BELA HARPE. II J
ii fiuiner cette analyse , oa plutôt cet ëtoge de La Fontaine , qu'on peut regarder comme le fragment le mieux pense , le plus profondément senti , qui soit sorti de la plume féconcfe .de l'Arîstarque français* *
Le jour annoncé , l'entrée du lycée fut assaillie par un nombre con^érable de curieux et d'habitués , qui s'entassaient à chaque porte , remplissaient les issues , et semblaient d'avance recueillir avec avidité tojut ce qu'allait proférer la bouche éloquente du célèbre critique. Celui-rci ne paraissait ordinairement à la tribune que le dernier , il ne se rendit donc au lycée que vers le milieu de la séance , et s'arrêta , selon son usage ^ dans une petite pièce éloignée des grands salons , et faiblement éclairée» oh il aimait à méditer en silence , avant d^' se montrer en public , et à recueillir toutes se& forcé& ; mais ce jour-là même elles se trouv^'ent tellement époiisées par l'excès du travail et là privation de sommeil , qu'il s'endormit en examinant de nouveau ce qu'il allait prononcer devanit le nombreux audi* tpire qui l'attendait avec impatience.
{^orateur qui le précédait immédiatement I II...
Il8 LB SOxMMElL
à la tribuhe, ayant £ni de parler, on s'attend à voir paraître le nouveau Quintilien : on se dispose h Tapplaudir des son entrée f on s'agite, on s'avance , on êe presse , afin de ne pas perdre un seul mot de oe qu'il va dire , lorsqu'un des administrateurs du lypée vîe^t annoncer que M. de La Harpe , ayant passe la nuit à retoucher son travail , s'ëtait abandonne, dans une pièce voisine h un sommeil si paisible et si profond , qu'on n'avait pas le courage de le réveiller , et qu'on désirait à cet ^ard consulter Pifôsenbté^. a Noos attendrons , sVerie-ton de toutes parts : puisqu'il a veitié pour nos jçdaisirs et notre ins^ction , nous respecteiHHissoii sonimeiL — Cependant il est tard , reprend Padroinistrateui'; et ce repos safaitaire dont jouit e» ce moment M. de La Harpe V peut se prolonger longtemps encore. — . Eh bien, rendent ^osieurs voix , nous remettons à la prochaine séance lé bonheur de l'entendre : oui, nous nous retirons tous , en suppliant qu'on ne le réveitiej^Si « A ces mots chacun se lève et sedispose à sortir en silence , lorsque Lucc de Lancival , jeune^ professeur d'éloquence , et passant d^à pour
BELAHARPB. I ig
Tnn des plus habiles lecteurs de la capitale ^ demande ijue chacun reste en place , et propose de lire pour l'orateur endormi. « Le ca- » hier , dit-il , qui contient le travail de M. de » La Harpe , est tombe à ses pieds ; je vais , » si Von daigne m*y autoriser; m'en emparer » au nom de l'assemblée ; il me suffira de cpeln ques instans pour le parcourir , pour habi* » tuer mes yeux à l'écriture de ce grand >» maître , eï je tâcherai de donner ensuite à 3> cette importante production , sinon tout le n charme dont elle est susceptiUe , du moins ' 3t l'expression la plus Traie du respect et de » l'admiration. » On applaudit à la proposition du jeune professeur ; elle fut adoptée avec d'autant plus d'empressement , qu'elle ofirait à-la*fiMs le moyen de satisfeire une attente â légitime, et celui non moins piquant peutêtre d'applaudir tu talent de La Harpe , sans qu'il pût s'en douter.
Luce de Lancival , apr^ avoir été prendre le manuscrit aux pieds du célèbre professeur , toujours plongé dans un profond sommeil , vient se placer à la tribune , où , rappelant tout son courage , et £usant excu-
laO LS SOMMEIL
aer de nonTeau ce <jae sa d^knarelîe poayaît avoir 4e téméraire , il fait entendre la leo-. ture de ce chapitre du Cours de Littérature , ^ intitulé : « De la Fable et du Conte , et » commençant par ces mots : De La Fon-
» taine )» A ce nom to^s les cœurs fu«
rent émus ; il rappelait li-la-fois le .guide de Fenfapce, Tami de l'âge mur, et le consolateui^ de la vieillesse. To(us les sexes.^ tous lesL ^e&lui rendirent hpmmage , et ce nom chéri de La Fontaine fut salué par un applaudissement universel et long-temps prolongé. Le jeuQe lecteur , transporté lui-même , et par-i. tag^nt, vivement l'émotion dessauditeurs, ne put d*abord proférer que d'une voix altérée le 4ébut de La Harpe , qui prouve que si , dfiLïis tous les genres d'éloquence et de poé* sie 5 la prééminence fut disputée ou partagée , soit dtie^ les anciens, soit parmi les modernes 9 il n'en existe qu'ui^ dans lequel ua seul homn^e ait écUpsé tous ses rivaux ; et que ce genre lui est tellement resté en propre , qpe désigner la fable, c'est nommer La Fon« t^fine* , Luçe de Lancival , fie livn^nt ensuite à h