LA PROMENADE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE
Il faut pour étudier la nature , parcourir le^ différentes r^gîotis du globe , examiner et comparer les innomkriablês productions qui le couvrent, observer les mœurs , les usages des peuples qui l'habitent ; et, pour ainsi di-* re , iformer dans sa pensëe un abrogé de rutiivers. C'est ce qui fît pendant long^-tempâ Bernardin de Saint-Pierre, tïoué d'une ame ardente , habile observateur et véritable phi* lanthrope, il traversa les mers, séjourna parmi les hordes sauvages , parcourut les îles , leâ Hnontagnes , les déserts de l'Afrique; et âpr^ avoir recueilli tout ce qu'on peut trouver dans ces climats de curieux et d'intéressant , il re^ vint en France mettre en ordre son travail , et publia les Etudes de la Nature , qui l'ont classé parmi les écrivains les plus distinguift du dix-huitième siècle. ^
tA PROM^ADE ]>B BCHKARBIN. 2aS
Qui de DOUA a pu lire sans une émotion vive et profonde , et ne relit souvept encore avec un nouvel intérêt, la vie et les malheurs de Paul et Firginie ? Quel tableau délicieux de Tamitié , qui égalise tous les rangs et ra{q>ro^ lîhe toutes les distances ! Quelles ravissantes descriptions de Tamour je plus tendre senti dès le berceau , troublé p^ le désir » épuré par la décence , et conservé jusqu*à la mort ! Quellç fîfiraysinte et ss^utaire peinture de Fambition , qui l'emporte sur la tendresse maternelle, et détruit^la-fois deux familles que le sort avait r eupies pour s^'entr'aider et se chérir ! Oh ! comment se défendre de blâmer Mi"® * de La Tour ^ de s'ii^t^es^r sl Paul et dç pleurer Virginie f
Cette ingénieuse et touchante production fit époque dans la république des lettres. Elle satisfit à-la-fois le poète et le naturaliste , effraya les parens ambitieux , resserra les liens sacrés de TenËuice \ et vengea ceUe portion de l'humanité , qui , par sa couleur , fit trop souvent douter des sentimens dont ellç est ^usceptit^le. Il ne f^t $iuçua noir qui ne voulût imiter Domingue; il ne fut aucun blanc qui ne d^SMràt un ^rvjteur £^ussi fidèle^
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Pflirf et Virginie, intéressant toos lea rangs , tous les sexes, tous les âges. Les aits â'en empi^rèreQt et tes 'reproduisirent dans leurs scènes les plus intéressantes. Les che&. de famille s'empressèrent de donner è leurs enfand ces noms qui leur offraient de si doui( souvenirs ; en un mot , ee roman fiit traduit dans toutes les langues vivantes, et son au-teur eut la jouissance de le voîï^ transporté jusqu'aux rives lointaines pil il en i^vaft jeté )es premiers fondemens.
Un succès conduit naturellement au désîr d'en obtenir un a^tre ; l"amour des lettres est insatiable. Bernardin de Saint-Pierre, après avoir dépeint toutes les richesses de la nature , conçut le projet d'y attaclier ses lecteurs par le tableau d'une féliehé durable , qui s'accroît dans la vie privée et dans l'èbscuritë ; il commença la Chaumière indienne* Hvré \ ce travail , auquel $ portait une affection partir (^ulière, il sentit Ûentot ^e c'était au miliieu des champs qu'il pourrait lui donner cette couleur locale , cette attrayante vérité , qui caractérisaient tout ce que produisait sa plume éloquente et facile^ Il quitta- donc Paris , t^
idia 3^^tabUr au viUagQ d*EtioUe , sito^ entre la Seine et la forât de Sénart. JLl habitait le cjhâteati , doikt le.parqmâaire opulent et d'un roxig élev^^ii^etlait son bonheur à s'entourer lie littérateurs distingués et d artistes câèbces, dont; il était lela-fois Tadmirateur et l'anii* Berpardin de Saint-Pierre était logé 4^ns le même appartement qu'avait autrefois œcupé CoWdeau.dans ce paisible séjour; plusieurs inscriptions de la main de ce poète aimable annonçaient que c'était Ik qu'il avait commencé 3on épitre ô^^Hélç'ist à Âheifard» Cet appartement > construit dans une aile du château , s'çn trouyait en quelque sorte ^'parë , et formait une retraite délicieuse ; elle dominait d'qn cpté» la ville d^ Corbeil et ses jolis environs; de Tai^tre^çUe offrait à sa vue une partie de l'immense foret, dont l'aspect contraste ^ Hen avec la p^ine riche et variée ou serpente la Seine , qui court offi*ir à la ca-^ jûtale les tributs des provinces les plus fer-^ ^es de la France.
Tantôt Bernardin.de Saint-Pierre allait s'asseoir sur les bords du fleuve , et se laissait entraîner au charme secret d'une méditation I 2o..«
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profonde et d'une douce mékncoUe ; fattifil il portait ses pas vers k^ forêt de Sébait, el s'abandcmnait à tout l'âern < de «on imagina-^ tion brillante , en parcourant lès ravins et left sites sauvages qui «s'offraient à ses regards; Cette promenade avait pour lui beaiMoup. plus d'attraits que toutes les autres. U croyait y retrouver ces mornes escarpe, ces dëaterts silencieux de TAfrique , oh tant de fois il avait mëditë sur les secrets de la nature, et donné l'essor à ses goûts solitaires. Se promeaittl*ft dans un riant vallon , traversié par un mîs^ seau limpide , il se reti^ouvait à l'i^-de-Ft^hce près de la rivière des. Latàttiers : gravidsait4l une colline couverte de vieux ai4>res , ,à travers lesquels il apercevait la pointe d'un clocher de village , jl s'ima^naît parcourir les mbrnes du Pcot-Louis , et dëcciivrir l'église desPamplen^ousses : rencontrait- il enfin deux cabanes de pâtres , à peu de distance Ihine de l'autre , il s'arréteit, ânu d'attendrissement, croyait revoir les cases de Marguerite ^ de M"»»«. de La Tour} et les échos , frappa soudain par les cris des bûcherons ou des pasteurs , semblaient lui répéter les noms cYk^x^ de Poulet F'irginie.
Un fonr d'autettitM, mit te lever da aoteil annon^ut'OB ciel ittmï etla ptus^bdlemati^ née , Bernardin de ^âint-Pierre, attira par k ^peotade ravissant ^^il s'occupait à decrirév sort du vilbige d'EtioUe , et p^nHre dans Ift forêt de Se'nart, sans remarquer les dtffiérens sentieft qn'3 prenait au hasard. Après avoir mardië pendant quelques heures, il voulut revenir au ebèteau, pour se trouver au dëjeikier qtii réunissait ordinairement toutes les personnes qui lliabitaient ; mais éf^ré dtfns sa roiilfe , par la rêverie où ij: était plongé , il 5uî^ j^usieurs détours qui le ednduisirâ!it insensiblement dans une espèce de labyrinthe dont il né put troFuver l'issue. B s'aperçoit' alors, aux rayons du soleil, qui dardent plus dt^iquement sur sa tête, que la matinée s^àvance ; il feit de nouveauiË efforts » et parvient enfin li^ gagner une allée , ou plutôtunegrande rotHe , dont la longue perspec* tive lui annonce qu*il avait h cheminer bien long-temps , avant d'arriver à la Usière de la forêt. La fatigue et la ikim ralentirent en ce moment sa marche incertaine , et le forcèrent à s'asseoir sous un chêne remarquable par sa