‹ Les enclaves des roches volcaniquesChapitre 92 sur 206 · Bull. Soc. géol., 3» sôr., XVI · texte numérisé non relu

Bull. Soc. géol., 3» sôr., XVI

ne pouvant âlre distinguées de celles qui se sont formées par action de la chaleur dans les éléments de roches anciennes englobées par le même trachyte. Ces inclusions gazeuses manquent dans les grands cristaux feldspathiques indigènes du trachyte. Dans ces cas particuliers, il n'est donc pas possible d'admettre que les sanidinites boient le résultat de la simple agglomération de grands cristaux du stade intratellurique du trachyte.

De plus, les feldspaths de ces sanidinites ont subi des corrosions profondes, suivies de recristallisations ; le mica est altéré, et de la môme fagon que dans les enclaves de roches anciei\nes qu'on rencontre en même temps en enclaves.

Ces altérations sont le résultat de l'action de la chaleur (sur le mica) ou de corrosions chimiques qui ne peuvent pas être mises exclusivement sur le compte du magma tra^ chytique environnant, mais qui doivent être surtout attribuées à des émanations minëralisatrices ayant accompagné Tenglobement de l'enclave par le trachyte. En effet, si à la périphérie de l'enclave, on voit bien cette dernière pénétrée et corrodée par le trachyte, dont les éléments viennent largement cristalliser dans ses fissures et ses cavités naturelles, au centre même de l'enclave on rencontre des recristallisations sur les parois de géodes, dans lesquelles n'a certainement pas pénétré de matière trachytique. C'est ainsi par exemple que Ton voit dans les géodes des sanidinites d'un très grand nombre de gisements, des cristaux de zircon, de sphène, d'apatite, etc. C'est ainsi qu'à Procida et à Ischia, se développent au milieu des sanidinites de grands cristaux de wernérite, que dans quelques-unes de celles du Monte Olibano se sont formés des cristaux de sodalite^

1. Â Procida et au Monte Olibano, les mômes minéraux se sont produits sous l'action d*émanations volcaniques dans les trachytes et postérieurement à leur consolidation.

Si les sanidinites avaient formé des espèces de glaçons au milieu du magma trachytique, on observerait des corrosions effectuées à la périphérie de l'enclave, mais aucun de ces phénomènes complexes qui se produisent dans les druses et d'une façon uniforme dans tout Téchantillon. Ils s'expliquent bien dans l'hypothèse d'une roche solide, brusquement amenée dans un magma visqueux en présence d'émanations minéralisatrices pouvant s'emmagasiner facilement dans l'enclave, grâce à sa porosité et à sa richesse en interstices miarolitiques.

Quoi qu'il en soit, les phénomènes d'endomorphisme, signalés plus haut, montrent que la cristallisation de ces roches grenues a pu, dans certains cas, s'effectuer à une profondeur relativement faible, puisqu'elles ont été endomorphisées par des calcaires secondaires ou tertiaires K

A côté des phénomènes de recristallisation qui viennent d'ôtre cités et qui se sont vraisemblablement produits k haute température, comme en vase clos, s'en ajoutent souvent d'autres, effectués à température plus basse et consistant en formation de calcite ou de quartz. Quand les interstices miarolitiques d'une sanidinite se remplissent de quartz secondaire, on se trouve en présence de roches ayant la composition et la structure d'une roche granitique et l'on aurait quelque peine à les distinguer d'une roche ancienne, si, dans un gisement donné, la quartzification était uniforme. C'est ce qui a lieu pour un seul des gisements étudiés (Islande) dont les sanidinites, longtemps considérées comme des roches spéciales, ont reçu le nom de krablites. Le quartz y prend la forme de micropegma-

1. On trouve aussi, mais plus rarement, des rochett analogues aux aanidinites et formées, soit par sublimation autour d'enclaves de roches volcaniques (p. 250), soit par recristallisation d'enclaves quarzofeldspathiques en partie résorbées (p. 357).

tite. L'origine secondaire d'une partie au moins de ce quartz me parait probable ; son abondance dans ces sanidinites pourrait du reste s'expliquer en dehors de cette hypothèse par Tacidité très grande des trachytes dont, selon toute vraisemblance, ils constituent la forme grenue.

A côté de ces sanidinites que je considère comme représentant la forme grenue de la roche englobante, se trouvent d'autres enclaves plus basiques. Elles peuvent dériver des sanidinites par le développement abondant dans ces dernières des éléments ferrugineux et Tapparition de feldspath calcosodique qui peut môme devenir le feldspath unique de la roche, mais le plus souvent, elles paraissent indépendantes des sanidinites.

Peu abondantes dans les trachyies acides, riches en enclaves de sanidinites, elles se présentent presque exclusivement dans les trachytes qui contiennent beaucoup d'éléments colorés et surtout dans les andésites à hom^ blende et à pyroxène.

Ces roches, dans lesquelles l'élément ferrugineux dominant est la hornblende brune, renferment en outre, do Taugite, de la biotite, de la magnétite, de Tapatite et du sphène ; le feldspath, suivant les gisements, oscille entre l'oligoclase et la bytownite. La structure est parfois miarolitique, mais dans les interstices, on voit très souvent un résidu vitreux ; les roches de ce type ressemblent aux diorites fîloniennes, accompagnant les andésites (porphyrites) amphiboliques anciennes; comme elles, elles ont une tendance à prendre la forme microlitique. Plus rarement, ces roches sont à grands éléments et présentent parfois la structure ophitique ; elles ressemblent à des diorites'diabases intrusives anciennes. Il existe souvent des inclusions vitreuses dans leurs divers éléments.

Ces enclaves basiques forment généralement des blocs

peu volumineux, arrondis, et parfois, elles passent insensiblement à la roche englobante ; dans quelques gisements on rencontre des échantillons dans lesquels il est possible en quelque sorte, d*assister à la formation de ces enclaves bolocristallines. Les phénomènes de corrosion sont souvent peu intenses, ils sont du môme ordre que ceux qui ont modifié les grands cristaux de la roche volcanique. Les minéraux attribuables à des émanations manquent dans les cavités de ces enclaves.

Pour toutes ces liaisons, je les considère comme des ségrégations efifectuées en profondeur dans la roche qui les englobe, ségrégations se rapprochant d'autant plus de la composition moyenne de la roche englobante qu'on les considère dans une roche plus basique. C'est ainsi, par exemple, que les enclaves basiques du trachyte à anorthose du Cantal ont une composition très éloignée de la composition moyenne de ces roches volcaniques, alors que celles des andésites à hornblende et augite de la même région en sont, au contraire, assez voisines.

Nous verrons que ce fait est général et qu'il s'accentue dans les roches plus basiques.

Plateau Central de la France. — Puy-de-Dôme. J*ai décrit, page 142, des enclaves de 5anic{/n»76^ recueillies dans V andésite ai^gitique de Volvic et dans le basalte du Puy Gros : je les considère comme étroitement liées aux trachytes acides de cette région.

Ces roches, constituées presque exclusivement par de l'orthose et de l'anorthose, contiennent parfois du zircon, du pyroxène, du mica noir : elles sont en tous points semblables aux sanidinites du Cantal.

C*6St sans doute aussi à la même catégorie de produits qu'il faut rattacher un échantillon que j'ai recueilli dans

les tu& basaltiques du Chuquet Genestoux, avec les roches anciennes dont il a été question page 61.

Cet échantillon est en grande partie formé par de Torthose, du feldspath triclinique acide et du mica noir, transformés en produits ferrugineux, sous l'action de la haute température à laquelle la roche a été soumise au moment de son arrachement par l'éruption basaltique.

Cette enclave possède la structure miarolitique, mais presque tous ses interstices sont remplis par du quartz ; aussi offre-t-elle quelque analogie avec une roche granitique ancienne. Toutefois, les détails de sa structure me portent à ne pas accepter cette hypothèse et à considérer ce quartz comme secondaire : cette enclave est sans doute une sanidinite des trachytes à biotite (dômites) qui abondent au voisinage du Chuquet Genestouz ; elle est à comparer, comme composition, structure et mode de gisement, aux krablites d'Islande, dont il sera question plus loin.

Mont-Dore. — Les tufs acides du Mont-Dore, aussi bien que les divers trachytes et andésites acides de cette région renferment très fréquemment des enclaves à structure grenue ou miarolitique ^ que je considère comme des ségrégations basiques.

a) Sanidinites. — Les sanidinites y sont rares ^. On a vu eu outre, p. 250, qu'au roc de Cuzeau on trouve des roches très analogues aux sanidinites qui se sont formées par sublimation autour d'enclaves de trachytes (PI. V, fig. 7).

b) Enclaves basiques. — La coexistence sur un même point de roches volcaniques de composition assez différente, rend difficile l'attribution de ces enclaves basiques

1. Ces enclaves se rencontrent surtout dans les trachytes elles irachyandésites à sanidine^ parfois augitiques et souvent riches en olivine. Voir M. Michel Lévy. Bull. Soc. géol, 3* sér., XVIII, 805, 1890.

2. Yoy. à Tappendice; je n'ai trouvé ces sanidinites qu'au moment de la mise en page.

à telle ou telle de ces roches, quand les enclaves en question se rencontrent dans les tufs. Cette distinction n'aurait du reste qu'un médiocre intérêt : ces roches volcaniques, en efiet, présentent dans leurs éléments, et particulièrement dans ceux qui leur sont communs avec les enclaves en question, une remarquable analogie, et il n'est pas douteux qu'elles proviennent toutes de la différenciation d'un magma unique.

Le type le plus fréquent que j'ai recueilli au Capucin, à Riveau Grand, dans la vallée de la Cour, et dans celle de Chaudefour, au Val d'Enfer, dans le ravin des Egravats, au sommet du Sancy, etc., est essentiellement composé de hornblende et de feldspath triclinique. La hornblende est brune, très pléochroïque et généralement très biréfringente, formant des cristaux très allongés à formes nettes et souvent creux : le feldspath est, suivant les échantillons, de Tandésine ou du labrador; il englobe la hornblende et renferme souvent d'innombrables aiguilles d'augite ^ ; il existe enfin de Tapatite, de Taugite en grands cristaux automorphes, et toujours de la magnétite.

Cette roche est quelquefois grenue, mais souvent aussi très miarolitique. Ses interstices sont généralement privés de cristaux drusiques. Enfin, quelquefois, on y observe un léger résidu vitreux. On peut comparer ces sortes de dioriies à celles qui accompagnent en filons les andésites {porphyrites) amphiboliques antetertiaires du Plateau Central de la France. Il n'est pas rare de voir, du reste, des échantillons dans lesquels les feldspaths ont une tendance à devenir microlitiques : la roche présente alors une certaine analogie avec V andésite amphibolique fi Ionienne de l'entrée du V^al d'Enfer 2.

1. J'ai déjà décrit cette roche et Tai Ogurée : Bull Soc. géoL, XVIII, pi. XXVI, flg. 4, 1890.

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