Bull, Soc. miner., XIV, 15. 189t
Le maximum de pléochroïsme a lieu obliquement à l'allongement, puisque c'est iipqui est le plus voisin de l'axe vertical. Tous ces caractères sont suffisants pour qu'il n'y ait pas doute dans la détermination de la lâvénite. Il est important de faire remarquer que la lâvénite se rencontre précisément dans les enclaves des phonolites qui ren ferment le môme minéral.
La néphéline, très abondante dans les syénites des tufs de Brocq, l'est moins dans celles du Pertuis; elle forme des plages atteignant plusieurs millimètres. Les clivages prismatiques sont nets, exagérés par l'altération. La néphéline est rarement automorphe ; elle est alors englobée par les feldspaths; elle les moule d'ordinaire. En lumière naturelle, elle se distingue des feldspaths par sa limpidité. En lumière polarisée parallèle, par sa biréfringence plus faible et ses propriétés optiques ordinaires. Elle se transforme en une matière colloïde conservant et exagérant même l'apparence fibreuse que présente la néphéline en voie d'altération ; elle fixe quelquefois un pigment ferrugineux et devient rose ou brunâtre. La décomposition de la néphéline ne donne lieu à aucun minéral cristallisé.
La sodalite existe soit en rhombododécaèdres 6^ (110) englobés par les feldspaths, soit en grandes plages moulant ces derniers minéraux. Elle est dépourvue d'inclusions et se transforme en une substance analogue à celle qui prend naissance par la décomposition de la néphéline. La soda* lite est parcourue par des cassures curvilignes suivant lesquelles s'opère la décomposition qui, partie de la périphérie de la plage, gagne de proche en proche, laissant çà et là des Ilots du minéral intact : celui-ci, par son absence de couleur et sa limpidité se distingue du produit de son altération. La néphéline et la sodalite sont parfois associées; leurs produits d'altération se reconnaissent facile-
ment, celui de la néphéline étant toujours fibreux, tandis que celui de la sodalite garde la trace des cassures curvilignes de la sodalite.
J*ai signalé plus haut l'existence d'enclaves de grande taille de sodalite au milieu de la phonolite de Valette. Cette sodalite forme des masses globulaires bleues à éclat gras, possédant des clivages rhombododécaédriques des plus nets.
Dans les enclaves de Valette, la sodalite se transforme en un agrégat de petites plages de mésotype.
Le feldspath dominant est Torthose monoclinique, parfois maclée suivant la loi de Garlsbad avec angle d'extinction de 0® surp (001) et de 7** sur g^ (OtO). Cependant certaines enclaves des tufs de Brocq, riches en sodalite, sont presque exclusivement constituées par de Tanorthose seule ou associée en microperthite avec de Torthose ; les macles suivant la loi de Talbite sont fort nettes; les bandes hémi- ^ropes ont des contours très accentués. Ces associations microperthitiques d'orthose et d'anorthose sont identiques à celles des syénites néphéliniques de Pouzac.
Tous ces feldspaths sont aplatis suivant g^ (OtO). Les sections minces les montrent sous forme de longues baguettes souvent groupées en gerbes.
Un échantillon de Vensac renferme un peu d'oligoclase. Les minéraux secondaires sont des zéolites et de la calcite : celle-ci remplit les cavités miarolitiques de fines cassures parcourant tous les éléments blancs.
La mésotype forme de petites houppes ou de petites aiguilles entrelacées épigénisant la sodalite.
Dans une enclave du Pertuis, j'ai observé accidentellement un minéral brun rouge foncé qui semble être de la pseudobrookite. Enfin dans ce même gisement se trouve
an minéral monoclinique que je n'ai pu rapporter à aucune espèce connue.
Les enclaves décrites dans ce chapitre peuvent, d'après leur composition minéralogique, être rapportées à trois
types :
a. Syénite néphélinique à biotite,
j3. Syénite à sodalUe et hiotite,
y. Syénite néphélinique à pyroxène,
a. Syénite néphélinique à biotite. — Les enclaves de ce type proviennent des tufs de Brocq. Ce sont des roches à grands éléments, très tenaces, superficiellement altérées. A. Tœil nu, on y distingue les feldspaths allongés et aplatis, laissant entre eux des vides polyédriques, remplis par là népbéline jaunie par les produits secondaires; du zircon rouge et des lamelles de biotite sont clairsemés au milieu des éléments précédents. Les feldspaths sont moulés par la néphéline dont les plages atteignent 3 "™. La biotite est souvent ophitique par rapport aux feldspaths comme dans la fig. 4 de la PI. VIL
p. Syénite à sodalite et biotite, — Ce type possède les mêmes caractères extérieurs que la variété précédente ; les surfaces altérées à Tair sont parfois caverneuses par suite de la disparition de la sodalite. C'est le type dominant dans les tufs de Brocq. Les blocs de grande dimension sont intacts au centre et tout à fait massifs, sans trace de cavités. La composition minéralogique est semblable à celle de la roche précédente avec cette différence que la néphéline y est remplacée par la sodalite. Des termes de passage dans lesquels la néphéline et la sodalite existent ensemble se rencontrent fréquemment (Brocq).
Il v a deux variétés à considérer ; dans l'une les feldspaths sont constitués par de Tanorthose dominante, par places associée en microperthite avec Torthose (cette
dernière forme la partie périphérique de l'assemblage (PI. VII, fig. 8). La pyrrhite accompagne le adrcoQ qui est assez abondant.
La seconde variété ne renferme que de Torthose en fstit de feldspath, la pyrrhite est rare ou absente.
Les enclaves des deux variétés sont fortement chargées de calcite qui remplit des cavités miaroiitiques, ou parcourt sodalite et feldspaths, tapissant leurs nombreuses fissures. La figure 3 de la PI. VII représente la structure de Tune de ces roches riches en calcite. Elle fait voir, en outre, un agrégat de longs microlites étoiles, moulés par de la calcite ; ils sont de formation postérieure à la roche, et se sont produits dans une cavité ou au contact de la roche qui a englobé Tenclave. Nous verrons plus loin la répétition de faits semblables.
La sodalite de ces enclaves est parfois transformée en mésotype (Valette).
y. Syénite néphélinique à pyroxène. — Les enclaves de ce dernier type offrent Taspect extérieur des syénites néphé- Uniques à grains fins. Elles en ont aussi la structure. Elles proviennent du Pertuis.
Le feldspath dominant est Torthose accompagné souvent d'anorthose à fines lamelles hémitropes à bords indécis. Il constitue de grands cristaux aplatis, frangés sur les bords et souvent accompagnés de feldspaths de même nature et de même forme, mais de plus petite taille (PI. VII, fig. 7 et 11); ces derniers sont accompagnés d'cBgyrine formant parfois avec eux une structure ophitique. II y a là tendance à deux temps distincts de consolidation.
Le sphène et la lâvenite sont plus ou moins abondants.
Ces enclaves offrent une grande analogie avec les syénites néphéliniques trachytoïdes de la Sierra de Monchique et du Brésil.
Dans un échantillon, j^ai observé de grands moules de hornblende (?), constitués par des grains de magnétite, mélangés de pyroxène monoclinique.
Dans ces enclaves, le feldspath est de beaucoup l'élément blanc dominant ; la sodalite existe surtout en cristaux automorphes ; la néphéline est peu abondante.
La fig. 2 de la PI. VII représente le contact d'une enclave très feldspathique du Pertuis avec la phonolite. Les microlites d^orthose de la phonolite sont venus en grand nombre se grouper autour des grands cristaux feldspathiques de Tenclave, tantôt s*empilant sur leurs bords, tantôt s'orientant cristal lographiquement sur eux. Dans les cavités de Tenclave, se développent de grandes lames d'orthose aplaties suivant 9^ (010) et maclées suivant la loi de Garlsbad; elles englobent de gros rhombododécaëdres de sodalite et un peu de néphéline. Ceux-ci sont moulés par de la matière vitreuse et par de Toegyrine. Un peu de pseudo» brookite s'observait aussi dans cette roche. Nous avons vu des phénomènes de ce genre se produire au contact des trachytes et de leurs sanidinites (PI. V, fig. 8).
Cette enclave est intéressante, car elle montre que la cristallisation de la phonolite devient plus active autour d'un noyau feldspathique déjà consolidé. Elle fait voir la propriété que possède cette roche de laisser déposer de la sodalite et de la néphéline quand elle cristallise dans des conditions favorables.
Toutes les enclaves passées en revue et particulièrement celles des deux premiers types sont d'une richesse extraordinaire en inclusions gazeuses qui remplissent surtout les feldspaths, inclusions disposées suivant des clivages ou formant de nombreuses traînées curvilignes. Elles sont identiques à celles que l'on fait naître dans les feldspaths en les portant à une haute température, et semblent
indiquer que ces enclaves ont formé des roches solides en place en profondeur.
Dans les phonolites de quelques gisements du Plateau Centrai et particulièrement dans celles de Lafond, pràs Thiésac, et dans des blocs phonolitiques recueillis dans la brèche andésitique de Liadouze, près Mandaille (Cantal), j*ai observé de petits nodules très cristallins, ayant une certaine analogie avec les syénites néphéli niques qui viennent d^être décrites, mais qui semblent dus à des réunions des grands cristaux de la phonolite.
b) Sanidiniies. — J'ai trouvé dans les tufs de Brocq des roches grenues dépourvues de nôphéline et de sodalite et constituées exclusivement de sanidine et d'anorthose avec une petite quantité de biotite et de zircon. Elles sont très analogues à celles de Menet.
c) Enclaves basiqtùes. — Dans un assez grand nombre des gisements de phonolite feldspathique du Plateau Central de la France, on rencontre des enclaves basiques, riches en hornblende. Elles présentent presque toujours le même caractère. J'ai déjà brièvement décrit quelques-unes d'entre elles * ; depuis lors, de nombreux échantillons nouveaux me permettent de compléter leur description en modifiant mes conclusions au sujet de leur nature.
Le type le plus net de ces enclaves abonde au Puy Griou (Cantal). Cest une roche noire, dans laquelle on distingue à l'œil nu beaucoup de hornblende. Les cavités sont fréquemment tapissées par de Tanalcime. Les échantillons que j'ai étudiés m'ont été remis par MM. Fouqué, Gentil et Rames.
Au microscope, on constate que la roche est extrêmement iriche en longs cristaux de hornblende brune, de