BU MERITE DES FEMMES
Je dois prévenir mes jeunes lecteurs qu'en ëcrivanl cette intéressante anecdote, j'aurai beaucoup de peine h retenir ma plume , k réprimer l'élan du coeur. Legouvé fut mon ami sincère , et je l'aimai , non comme Font aimé tant d'autres , pour sa fortune, son crédit et don autorité dans les lettres , mais pour lui-^ lu^é. Qui sut mieu^ que l'auteur de la Mort tïAbel et du Mérite des Femmes , inspirer un sentiment durable? Simple et confiant jusqu'au plus entier abandon; généreux sans songer à l'être ; aimant par besoin , et jamais par calcul ; ouUiant le mal qu'on lui avait fait , et n'y répondant que par le bien qu'il jpouvait faire; dédaignant les grandeurs, ot
l48 LA CONVALESCENCE
sacrifiant tout à sa chère indëpendance ; aimant le plaisir , sans courir après ; folâtrant , comme un enfant , au milieu des travaux les plus sérieux : tel e'tait , dans sa vie privëe , comme dans le monde, ce poète élégant, et quelquefois sublime , dont les productions ont fait tour-à-tour l'ornement des lycées ^ du théâtre , et <^u Collège de France.
La fête de la célèbre Mil® Contât, que le public, toujours impartial , surnommait ordinairement Thalie , avait attiré à se. terre d'Ivry , un grand concours de monde. Tout ce que Paris comptait de littérateurs et d'artistes renommés , s'était réuni dans ce charmant séjour , pour ofirir au premier talent de la scène française les hommages qu'il méritait. Legouvé , s'apercevant que plusieurs poètes distingués et les plus joyeux chansonmers se disposaient à célébrer cette Louise €ncore belle, et dont l'esprit et les grâces ont laissé d'éternels souvenirs , ne voulut pas rester en arrière ; et quoique favori de Melpomène , il essaya de chanter la Muse sa rivale. Pendant qu'un bal brillant et les {Jus aimables jeux occupaient , dans les salons «