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tous les inities , auxquels s'étaient joints les principaux habitans du village , le chantre d'Abel , naturellement enclin a la plus doube mélancolie , s'enfonce dans le parc , et se li> Vre aux prestiges de son imagination. Il était tard , et la nuit avait couvert l'horizon de ses voiles. L'épaisseur du feuillage sous lequel errait le poète , répandait encore plus d'obscurîté sur \e^ différens sentiers qu'il suivait au hasard , et qui le conduisirent dans une longue allée éloignée du château. L'imposante majesté des arbres , le silence inspirateur qui régnait de toutes parts, l'invitèrent à parcourir cette délicieuse solitude qu'éclairait faiblement un reste de crépuscule. Il avance donc , sans songer où il est , marche entièrement livré au délire poétique , fait encore un pas , et se précipite dans un saut- de-loup trèsprofond qui sépare le parc du grand chemin. Il tombe sur des cailloux parmi des ronces , des épines , se rompt la clavicule gauche et reste long-temps sans connaissance et comme' ^ anéanti.
Cependant, une vive alégresse régnait dans les salons du Château : tous les plaisirs que I i4*
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peuvent inventer le bon ton et l'urbanité fran« çaise , s'y trouvaient unis à la splendeur des arts , aux charmes de Tamitid. On s^aperçoit que Legouvë a disparu, u Bon ! dit l'un de n ses amis intimes , vous connaissez bien son -n goût pour la solitude ; je le vois d^ici dans 3) le parc , assis sous un feuillage bien sombre, 31 et s'occupant d'ajouter un nouvel épisode 31 à son poiëme charmant de la Mélancolie* ». On rit, et les jeux recommencent. Enfin , il est près de minuit ; oâ va servir le souper , et Legouvé ne paraît point. L'inquiétude et le plus tendre intérêt succèdent alors à la plaisanterie : on cherche , on appelle , on ne sait h. quoi attribuer cette étonnante disparition , lorsque plusieurs habitans du village, qui re* gagnaient leurs demeures , viennent annoncer qu'ils ont entendu des cris plaintifs au bout du parc , du côté du grand chemin qui conduit à Vitry. On s'y rend à la hâte avec des flambeaux : on arrive jusqu'au saut-de-loup , et l'on y trouve ce malheureux , noyé dans son sang, et presque sans mouvement. Les effi>rts inouis qu'il avait faits pour sortir de ce précipice , dont il n'avait pu atteindre les
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bords 9 avaient dpuisé le reste de ses forces, au point qu*il ne reprit connaissance que dans le grand salon , où il fut apporte , presque mou* rant, sur les bras de ses amis consternés .Bientôt il reçut des secours prompts et salutaires. Après avoir appliqué sur sa blessure le premier appareil , on décida qu'il fallait le transporter à Paris le plus promptement possible. MU«. Contât, profondément émue et les yeux noyade pleurs, au milieu des nombreux hommages dont elle est entourée , voulut es* corter elle-même le blessé dans sa voiture ; et cette fête charmante , qui devait prolonger jusqu'au lendemain la joie et led plaisirs de toute espèce , fut changée tout-àr-coup en un deuil général , qui répandit un crêpe funèbre sur le château d*Ivry et sur tous ses environs. Malgré les soins de sa famille et les ressources de Fart , Legouvé se ressentit toujours de ce funesfe accident. Sa convalescence flit longue et douloureuse. Ses organes, affaiblis par la violente secousse qu'ils avaient reçue, ne retrouvèrent plus leur première force ; il n'y «ut que son ame qui semblait avoir conservé 90n aimtable épanchement et toute sa sensibi^^
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lite. Jamais il ne fut plus intéressant , plus tendrement aime; jamais il ne s'était montré plus digne de l'éb^e. Enfin , parvenu , an bout de quelques mois , à un état pins rassurant , il reçut le conseil d'aller prendre des bains d^ mer , qui seuls pouvaient lui donner du res-^ sort , et l'amener à une guërison complète^ Un de ses amis de collège établi dans une ville maritime, dont il était un des plus richeç liabitans , le sollicita de venir passer quelque temps chez lui , et s offrit à le conduire lui-» même aux bains dont on attendait un effet sa-^ lutaire« Cet ami était Tépoux d'une femme re^^ marquable par sa beauté., et qui réunissait cheap elle tout ce que la ville possédait de per^ sonnes distinguées. Elle se fit une fête de recevoir chez elle Tauteur du Mérite des Peni^ mes f ce chantre éloquent , ce défenseur zélé d'un «exe que des écrivains célèbres attaquèrent souvent avec tant d'aigreur et d'injustii?ce. Elle fit préparer, à Legouvé un apparte-r^ ment commode , où il put se livrer tranquillemenjt à ses occupations littéraires, qui seulest lui rendaient quelques instans de bonheur , et lui faisaient oublier les maux qu'il endt^rait^
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Enfin , lé jour de son départ fût arrêta définitîyement, et son arrivée prochaine devint la grande nouvelle de tonte la viHe- Les littérateurs se disposèrent à célébrer son séjour parmi eux ; l'amitié lui prépara fes plu» tendre» soins , et la reconnaissance fit naître aux dames le projet de lui donner une fête qui rappelât les couleurs séduisantes sous lesqu^es il avait pris tant de soins à les peindre dans ses ^ers.
Legouvé partit donc dans une voiture de poste ^ accompagné d'un ancien domestique ^ à la fin de l'été de 1810. Voulant éviter les nuits d^uberge^ il traversa Rouen sans s'y reposer , et gagna d'une seule bride jusqu'à Lisieux.. Là^ fatigué du voyage, il éprouva les atteintes d'une fièvre nervale , qu'il voulut en vain cacher au bon serviteur qui Fescortait : la pâleur empreinte sur tous ses traits, un mouvement convukif et très-fréquent 1 qu'il ne pouvak réprimer , un nuage sombre qui voilait ses yeux ^ ordinairement d'une expression pénétrante, tout décelait sa souffrance , son abattement ; etsonvalet-de-cham* hce obtmt qu'il s'arrêtât dans cette ville. Ce- I i4—
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pendauty ranimé par un peu de repos, et brûlant du désir d'arriver oîi rattendait sott ami d*enfànce , il demande des chevi^ux , et se remet en route. A peinq avait-il parcouru la moitié de la première poste, qu'un froid mortel s'empara de tous ses «ens. La fièvre redoubla , et ce ne fut pas sans effort , qu'il put arriver au Village d'Estréez, premier re^ lais qui se trouve après Lisieux. On le descend dans la meilleure auberge^ souti^iu sur les bras de son fidèle compagncoi de voyage , qu'aidèrent une hôtesse intelligente et toua ses gens ; il est transporté dans une chambre spacieuse et cotnmode , et posé sur le meil-r" leur lit qu'on put lui préparer. Cette attaque imprévue redoublant au point de lui causer un délire effrayant , son valet-de«dbAmbre demande s'il n'y aurait pas dans le village, ou dans les environs, un médecin qui vînt donner h son maître les secours les plus proaiptS4 « Il n'y en a qu'un , lui réponid l'hôtesse , à une demi Keue d'ici , mais qui se dérange difficilement pour des étrangers. Il faudrait qu'vous fussiez le chercher vous-même ; jVous office un guide, etdânàune heure, vou&s'rcai
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de retour. — ^'accepte , répond le fidèle serviteur ; mais vous me promettez bien de ne, pas abandonner mon maître lin seul instant ; il est digne de tous vos soins, et mérite tant d'égards !.«.. C'est un homme célèbre, un membre de l'Académie française ; en un mot , . c'est M. Legouvé, que j'ai vu naître, et que j'aime comme j'aimais son père , dont je fus long - temps le valet - de-chambre. — • Soyez tranquille , réplique l'hôtesse , avec cette gaîté franche et ce ton de bonté qui rassure : j Voua promets d'vous remplacer bien fidèlement auprès d' votre maître M. Legouvé, dites-vous?.. • -^ Oui , le meilleur des hommes
et le plus digne ami des femmes » A ces
mots , il sort précipitamment , et court, accompagné d'un garçon d'auberge , chercher le médecin qu'on hii avait indiqué*
Peu après son départ, Legouvé, qui n'éprouvait qu'une secousse passagère , s'endort; et son sommeil paraît si paisible, que l'hôtesse, appelée par les soins multipliés de son auberge , et , sur-tout , par l'arrivée de deux dames, d'un château des environs , dont la ealèche avait besoin d'une légère réparation ,
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place auprès du malade sa servante aêtive, intelligente, en lui recommandant bien de venir l'avertir sitôt que ce bon M. Legouvé se réveillerait.
Elle descend aussitôt dans la salle basse , et trouve la baronne de * ** , et sa sœur , ma* ri^ depuis plusieurs mois à un ofEoiergénéral , qui se reposaient en attendant qu'on» raccommodât un des ressorts de leur voiture. Ces dames voyageaient avec leurs chevaux, et comptaient se rendre le soir même au port de mer , pour assister à la fête qu'on devait y donner à l'aimable auteur du Mérite des. Femmes^ et à laquelle elles avaient été invi* tées par l'ami de ce célèbre littérateur*.
Pendant qu'elles prennent à la hâte quel-^ ques refraîchissemens, l'hôtesse entendant ap« peler la servante qu'elle avait laissée auprèsdu malade , et li qui elle confiait ordinairement les détails de la lingerie , répond bras^ quement qu'Hélène est occupée , et qu'il nefaut pas qu'on la dérange. « Elle est au|n^ de c' monsieur qui nous est arrivé si souf* frant, ajoute-t-elle ; et d'après c' que ma dit son valetdc'chàmbre y ce cher monsieiir Lje^
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gouvé n'aura pas à s' plaindre d'être logé chez moi, -«- Comment , dit la baronne , vous aveas ici monsieur Legouvé ? -^ Oui , madame, i' nous est y' nu dans un ëtat à faire pitié; mais, grâce au ciel, i' va mieux, et r'pose en c* moments — ^ Et nous , dit tout bas la baronne à sa s<?0ur, qui nous rendions à la viUe , pour le voir , le connaître , et nous joindre à ceux qui se disposent à cél^rer sa présence • , •• • Mais il ne sera pas dit que celui qui chanta si bien le mérite des femmes, n'éprouve d'elles qu'une coupable indifl^ren* ce. . , . L'hôtesse? -»- Madame. — * Auriez^vous une chambre particulière à nous donner ? -^ Vous pouyea choisir ; et à l'exception d' celle oîi r'pose le malade^ -« Vous avez bien raison y reprit la baronne , de lui porter le plus tendre intérêt. . . . Maïs veuillez nous con-» duire sur-le--champ dans la ptëce que vous, nous destinez. »
Introduites dans un appartement près de cdui qu'occupe Legouvé , elles instruisent l'hôtesse de tous les droits qu'a ce poète à la reconnaissance des femmes, et lui font part de leur projet, « Puisque le hasard , disent^
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» elles, nous a fait rencontrer ici notre ai-<« )» inable défenseur , nous serons toutes les n deux ses gardes-malades : nous ne voulona }i céder à personne le bonheur de lé veil— )» 1er , de lui prouver à quel ppint il nous edt » cher...»* Mais en paraissant devant lui » telles que nous sommes , nous craindrions >i de le troubler , ou de ne pouvoir lui fkii^ u accepter nos soins. Il faut donc , bonne n hôtesse , que vous procuriez, à chacune de » nous un de vos vêtemens les plus simples : V vous nous direz vos parentes , vos deux » nièces , nouvellement ëtabUes ; et sous ce » déguisement nous saurons amuser le ma-** a) lade , l'intéresser peut-être , et porter par 3» degrés dans ses sens le calme si nécessaire n à sa guérison. n L'hôtesse , qui déjà par-* tageait le tendre dévouement de ces dames, et qui se faisait une fête de les voir, nouvelles filles d'auberge , en prendre le ton , le lan*« gage et le maintien , s'empresse d'aller cher* cher ce qu'elles désirent. En moins d'un quarts d'heure la baronne et sa sœur furent vétuet d'une petite jupe de laine , d'un corset d'éta-^ juine y et d'un tablier decotonnade: lebonoel
ta Lfi&OUTÉ. iSg
tond à la mode du pays , les bas jaspées de Rouen , la croix d'or et le petit «£chu d'iu-. dienne, pose nëanmoios avec adresse , com^ plétërent ce d^uisement sous lequel ces deux jfemmes charmantes semblaient êti*e encore plus jolies • Enfin ) l'une, le tablier retrousse et munie d'un houssoir , et l'autre , le balai à la main , suivent l'hôtesse dans Tappartement de Legouyé , d'où cette dernière avait eu soin de faire sortir la servante qu'elle avait établie auprès de lui»
Voilà donc ces deux femmes de qualité sous les simples noms de Lise et de Suzette , ran^ géant et nettoyant autour du malade , qui bien^tôt se réveille un peu moins agité ^ et demande son domestique. « Il est allé ^ répond l'hôtesse , chercher un médecin célèbre qu' nous avons dans l'z'environs. Vol' état l'inquriétait ; mais | grâce au ciel , ce n' s' ra rien : monsieur paraît beaucoup mieux* — Oh , tout- à-fait , ma bonne hôtesse. ••••.. Mais quelles sont ces deux jolies personnes ? — - Mes nièces mariées. «•«» V là six mois tout- à-l'heure , et qui sont venues passer queu' qu' jours avec moi. Gomme j'ons pr(miis à votive valet-d'-chambre de V
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remplacer auprès de vous , et qa*à tout mojnent j' suis obligée d' monter et descendre , j'établissais ici Lise et Suzette pour veiller monsieur , et lui porter tous les s' cours dont il aurait besoin. — Combien je vous remercie ! mais je ne vous conseille pas de placer de pareilles gardes-malades auprès de ceux dont le mal va jusqu'au délire : elles ne sont pas du tout propres à le calmer. — Monsieu s' moque d' nous , dit la baronne ; fabussant ^ et là. — • Ces grands messieux d' Paris , ajoute sa sœur, en balayant, ont toujours un queu qu' chose d'aimable pour en jôler leu monde. —Et 1 qui vous a dit que je suis de Paris ? — Oh , àous savons qui vous êtes , reprend l'hôtesse , vot domestique m'a tout conté ; u V meilleur des hommes et le plus digne ami des femmes , » ce sont ses propres paroles. —Monsieur porte ben ça sur sa figure , dit la fausse Lise. — Ëh \ qui ne serait l'ami de toutes celles qui vous . ressemblent ? répond Legouvé surpris et avec émotion... • » Comme la conversation s'animait de la sorte , entre le valet de-chambrê , accompagné du médecin , homme tl'une éru- : dition profonde et d'un mérite véritable. Aa^
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seul noBl de Legouvé dont il connaissait les ouvrages , il s'était empresse de venir lui offrir tous ses soins. Il l'aborde avec le plus vif intérêt ; et après l'avoir «examiné avec toute l'attention dont il est capable , il dé<^e que la fièvre ne sera qu'éphémère , et ne présente aucuns simptômes alarmans. Il prépare et fait prendre au malade un breuvage qui doit achever de le calmer •, et après lui avoir témoigné tout le plaisir qu'il éprouve à le connaître, il se retire en promettant de revenir le lendemain matin s'informer de son état»
La nuit approchait: L^ouvé , rassuré par l'avis du médecin , touché des tendres soins qu'il l'eçoit de toutes les personnes qui l'entourent , éprouve l'heureux effet du breuvage, et se livre insensiblement au sommeil le pluà salutaire. La baronne et sa sœur, qui traitaient l'hôtesse comme leur tante , la renvoient alors à ses occupations, et proposent ensuite au vieux valet-de-chambre d'allerprendre lui-même un repos dont il avait si grand besoin. Celui-ci fait d'abord quelques di& acuités ; ibaià la fatigue et l'âge , qui , malgré lui , appesantissent déjà sa paupière; le vif I i5.
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désir qu^exprîment les deux soeurs de passer la nuit auprès de son maître ; en un mot le plaisir que semblait éprouver ce dernier à recevoir les soins de ces deux charmants personnes , tout détermine ce fidèle serviteur à se retirer dans une pièce adjacente , dont il laisse la porte ouverte ; il se jette , tout habillé , sur un lit , en recommandant bien qu'on le réveille dès qu'on aura besoin de lui. Ces deux dames se trouvant seules , reprennent leur ton naturel , et se livrent sans contrainte à tout le charme que leur inspire cette singulière et piquante situation. De toutes les nuits qu'dles avaient passées dans les plaisirs et dans les fêtes, aucune ne leur semblait avoir été plus délicieuse que celle-ci. Legouvé les
intéressait à tant de titres ! En rôdant
autour de lui , la baronne aperçoit à l'entrée d'un grand porte-feuiUe entr'ouvert e^ posé sur une table, un livre dont la reliure magni* fique attire ses regards ; elle lit sur le titre ces mots : Le Mérite des Femmes. Elle le pr^id avec précaution , et propose à sa sœur de par-courir . ensemble cet ouvrage , tout en veil-* lant son auteur, u Jamais , dit-elle, nous
IMS LXGOUYé. . l63
n n*auxoiis mieiu senti tout le talent qu'il ft recelé : dbaquie peasëe y chaque expression , » semblera sortir de la bouche de celui qui « repose Ik , près de nous , et gravera dans » nos: cœurs un sowenir ineffiicable. }v £Mes 3e placent donc le plus loin possible du lit ou sommeille Legouyé , et relisent ce poëme charmant qu'elles ont dëjà feuilleté tant de fois , et que de nombreuses éditions ont propagé dans toute l'Europe. Avec quel plaisir elles remarquent la brillante peinture qu'y trace Fauteur, de Fempire irré^tible de la beauté ^ du gén^eux sacrifice que font les femmes de ce précieux avantage , soit en nous donnant la vie , soit en aHaitant notre enfance , et en la préservant de tous les Àiaur auxqud^ la nature voulut Fassujétir ! « Que » j'aime, dit la baronne, ce portrait fidèle » de l'influence des femmes sur le bonheur 5» des hommes ! Gomme Legouvé peint avec * grâce et sentiment une mère, une aman-- » te , une épouse , une amie ! Qui ne serait 3» émn lorsqu'il nous rappelle si bien l'heu* D reuse et douce liâisdn de madame de la M Sablière et du bou: La Fontaine ? Goàimenti I i5..
l64 liA COirVAEESGENCE
» ne pas retenir ces vers:, oît ;,-pàrlaiit èe i'a- 7* mitié qui unit les hommes, entre eux , il j» ajoute:
Ma^ aupr^ d'ime femme, ^em phiscle ckweetttr : C'est alors .<fa$ 4' amour eU^ «st waiment la «aor > C'est alors qu'on obtient ces soins ^ ces prélerentes^ Ces ëgards-tïélicits , ces teiidiies complaismces Que W hommes entre eux nlcnit jamais tfv^i detki < On a miains ^'one amante y on a ,pla3 ^'im amL
(c Pour moi ^ dit la sœur de la baronne^ ce que j'admire le plus., comme dpouse d'un guerrier , ce sont les traits de courage et la noble résignation des femmes , dont ce poëme oflFre de si beaux modèles. J'aime cette Télésia^ qui , |)oète,et guerrière , soutient le siège d'Argos9 Esther^ sauvant sa nation, en s'ex-r posant au courroux du, redoutable Assuërus ; Antigone , se dévouant à une mort certaine , pour donner la sépulture aux restes ^e soa frère ; Eponincy s'enterrant vivante avec son époux; Véturie^ obtenant de son fils ce qu'il venait de refuser aux vieillards , aux premiers magistrats de Rome •, ^t cette reine d'Angleterre , s'élançant entre le glaive des bourreaux
ttte»ditoyeiigdeGid«is%^i^QQdcitài]ioi, TepT&ïd la baromi^y je ps^fèi^e, à-toutes oes^ao*^ lions d'ëclat , l'obscure bicDfaisanee de oea^ femmes pîeiueB, doût parlefLegouvé , qui pc»!sent leur vie dans l'asite infeet de la^ son^ france et du malheop , quî sa déroteeiif^ pou]^ toujours au soulagement de Fnidigait mldade et du soldat blessé*. C!est là . que^ pèus d'une^ féis , commandiint à ses sens ^ et bku: souvent^ à sa pudeur , une^fémme esfe, selon mot ^ dans, tout rëdat de sa bonté 9 et , comme là dit'&i hiea notre âoquciit d^Béseùr r
« Vers, des infortanés s-'élançant des autelts ,
» Est l'iSpoase d'an Dieu, pour servir les mortels. ».
Et nous ne serîonsi pas pour toâ tdks quet» iioos représentes ? ajoute la baronne ^ en por-« tant ses regards attendris sur le po^ ^ qui sommeMle encore : aimable Legouvé ! quellet femme sensible et lûen née pourrait te refuser son admiration , et ne sermt pas heureuse et 'fièredeteprodiguertous ses soins? »
Ces mots prononeés d*une tqîx élevée, et avec la {di» vive expression, flippent Poifeille du malade,, et le réveillent tout^à-coup» hsk^
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sœur .de la baronne «'en apeoçc&t^ et FaVertit atiasitôt de r^rendrè le langage et les manîè'** Tes de leur jole* Elles oaohjbvent.donc la leo« tiire du pdëme , en. faisant les. commentaires les plus, plaisans etlles éloges les plus ingënua qu'aurtufflEit pu faire deux yiilageoises jqui au-^ : raient lu œt ourrage pour la première fkiisw Ziegonvé o'ose piis les interrompre : il écoute en silence, et jmiit de tout Ve&t qu'il produit sur ses deux gardea-nmlades* « Jamais , se 3v dit^il, jen*obtins de suffitig&{diis vrai, pins :» flatteur : quel instinct de sentiment i qtiid -ii goût pur et sans contrainte ! c'est la nature
11 elle-même » Enfin, les deu^ sœurs
ayant fini de lire le livre dont elles ne peuvent se rassasier , se disposent à le remettre dans le porte>feuille oh il était, «i QuddcHnmage, dît l'une , d'être obligëed' s'en séparer ! Oh » si j' l'avais à ma disposition , je l' saurais bientôt par cœur. — Faut conv'nir , répond Tau* tre , qu' ça doni^e une fière idée d' nous ; et qu'une pareille lecture frait. grand bien à nos maris. -^ Bah ! i'n' voudrions pas croire la moitié die c' qu'il y a & d'dans ; quoiqu' ça , si j''peux jamais m' procurer c' livre-là !^
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reprend la fausse Suzette en s*appr6dbant du porter feuille. -*■; Si ja|nais j' peux découvrir où<{u'çd s'ofibètÇ) ajoute l£| fausse lise 9 dus* sé-^je veudce 19a qroix d'or et mes peudana;^ d'oreille , j* veyx m* Êiire cadeau dec' tr^^rlà. f— .Eh Irien, je voi:» le donne, a'ëcrie Le-*' gouyê,.avec un£ émotion dont il n'est pas Ie< maître ; «c<j^pte2>-le , mes bonnes amies , et ja- . roÂîs je n'aurai mieux ^acé mon ouvrage. — < Quoi ,. c'est vous qui avez feit c' livre-fâi 1 ah ben , ,vou8 pouvez vou$ vanter qu'i' vous Tra queuqu' z'amies parmi les femmes^ — C'est la seule récompense, quç ; j'ambitionne, r— Vot vieux valet-de- chambre. àyait ben raison d dire que vous .êtes un homme d' mérite.. — ^ Que» ! c'edttoutde bon que vous daignez nous faire. un si beau pr^nt ? -r- Je le destinais à une bonne et jolie femme; mon intention est plufi que remplie , puisqtie je l'ofire à deux, n Il demande aussitôt une écritoire , et trace de sa main ces mots sur le premier feuillet du poëme: « Offert par Fauteur à Lisent Suj> zette, ses deux gardes-malades^ »
Cependant le jour commence à paraître : > le vieux domestique et l'hôtesse arrivent bien-
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tôt (kos la chambre de Legouvé , qui , par l'ivresse répandue sur tous ses traita, les trani^ 4]uillise sur son état. La prétendue tante in^ vite alors ses deux nièces à aller prendre un repos qui leur est nécessaire; et après denouveaux reraercîmens et des protestations réciproques de dévouement et de reconnais^ sance, la baronne et sa sœur regagnent la. pièce voisine où elles avaient lai£»é leurs vétemens accoutumés, qu'elles reprennent aus* sitôt ^ elles ordonnent qu'on attèle à l'instant même, récompensent dignement l'hôtesse^ 8*assurent de sa discrétion , montent en voi-* ture et se rencljent h la ville oljt dès lar veilleelles étaient attendues. Elles arrivent sur W' dix heures, descendent chez l'ami de Le^ gouvé , et font accroire- qu'elles n'ont pu partir que le matin même de leur terre , et quela l^re altération qu'on remarque sur leur» diarmantes figures, n'est que l'efifet momentané de la fatigue du voyage.
Le médecin revint ainsi qu'il Tavait annoncé : il déclara que l'accès était entièrement dissipé , et ne manqua pas d'attribuer au brea- Tage qu'il avait administré, le changement
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étrange qui s'était opérë dans le malade , et dont la principale cause était le diarme que lai avaient fait prouver les deux aimables sœurs , et les tendres soins qu'elles lui avaient prodijgués. Sur l'avis du docteur qui se re-* tira sans vouloir accepter d^autres honoraires j que le plaisir d'avoir vu l'un des poètes qu'il estimait le plus, celui-ci , impatient d'arriver chez son ami d'enfance , et craignant de lui causer de l'inquiétude en diffe'rant encore, se lève toujours jdus calme , plus dispos , et demande dés chevaux de poste. L'hôtesse vient recevoir ses remercîmens et le salaire auquel elle avait tant de droits ^ « Si je ne craignais; d'être indiscret , lui dit Legouvé , je vous de-» manderais la permission de témoigner de nouveau ma reconnaissance à vos deux jolies nié-' ces ; elles ont eu pour moi tant de boutés ! — Elles reposent en c'moment , répond l^bô-> tes^ : ça n'est pas accoutumé, voyez-vous, h veiller ainsi toute la nuit. -^ Oh , je sef ais désolé qu'on troublât leur sommeil, reprit le confiant Legouvé; mais daignez être auprès d^eliee mon interprète : dites-leur bien que j*eniporte dans ma mémoire leurs traits cbar<»