaves qui me semblent ainsi avoir formé des masses solides en place, il y en a aussi quelques-unes de même composition qui paraissent s'être produites dans la phonolite par exagération locale de la cristallinité de cette roche.

Au point de vue minéralogique, toutes ces enclaves de syénites néphéliniques renferment un pyroxène (augite, augite œgyrinique, œgyrine), quelquefois de la biotite, de l'orthose, de l'anorthose, de la néphéline, généralement accompagnée et souvent remplacée par un minéral cubique du groupe haûyne-sodalite.

Quelques minéraux accessoires, tels que l'apatite, le zircon, la lâvénite (Haute-Loire), la pyrrhite (Cantal), le sphène, la magnétite ou l'ilménite peuvent parfois devenir assez abondants.

Il est intéressant de remarquer que, sauf de très rares exceptions (Rieden, San Antaô, Canaries), l'amphibole, si abondante dans les sanidinites des trachytes, manque dans nos syénites, la roche volcanique qui les englobe n'en renfermant pas davantage; de même la lâvénite existe (le Pertuis) dans les syénites néphéliniques dont la phonolite englobante contient le môme minéral. Ces deux faits constituent un argument de plus en faveur de l'unité du magma d'où proviennent à la fois la phonolite et ses enclaves.

La structure de ces syénites est rarement grenue (PI . VII, fig. 5); le plus généralement, celles-ci offrent la structure des syénites néphéliniques de Pouzac, de Foya, du Brésil, etc. Les feldspaths, enchevêtrés les uns dans les autres, laissent entre eux des interstices qui sont remplis par la néphéline et le minéral cubique (haùyne ou sodalite) (PI. VI, fig. 12; PI. VII, fig. 4, 7, 8 et 12) : ces derniers minéraux présentent des formes géométriques quand ils sont inclus dans les feldspaths. Cette structure est aussi, on le voit, la même que celle des sanidinites^ mais ici les interstices miarolitiques étant entièrement comblés, il n^existe pas de minéraux drusiques comme dans ces dernières roches.

J*ai dit plus haut que, dans quelques gisements, on trouve des syénites finement grenues (PI. VIII, fig. 9) et d'autres qui présentent une tendance à la formation de deux temps distincts de consolidation conduisant à des microsyénites. Assez rarement, la néphéline et la sodalite viennent à manquer (Brocq). Au contact des enclaves, la phonolite cristallise souvent plus largement et se charge de sodalite (PI VII, fig. 2 et 3).

L'abondance plus ou moins grande des éléments colorés et leur nature permettent d'établir parmi ces syénites plusieurs variétés pétrographiques que j'ai étudiées en détail.

Le second groupe d'enclaves que nous avons à considérer présente deux types bien distincts, tous deux plus basiques que la roche englobante, dont ils constituent des ségrégations.

J'ai rencontré le premier type dans les phonolites feldspathiques du Plateau Central de la France : il rappelle celui des ségrégations basiques des trachytes du Mont Dore et constitue des fragments arrondis de couleur foncée, riches en hornblende. Ces enclaves contiennent souvent en outre de la biotite, de Taugite, de Tapatite, plus rarement de la

sodalite et de Tolivine : le feldspath est soit de Torthose, soit un feldspath tricliuique (oligoclase ou andésine). La structure est parfois diabasique avec des passages à la structure franchement microlitique. Ces roches rappellent les andésites (porphyrites) amphiboliques {camptonites) qui accompagnent souvent les syénites néphéliniques anciennes \ il existe des passages graduels entre ces enclaves et la phonolite dont elles constituent des ségrégations basiques. Au Puy Griou, dans le Cantal, les liens étroits qui lient les deux roches sont mis en évidence par l'existence dans la phonolite à la fois de hornblende et d olivine, identiques à celles des enclaves.

Dans les gisements du Plateau Central, où ce genre de ségrégation est fréquent, je n'ai point rencontré d'enclaves de syénites néphéliniques.

Il n'en est plus de même pour la plupart des gisements qui renferment le second type d'enclaves; on y trouve, en effet, en même temps, des enclaves de syénites néphéliniques parfois peu abondantes (Kaiserstuhl), parfois prédominantes (Hohgau).

Ces enclaves peuvent renfermer les éléments suivants : apatite, ilménite, grenat mélanite, sphène, pyroxène, biotite, sodalite ou haiiyne (ittnérite), néphéline, rarement pérowskite (Kaiserstuhl).

Souvent Thallyne est prédominante ; quelquefois c'est, au contraire, le grenat ou Tilménite qui sont les éléments les plus abondants. Les variations dans les proportions relatives de c^s divers minéraux donnent lieu à des types pétrographiques assez variés, généralement à très grands éléments (PI. VI, fig. 3 et 7 et PI. VU, fig. 1).

L'introduction d'orthose en grandes plages conduit au type précédent (syénites néphéliniques) : dans quelques échantillons du Kaiserstuhl, ce feldspath est microlitique,

très clairsemé; il donne à ces enclaves 1 apparence d'une phonolite qui serait presque réduite à se^ grands cristaux intratelluriques.

Plusieurs des échantillons du Kaiserstuhl que j'ai étudiés étaient globulaires, hérissés de cristaux de grenat, semblant indiquer une formation en place dans la phonolite encore pâteuse.

De même que pour la hornblende des enclaves amphiboliques d'Auvergne, il est intéressant de faire remarquer que l'existence du grenat dans ces enclaves est liée à celle du même minéral dans la roche volcanique englobante (Kaiserstuhl), alors qu'il manque dans les enclaves des phonolites qui ne sont pas grenatifères (Hohgau).

Il n'y a pas de distinction à faire entre les enclaves des leucitophyres et celles des phonolites : je renvoie au paragraphe suivant la discussion des enclaves leucitiques des tufs de l'Italie méridionale.

En traitant des ségrégations basiques des trachytes et andésites, j'ai fait remarquer combien elles se rapprochaient de certaines enclaves des roches feldspathiques plus basiques, telles que les andésites augitiques et les basaltes : une observation analogue s'impose ici et l'on peut rapprocher au point de vue de la composition chimique et minéralogique les enclaves à haûyne des leucitophyres du Kaiserstuhl des enclaves qui seront étudiées plus loin dans les néphélinites et les leucitites.

Plateau Central de la France. — J'ai particulièrement étudié, au point de vue de la recherche des enclaves, les phonolites néphéliniques d'un certain nombre de points du Puy-de-Dôme, du Cantal et du Velay. Les gisement^ de Valette, près Trizac, de firocq en Menet, de

Vensac dans le Gantai, du Pertuis dans la Haute-Loire, m'ont fourni des enclaves de ce groupe; en raison des résultats obtenus dans le nombre relativement restreint de gidèmenls que j'ai parcourus, il est probable que les enclaves de ce genre ae sont pas rares dans le Plateau Central. Afin d'éviter les répétitions, je ne séparerai pas dans cette étude les échantillons des divers gisements.

a) Syénites à néphéline ou sodalite. — A Brocq, les enclaves se rencontrent non seulement dans la phonolite massive, mais surtout dans les tufs qu'elle recouvre. Ces tufs sont en outre riches en fragments de gneiss, de gra-* nulite non modifiés, d'andésite. M. Fouqué les a considéré comme liés aux éruptions andésitiques voisines ^

Toutes ces enclaves, quel que soit leur gisement, présentent des caractères communs; elles sont très feldspathiqueset pauvres en minéraux colorés. En généi*al, elles sont remarquablement intactes. A Brocq, elles atteignent dans les tufs des dimensions assez considérables, j'en ai rencontré des blocs de trois décimètres de diamètre; le plus grand nombre toutefois ne dépasse guère la grosseur des deux poings.

Dans la phonolite de Brocq^ les enclaves sont rares ; les quatre échantillons que j'ai recueillis avaient environ 5^™ de plus grande dimension. Dans les autres gisements, ils sont de plus petite taille. Dans la phonolite qui affleure sur la route de Riom es Montagnes à Trizac (entre ce village et celui de Valette), j'ai, en outre, trouvé en 1890 un fragment de cristal de sodalite bleue de 5 ^™ de diamètre ; un autre échantillon plus petit à été ramassé dans la carrière de Valette.

Les minéraux constituant ces enclaves grenues sont les suivants : magnétite, pyrrhite^ zircon, sphène^ bioHte^

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