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chages , qui encombrait le bosquet , et ne laissait l'espoir d'y trouver un faible ombrage , qu'après l'avoir entièrement renouvela.
La douleur de Marcelin fut inexprimable ; des pleurs s'échappèrent de ses veut en voyant Iç fruit de tant de soins et l'objet des plus tendres affections (létruits en un instant. Cependant dès que l'orage fut dissipé, il se mit à ramasser à la bâte tous les rameaux auxquels restaient encore attachées quelques touffes de lilas ; et craignant que leur vue n^aug- . mentât le chagrin qu'éprouverait son maître à son retour , il résolut de les transporter derrière les murs qui formaient l'^iceinte du village. Comme il traversait le grand chemin , chargé de cette épaisse ramée qu'il portait avçc tristesse , il est abordé par la dame du lieu , petite-ruièce de la digne amie de Louis XIV , et qui , à l'exemple de cette femme célèbre , avait coutume de parcourir les hameaux voisins , pour y goûter en secret les charmes de la bienfaisance. « Qu'avez>vous, brave homme ? dit - elle h Marcelin ; l'affreuse tei^pete que n.QUs venons d'essuyer ,
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TOUS" a sans doute fait éprouver quelque malheur? — Le plus grand d' tous , madame la duchesse : elle a détruit d* fond en comble le bosquet d' M'. CoUin : V prétendait qu' sa vie était attachée à la conservation d' ses chers lilas ; et vous en voyez les resties. . •. Oh f mon Dieu , si c'était V présage d' la fin d' mon boa maître , je n' m'en consol'rais jamais. — £h bien , suivez moi , répliqua' la duchesse frappée d'une idée ; peut-être n'est-il pas impossible de réparer ce malheur : secondezmoi bien , et sur* tout soyez discret.... • »
A ces mots, elle conduit Marcelin dans l'immense parc de Maiutenon , qu'elle parcourt à travers les débris nombreux dont l'orage a rempli les allées , et dérouvre , sous de gi*ands maronniers , un masif de lilas de toute espèce, que la grêle n'avait atteints que faiblement. Presque tous avaient conservé leur parure sous les grands arbres qui les abri taient. « Voyez , dit-elle, ivre de joie, voyez si, parmi ces lilas, vous ne trouveriez-pas dé quoi renouveler le bosquet de votre maître , sans qu'il pût s'en apercevoir. — Ah'îj' vous comprends , madame la duchesse ; vraiment I 18..
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oui ; \* trouvons ii-pen-près c* qu*i' nous faut si c*n*est queuqu' tiges d' lilas d* Perse qui ibrmiont d* si belles guirlandes en d* dans du
bosquet; mais à ça près — 11 faut abso*
lument que la restaurati(Mi soit complète , répond cette dame ; cherchons encore : fai Tespoir que., derrière les serres-chaudes, oU l'ouragan semble avoir frappa avec moins de violence , nous pourrons trouver ce qui nous est nécessaire, n En effet , ils aperçurent de loin de longues touffes de lilas , que le poids des fleurs encore Boouillëes , fiiîsait pmcher vers la terre; elles commençaient nâmmoins h reprendre leurs formes é\égajïtss et leurs doux balancei^en», aux premiers rayons du soleil 9 qui semblaient les ranimer. « On di^ rait , s'écria Marcelin , qu* ee sont les lilas d' not jardin , qu' les vents ont tran^antës cheux vous* — Maintenant , brave homme , allez avertir les jardiniers du ch&teau de se rendre ici, et portez Tordre à mes gens d'at* teler tous mes chevaux aux charriotsderm*an«gerie. Il ne&iutpas que l'illusion de votre maître ne soit que passagère ; ce ne serait l'obliger qu'à demi !.•..• mais le jour baisse : nous n'a^
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irons pas de temps à perdre , alter : vous m« rejoindrez tous ici» »
Marcdb'n s*ein presse d'exëcater ^e$ ordres qnî lui sont donnes , et revient bientôt auprès de la duchesse avec ses jardiniers. Ceux-ci , d'après le choix fait par le divin serviteur de Coilin-d'HarleviUe , eô'èvent avec les plus grandes précautions , chaque pied de lilas , mitour diKpiel ils laissent une massedé terre suffisante pour en couvrir toutes les racines ; plusieurs charriots atteins s'avancent , et reçoivent ces blocs énormes soulevés à force de bras et de leviers. Pendant cette longue et difficile opération , Marcelin, accompagné de plusieurs ouvriers du château , va déraciner entièrement le bosquet de son maître , et dispose y d'a^ès ses mesures- prises^ , des fosses -profi^Aides pour recevoir les nouveaux tilas* Enfin b not^ étant, venue, et chaque habi<tant (fe Maintenon commençant h se livrer au sommeil, la duchesse Eût transporter , à Fin» scu de tout le village , le nouveau bosquet roulant 5 elle commande elle-même cefte mystérieuse caravane , dirige tout avec tant de zèle 9 d'adresse et de bonté , que , le lendemain , I i8...
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Faurore salue et dore de ses rayons le bosquet chéri de CoIlin-d'Harlevâlle , tel ab8olumé0t qu'il était ayant l'orage. Chaque ouvrier 9 après avoir été bi^ payé de son travail, l'est encore pour le secret , que loi recommande la ducbesse ; et celle-ci , satisfaite d'avoir rendu cet hommage à l'un des littérateur^ qu'elle estimait le phis , se retire dans son appartement pour y goûter un repos nécessaire, qui, sans doute, fut embelli des plus aimables songes.
Cependant le plaisir qtie goûtait Collind'Ilarleville au sein de isa famille, était trou^ blé par le souvenir de la tempête dont il avait essuyé , la veille , une partie dans le voyage. Il avait reûiarqué que k fort de l'orage se di<rigeait sur le beau vallon qu'il habitait, et sans cesse il songeait à ses lilas. Dès k knde-. main il quitte Chartres , ^t s'empresse de rejoindre sa chère solitude ; mais il ne trouve sur là route que dt s traces cfifrayairites de l'ouragan de la veille : plus il apjiroche de Maintenon , phis elles se multiplient. Enfin il descend de voiture , frappe en tremblant à sa porte , et les premiers mots qu'il adresse à son jardi-
DE collin-d'haalevillb. ao3 BÎery sont p&ur s'informer de sqo bosquet. «cAh ! sam doute , jfai tout perdu : tout doit éti'eauâinti. -^ Non , noa , Monsieur, rassu*rez^ypv^. — Eh, comment aunûs-je été plu» épargne que mes voisins dont je viens d'a^ percevoir le^désastre ^xnivantable ? — Vous savez ben c' que c'est qu'un nuage qui crève ; rien d* sauvé oîi qu' ca donne ; mais à deux pas d' ta pas le moindre mal,.., » Tout en causant ainsi ,. Ck>UiA-d'HarleviUe s'élance vers S(Hi bosquet , et ne peut en croire ses yeux. 4( Quoi y s'éorie4-il avec ivresse, pas un lilas déradné , pas une fleur endommagée , et tout auprès le potajg[er de'trùit, les cloches brisées, les arlH'es fracassés i — ^C'n'estpas pour dire, reprend vivement Marcelin , cherchant à l'affermir ;da«s son illusion, mais j'avons fait pleuve d'ackease et de courage* Quand j'ons vu que ^Forage aUait fondre ici, je m' suis hâté d' dresser mon échelle double en &ce du grand is&yer*^ vous la voyes encore : et au moyen d' plusieurs gaules, enlacées , et sur quoi j'avons entassé tous les paillassons du jar^ din » nos draps, nos couvertures, j'ons eu le bonheur de préserver c' bosquet de la tem-
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pête. — Ce n'est point avec Tor, dît GolUTr<^ d'Harleviile , que je parviendrais à payer un tel service : je n'oublierai jamais que je vous dxm la conservation de mes chers lilas...» Enfin ils sont sauves ! » rëpétait-il sans cesse à tous ses voisins qu*il amenait pour les admirer , et qui ne pouvaient revenir de leur étonnement. Le vieux jardinier recevait à son tour les plus honorables fëlititations, et jemssaît du bonheur et de Tillusion de son maître qui ne quittait phis ce cher et délicieux bosquet , où il ne tarda pas h commencer un ouvrage dont il enrichit la scène française» Jamais il n'avait été mieux inspiré.
La première fois qu'il fut au ch&teau de Maintelion , oîi toujours sa présence répan^ dait un nouveau charme , il s'empressa de raconter son heureuse aventure. La duchesse ^ qui partageait en secret toute sa jde , ne fit rien paraître ; elle feignit même de pousser l'incréduUté jusqu'à vouloir visiter le bosquet protégé du ciel , et dont l'aspect lui causa néanmoins une émotion qu'elle eut beaucoup de peine à dissimuler* « Vraiment, dit-elle à » CoUin-d'Harieviile , avec sa grâce ordinaire.
SB colun-d'harlevillb. ao5 » on voirait que la providence a voulu réarn hset pour vous les ingénieux mensonges de ^ la mythologie, Apollon s^m descendu peun dant Tora^, conjurer Eole de respecter » vos lilas, d'en détourner l'horrible vent . » des tempêtes : il devait bien ce miracle à n l'un de ses plus chers favoris. »
Pendant tout le reste du printemps et une grande partie de Tété, Gollin-d'Harleville ne classa de croire que c'était uniquement au zèle et à la prévoyance de saa jardinier qu'il de* vait la conservation de son bosquet chéri; mais quelque temps après , étant allé se promener dan^ le parc deMaintenon , et se reposant précisément sous le massif de lilas oii l'ou avait pris de quoi renpurveler les siens , il en*tendit derrière une palissade qui séparait le potager des bosquets » jaser ensemble plu^ sieurs ouvriers. Ceux-ci, ne le croyant pas si près d'eux, s'entretenaient du secret qu'on leur avait tant recommandé. « Est-il assez crédule? disait l'un : aller s'imaginer qu' se$^ lilas ont été préservés d' l'orage par le vieux Marcelin ! — Faut avouer, dit u» autre , qu' nous £^vons rud'ment travaillé c'te auit-là :
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en moins d' six heures transporter , in fond du parc , chez monsieur GoUin , plus d' trente pieds d' lilas avec les masses de terre qui couvraient Jeux racines ! aussi pas un n'a man*^ que. — Jami ! faut avouer , ajoute un troisième ouvrier , qu' c'est un joli tour qu' madame la duchesse a joué h c' monsieu CoUin^; mais i* mérite ça : c'est un homme si bon , si simple ! et pourtant c'est un savant* On dit qu'i fait courir tout Paris à ses ouvrages , et qu' c'est l'honneur du pays Chartrain. »
Le poète , ému , surpris , écoute jusqu'au bout la conversation des garçons jardiniers , sort du parc du château , se rend h l'instant même à sa solitude, interroge Marcelin , qui lui confirme ce qu'il vient d'entendre , et lui fait le récit fidèle de tout ce qui s'était passé. CoUin-d'Harlevilîe recpmmande à son tour le plus grand secret à son vieux serviteur ; il parvint non sans peine h cacher pendant tout l'hiver à Paris , le trouble délicieux qu'il éprouvait chaque fois qu'il y rencontrait la duchesse , h laquelle il était redevable d'un hommage aussi touchant , aussi flattettr. Dès le retour du printemps il s'empresse d'aller k
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Maîntenon cueillir les premières fleurs du bosquet , revient aussitôt h Paris , et se présente à rhôtel de cette dame si justement citée pour son esprit et sa bonté , le jour même oh la fête de cette dernière avait réuni chez elle beaucoup de monde. Il Faborde , et lui dit avec émotion : « Voici les prémices du D bienfait le plus délicat, le plus ingénieux » que je connaisse : Madame , ces lilas vous » diront beaucoup plus que tout ce que je
» pourrais exprimer » Ces mots ftnrent
pour la brillante assemblée une énigme dont la duchesse voulut faire encore un mystère 5 Hiais Collin-d'Harleville , cédant au pouvoir de la reconnaissance , se fit un devoir de divulguer cette intéressante anecdote ; et déclara que toutes les fois qu'il reverrait ses lilas , il les saluerait comme le g^ge â*nne estime qui lui était chère, comme le souvenir le plus délicieux qui eral>ellirait le reste de sa vie*