‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 2 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

\jv oflfre trop souvent aux jeunes gensqui se disposent à parcourir la carrière des lettres , l'eArayant tableau des tour-mens qui les attendent. « Si vous rëus- » sissez , leur dit-on , l'envie et la médio- » crité parviendront à. troubler vos suo- » ces ; et , sous le masque d'une critique* n nécessaire, elles vous feront payer cher- » vos lauriers. Si vous ne réussissez pas ^ »- cette même envie , non contente d'é- » prouver une joie secrète , vous acca- » blerac d'injures, vous couvrira d'oppro- » bre. On pardonne rarement à qui veutn se faire un nom. Âh ! loin d'ambition- > ner une gloire littéraire , si difficile à » conquérir , suivez l'humble sentier de » la vie ; préférez à l'éclat , une heureuse ' 1» obscurité. On parlera peu de vous , apr^ h. votre mort ; eh ! que vous importe , si ,

ÎV ÏNTRODUCTIOW.

5) pendant votre yîe , on n'en peut dire » aucun ïnal? »

Ces véri tes frappantes doivent sans doute produire un effet salutaire sur les âmes tin^ides qui n'abordent qu'en tremblant lé Temple de Mémoire ; mais si tous ceux qu'anime une noble audace , en étaient également effrayés , que deviendrait le culte des lettres , qui sont la source morale du bonheur dç l'Etat , qui conservent à rbomme toute sa dignité ^ guident sur Je trône , consolent d^ns la chaumière , et transmettent d*âge en âge les hauts faits des héros , les découvertes du génie et la splendeur d'un grand siècle?

Combien de fois ai-je vu de jeunes favoris d'Apollon y découragés dans leurs premiers élans , par les craintes qu'on ne cessait de leur inspirer sur leurs succès ! combien de fois , lorsque l'ignorance et la présomption faisaient de vains efforts pour atteindre à quelque renommée, le vrai talent , souvent timide et presque toujours

intuoDucnoir. v^

modeste, s*est-il arrête dans sa marche ra. pide , au moment d'arriver an but qu'il s*était proposé !

C'est donc un système dangereux que <le' vouloir détourner les jeunes gens de la carrière à lacpielle ils sont appelés par^ leurs goûts et leurs travaux , par cet in* stinct de la nature , si difficile à réprimer. £1| quoi ! parce qu'une réputation méritée attire quelques tourmens , il faut j renoncer? parce qu^un homme célèbre est rare , il faut étouffer en soi le désir et les moyens qu'on a de le devenir ? Oh ! que de talens cette crainte prématurée a détruits dans leur germe i Que de larcins elle a faits à la postérité l

C'est pour combattre ce ^ngereux système, que J*ose entreprendre d'offrir aux jeunes littérateurs une- esquisse fidèle des jouissances qui indemnisent les gens de lettres- des atteintes de l'envie. Il en est qu'on ne peut décrire sans les avoir éprou** vées 9 et dont une seule suffirait pour faire^

Ti nrrRODtJCTiON.

oublier de longs chagrinsl II en est d'au* très que nous retrace Thistoire , et que j'ai cru inutile de rappeler ici. Mon unique intention est d'intéresser et de convaincre ceux pour qui j'écris , par des tableaux variés et dessinés d'après nature. Je n'aLdonc voulu prendre mes modèles que parmi les hommes de lettres, morts. depuis peu dé temps, et qu'une grande partie de mes lecteurs ont pu voir, ou connaître. On s'intéresse toujours davantage à ceux dont les traits et le son de voi^ sont restés dans notre mémoire.

Je fus le contemporain de tous ceux dont je vais parler : plusieurs d'entre eux furent mes amis; et j'éprouve une double satisfaction en écrivant ces anecdotes : celle de me retrouver sur la scène du monde avec des gens de lettres que j'avais tant de plaisir à rencontrer; cc''e de -donner aux jeunes litt^ateurs qui votïiàraient marcher sur lieurs traces , l'assurance d'y cueillir quelques fleur» pendant leur vie ,

INTAOOUGTIOir. Tlj

et de laisser après eux d'honorables souvenirs.

Comment ne pas s'occuper constamment de ces souvenirs qui planeront sur notre tombe ? Gomment ne pas songer à cet impartial arrêt de la postérité , nous assignant pour jamais le rang que nous méritons ? Qui de nous ne laisse pas un parent , un ami que cet arrêt doit rendre heureux ou désespéré , honteux ou fier , de nous avoir appartenu ? Oui , de même que le plus grand supplice est de se dire : « Chaque fois qu'on prononcera i> mon nom , mes enfans rougiront de leur i> naissance ; » dç ihéme il n'est point sur la terre de plus douce ivresse que celle de léguer à sa famille une mémoire honorée , une réputation reconnue. On est sûr de vivre sans cesse parmi les siens ; et lorsqu'oii s'en-'séparev c'est avec l'idée consolante de les attacher plus tendrement encore i une célébrité qui , méritée , augmente toujours après la mort*

.YIJ mTKODUCTIOir.

lié fond des différentes anecdotes que je rapporte dans cet ouvrage , est historique. Je fiis témoin des unes ; les autres m'ont été données par des personnes qui vivaient dans l'intimité des littérateurs nommés dans ce Recueil. Je les ai plus ou moins étendues , suivant ^e le sujet me paraissait susceptible de rassurer les jeunes amis des Muses, intimidés, dans leurs essais. Eux seids m'ont guidé dans cette entreprise. Les encourager est mon unique but ; contribuer à leur gloire est ma seule espérance. Ah ! si parmi ceux qui daigneront parcourir cet ouvrage , il s'en trouvait qui fussent ramenés à cette conviction que les lettres procurent des plaisirs qui dédommagent des peines ; si je pouvais rendre à mon pays et à mon siècle un digne successeur des hommes célèbres dont j'ai recueilli les indemnités , j'obtiendrais à mon tour la plus honorable et la plus chère.

LES

DE

LA Jeunesse.

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