‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 24 sur 66 · COLLIN-D'HARLEVILLE · texte numérisé non relu

COLLIN-D'HARLEVILLE

Ijes fleurs , dans tous les temps, chez tous les peuples , eurent un empire constant et re-r marquable ; souvent même elles furent VQi>y jet d'un culte particulier • Les aociena en couronnaient la coupe du festin \ les martyrs s'en paraient en marchant au supplice ; les vi^ges s'en décoraient pour entretenir le feu sacre 4e Vesta. Parmi le peuple des hameaux » e}l^ désignent souvent la plus vertueuse ^ la jeUott fiancée en forme sa couronne nuptiale ; ^fe^ couvrent le cercueil de celle que n'encbataa point rhymënée; et la simple fleur desebcufi^ attachée au corset de la villageoise , atline quelquefois plus de regards, que les jnomh*; breuxdiamansqui surchargent le sein de l'opulence et forment les attributs de la grandeur. L'empire de Flore fut célébré par les poè-

LES LILAS DE COIiLm-D'HAllLE VILLE. IQI

tes de toutes les nations. Qui ne connaît les Roses d^Ausone , ia Violette d'Abraham- Cowley , les OEUlets de Jacques-Moireau , les Jardins du përe Rapin? Qui de nos jours^ n'a pas admiré les descriptions que font des fleurs nos poètes français ? Je citerai sur-tout M. de Parny, M. de Fontanes ; oe dernier chante si bien :

Leurs traits , leurs doux instincts , leurs sexes et leurs mœurs ?

Je citerai les bouquets charmans de M°^. d'Haut poult, et la jolie corbeille de M* G)nstant-Dubos , qui semble avoir réuni dans ses idylles et les couleurs et les parfums de toutes les fleurs qu'il chante.

Un grand poète a dit que les bois sont la chevelure de la terre : ne pourrait-on pas ajouter que les fleurs en sont pour ainsi dire le teint , la douce haleine ? Leur culture charma souvent les momens de loisirs des plus grands hommes. On connaît la prédilection de Lamoignon de Malesherbes pour les roses ; on sait quelk futl'ivresse de J. J. Rousseau en revoyant une pervenche , qui lui rappelait et ses beaux jours et sa patrie : le vé-

dQ2 LES IIULS

D^ràUe chancelier de l'Hâpital trouvait un cbanue inexprimable à caltiver an Marais les plus belles jacinthes de tout Paris ; le grand Gondë donnait, à Chantilly, des soins assidus à la riche collection d'œilleto qu'il y avait for* mêé ; et plus d*un fois on vit Henri IV arroser lui-même les beaux lis dont 6abrielled'Estrées aimait à parer la fenêtre où chaque jour elle attendait l'arrivée de ce monarque adoré. Je ne finirais pas si je voulais désigner ici tous les personnages célèbres qui , parmi nos contemporains mêmes , s'adonnent à la culture des fleurs. Faut-il donc s'étonner de l'amour que leur portait ce peintre fidèle des douces illusions et des vertus sociales , ce poète dramatique si simple dans ses goûts , si pur en amitié , si indulgent pour ses rivaux , Gollin-d'Harleville , en un mot, que Thahe regrette encore comme l'un de ses plus chers favoris?

H possédait près de Maintenon , à quelques lieues de Chartres , sa patrie , une maison de campagne , qne retraite solitaire , où , à l'exemple d'Horace , il aimait li fuir le tumulte delà ville et le choc des passions, pour goû*

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ter ce repos si nécessaire à rhcnniiie de Inen , pour respirer cet air vivifiant de la natui*e » qui seul pouvait ranimer ses organes- a£Eaibli$ et prolonger sqd existence.

. C'était pour se délasser de ses travaux assidus qu'il se plaisait k cultiver les^ fleurs ; ou plutôt il confondait si bien ensemble ces deu^i otcupations chéries t que souvent on le voyait déposer Plaute et Molière du pied d'un &ible arbuste qui réclamait ses soins«

U affec^onnait particulièrement un bosquet de lilas 50U& lequel il avait coutume de s'aban^ donner à ses douces rêveries : c'est là qu^a* \çc ce ealme heureux de l'âme et eetle douce BKélancolie qui le earactérisait, û récapitulait d*une part ks jouissances inexprimables d'u& succès mérité , de l'autre , les efforts de l'en* vie, qui parvient, sinon i désoler l'auteur qui triomphe, du moins à faire tomber, en les agitant, quelques feuilles desacouronne*.

De tous les parfums que le printemps exhale sur la terre ^ aucun n'avak autant d'attraits pour G)llin>d'HarIeviUe , que l'odeur suave et pénétrante du lilas. Elle portait dans ses sens une ivresse qui ranimait ses forces ,

ipi l'Es LILAS

excitait sa verre , et semblait , disait-i? , Te reporter aux plus beaux jours de sa vie» Aussi jamais il ne maufpia d'assister à la floraison nouvelle : des que les fleurs printa*» nières commençaient à s*entr'ouvrir, il quittait la capitale , ses amis les plus intimes , les aimables réuni(ms dont il ëtait un des plus chers initias , et courait à Maintenon saluer te beau ciel du premier de mai , et rendre hommage à ses lilas. Heureux et vivement inspiré sous ce dôme de verdure, d'oh s'échappaient mille toufies élégantes et parfumées , il se livrait à tout l'élan de son imagination. Ce fîit dans ce nouvel Eden qu'il composa ses meih leurs ouvrages, qu'il écrivk f Optimiste et les Châteaux en Espagne , où l'on retrouve la fraîcheur et la grâce que semblait offrir à ses regards le renouvellement de la nature : le Vieux Célibataire , où il retrace avec tant d'expression , les regrets de n'avoir pu s'unir aux destinées d'un sexe qu'il adorait ; et les Querelles des deux frères , que sa modestie l'empêcha de mettre au jour ; mais que la postérité classera peut-être parmi les plus aima^ bles productions du dix-neuvième siècle*^

DB coilin-d'hahleville. igS

La prédilection de CoUind'Harleville pour son bosquet de lilas , ëtait signalëe par les ornemens qu'il se plaisait à y réunir. Là se trouvaient les bustes de Plante et de Térence ; ici l'on voyait la tête expressive de Molière auprès de celle du bon La Fontaine ; plus loin on remarquait le joyeux masque de Préville ; partout enfin Ton découvrait les images lespluschërés , les emblèmes les plus ingé* nieux, et un grand nombre d'inscriptions qui retraçaient les goûts, les affections, les souvenirs de leur aimable auteur.

On présume aisément, d'après ce tableau fidèle , que de tout ce qui composait la charmante solitude de G>llin-d'Harleville , ce petit temple de mémoire était Tobjet qui de préférence attirait tous ses soins. U ne cessait de le recommander particulièrement à son jardinier. « Marcelin , lui disait il , ne vous la&^ » sez point , je vous' prie , de donner à ce » bosquet tout l'éclat dont il est succeptible : » négligez plutôt , s'il le faut, les autres parties » de mon jardin. Vous voyez le bonheur que « j'éprouve sous mes chers lilas ; il semblç » que ma vie soit attachée à leur conserva-

ig6 liBS LILAS ^

^ tion. » Celui-ci , ravi de servir un tel maître , ne cessait de prôdigaer au bosquet chéri les soins les plus assidus. Collin-d'HarleviUe recueillait le fruit de tant de zële ; et bien souvent, des que le printemps se renouvelait, il possédait déjà quelques fleurs, tandis que tous les jardins du voisinage n'offi*aient à peine que des boutons naisf ans. En un mot , le vigilant jardinier avait su former une collectiori de filas si riche et si variée , que pendant près fie deux mois de suite, ledôme qu'ils formaient conservait toute sa parure.

Un mariage eut lieu dans la famille de Gollin-d'HarleviHe , et sa présence étant indispensable , il lui fallut quitter sa délîeieuse retraite, pour se rendre à Chartres, au jour indiqué. C'était vers le milieu du mois de mai , époque où ses lilas étaient encore parés de toutes leurs richesseB. Ce poète ainiable les quitta donc un matin , non sans qurel^^ que regret, se promettant bien de revenir ï& . lendemain jouir des dernières faveurs du printemps. Le jour même de son départ, survint un ouragan si terrible , que d'épaisses murailles s'écroulèrent ; des toitures entières.

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