LA PROMENADE DE BEKNAEMN
ftrrivë dans sa, proiiienade , eJ; obtint s^s peine le pardon de l'inqui^de qu'il avait causée h ses amis* Après avoir fait reposer les uègres^ qu'aurait humilies l'offre d'une récompense , il leur avoua que de toutes les jouissances qu'il devait h Paul et F'irginie , il n'en était point de comparable à celle qu'ils venaient de luî faire éprouver. U les pria de lui laisser le bramçard comme le plus cher monument de sa gloire ; et couvent le désignant aux jeunes litté-i rateurs qui recherchaient sa présence, il leur disait : v Comment s'efirayer des épines qui ». se trouvent à l'entrée du Parnasse ; çom-. V. ment <:raindre la longueur et 1^ fatigue de » la route , quand on a l'espoir de se reposeï^ 3> un jour sous un pareil feuillage? n.
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I4E DINER DE DEULLE ,
ou LE CADRAN-BLE0,
Juts.âouyeiiirs du bel âge ne s'ef^cent jamais 1 ic'est principalement ^ur kis imaginations vi- .ves et brillantes qu'ils exercent lem* en^ir^ ; .aussi vit-*Qn squyeut Qelille.se plairç , dans ses vieux jquirs, ^ çécapitujer toutes lieç jouissances qui Te^ivironnaient lors^pi'il faisait re» tentir dan^ Paris les spns harmonjeui; de sa lyre.,
De toutes les réunions qui^^étaient formées .4ans la capitale pour entendre ce gran^ poète réciter ses vers, celle qui le plus souvent sp présentait à son souvenir , était un déjeûner , donné en 1780, par une dame quesestalens littéraires et sa haute naissance rendaient également célèbre. Cette réunion , composée de Télite des beaux esprits du temps et des femn^es les plus distinguées , ^vait eu lieu au Ca-
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4ran-6)eu, sup le boulevard du Temple. Ce fut là que DeltUe fit entendre , pour la jwej^ière fois , des fragmens de son poëme sur y Imagination; ce fut là qu'en récitant ce bel épisode où il dépeint un artiste égarédans les catacombes de Rome , il produisit une impres sion profonde , uneutbousiasme^néral. Gl^cun suivait par la pensée ce jeune infortuné 4ans le ténâ^reux labyrinthe où il s'était û impru^knuiïent engagé : on ré^Mmdait à seai cria décbirans ; on <^r<^it avee lui , dans l'obscurité , <ï6 fil si préckux ^ seul poiivak kii rendre 1% lumière et k vie^*** Q Delitiei tu ps^rus en ee mcmient aussi riche que Virv gile , ausm terrible qoe le Dante ; en ne saraii ce qu'on devait admirer le plus en toi , on le poète , l'honn«ir de aa, patrie et de son^^sièele^ ou le lecteur inimitable , dont le dbarinie et rexpressi<;«i seinh^i^t ajouter à Fé^t de soi^ génie^
Cette réunîcm mémorable fit éprouver à Delille une fomssanoe ^i lui inspira pour le Cadran-^leu «ne précHlectioï^ dont il ne pou^ vait sedéfendre. Chaque fois que le printemps se renouyelçdt , il allait ^ avec ses amis les plus
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intimes , 7 faire ce qu'il appebit un diner populaire. U aipiait à se ccoifondre parmi les iioml>reux conyiyes qu'il y rencontrait ; à suivre les (tiffîreotes cpnyersations qui parvenaient à son oreille attentive ; 2i esquisser les divers taUeaux qui s'offraient à son regard scrutatevHT* C'était t^ut-à^a-fois la joie des, uns, l'impatience des autres, la poj^tessede ceux-ci , la brusquerie de ceux-là^ en un mot, <:'^tait partout un mouvement , une Vie , une abondance 9 une bigarrure qiJM , frapfmnt l'i*magîaatioik par la variété la plus «musante , semÏMaient , disait DeliMe, ranimer la santé , remettre en verve^ et disp<>sef le coeur aux. fhi$ doux épancben^ns.
Privé long-temps , par les troubles poUti-^ ques, de eea din^s cfcd toujours avaient pour bii tant de eharmes ; cet homme câèbre , exili^ de sa pi^rie , voulut lès^ renouveler à Loi^ dres; mais il ne trouvait, dans les tavernes, les. plus fameuse», ni ^et^ fg^é frange , ni cette attrayante urbanité , véritable patrr-r moine des Francs. Oh ! combien de fois il regretta le boulevard du Temple et son cher Cadran-Bien ! • ^ Cependant Thorizon s'éclair-
a4o !•£ DIIfEl^
cit ; Delttle i^vint à Paris , et a'empressa d'al-* 1er visiter ces lieux <|ui lui officient tant d'ai-* mables souvenirs ; mais la publication de ses œuvres , dont il venait d'enrichir la France ^ avait augmenta sa renommée au point qu'il ne pouvait plus se mont)*er au public, sans être entouré d'une foule de curieux et d'ad* mirateurs qui fatiguaient sa modestie. Le sort enfin , voulant nous offrir dans ce grand poète l'image vivante d'Homme, l'avait privé de la vue*
Le chanl3« des Jardins et dvk Bonheur des Champs soufirait plus que tout autre, éloigné de la sc^ne du monde , et retenu dans un appartement solitaire, u S'il ne m'est plus » permis , disait-il , de contempler cette voûte » azurée oïl j'ai trouvé mon Ditlffranibe sur » FimmorialUé de Came ; si je ne fouis plus 3>. de cet aspect imposant de la nature , je puis » du moins entendre les accens de Tamitiéi » je puis encore , me mêlant à des siçènei plu$ » piquantes , entendre souvent les mots heu* 31 reux , les cris variÀ de ce bon peuple , qui T» me réveillent 9 me réjouissent, et me foqt i> oublier les infirmités de l'âge.tM** O mes
DE BELILLK. a4<
^n amis ! b ajoutait -il à ceux qui l'appro-* çhaient, « faites qu'ayant de m'endormir pour n toujours, je puisse aller dlner'au Cadran* » Meu ! n
Vainement osait-oi^ Itti r^résenter qu*il y serait reconnu , assailli , et qu'à son âge il ^tait imprudent 4e s'exposer aux falîguesi d'une seBJ>labIe apparition d£^ns le monde , ce grand peintre de la nature ne répondait 1^ toutes ces objections , qu'en i^ëpëtant avec la, voix suppl^nt^ d'un enfant qui réclame ut^ moment de plaisir : u Faites que je puisse aller encore une fois dîner ou Cadran*Bleu ï *^ G)mment résister à de pareilles instances? disait à apli tôurlafidèle campagne de Delille ^ qu'il appela:it so^m dntigone ; o^ais je ne puis songer à l'exécuticm de ce projet sans craindre pour la santé, peut-être même pour la vie. d'un être aussi chét. — r Eh bien ! dit à soi:^ tour un des amis de Delille , artiste aussi re^ «Éommandable pair ses talens que par les qualités de son coeur , il est un moyen de lui procurer la jouissance qu'il désire, sans Texposer aux dangers de se m^ontrer en public \ et puis* qru'il est privé de la vue , profitons-en pour
le servir s^ns (pi'ils'en doute. J'habite au faur I;K>urg Saint- Germain. upe maison spacieuse et commode , oîi se trouve une terrasse , don^ nant sur des jardins , et couronnée de feuiL lages ; c'est là que nous çonduircms notre vieil enfant : reposez- vous sur moi , je vous promets qu'il y trouvera tonales plaisirs qu'il se propose, et qu'il croirs^ bien véritablement à son dîner populaire. 9
Cette offi*e fut £^ccept^ avec empressement , et le jour fut marqué pour la réaliser :. c'était peu de temps après la séance mémorable de TAcadémie , oîi le Virgile français , qui la pré* sidait , fit en quelque sorte ses adieux à ses con* temporains, en récitant, pour la dernière fois , des vers dans lesquels brillaient encore l'élégance et la vigueur du bel âge. Ce dîner tant désiré semblait occuper QeliUe comme une des époques les plu3 importantea de sa vie. Il vit arriver le jour convenu avec une joie inexprimable ; paré djbs le matin , comme pour un jour de fête « il se disposait à descendre avec orgueil dans la foule commune , et brà-r lait d'être confondu parmi les non^)reu3( copr vives du boulevard dû, Tempje%
PB DELILLE. H^i
Enfin la voiture se feit entendre : son ami, hii doniïe le l>ras ; il y monte escorté de sa tompdgne chërie ^ et tous les trois gagnent l*apidement la maison du faubourg SaintGer» main , où se trouvaient réunis d'avance plu- .sieurs membres de l'Académie française, des gens de lettres , des artistes célèbres , des femtties aimables , et l'élite des premiers théâtres dé la capitale , qui tous s'étaient distribué dif> férens rôles , pour amuser Thonorable vieillard et lui faire accroire qu'il était parmi ce bon peuple dont il aimait la gaîté ; dont il re^ cherchait la présence.
En descendant de voiture, Delilte entend. la portière de la maison , qu'on avait mise dans le secret, lui demander avec la Voix proïioncée d'une écaillëre ; « MosiéU veut-i' des huîtres? C'est du tout frais , dû vrai Cancale. •—Oui , Oui , répond le poète dans la plus joyeuse illusion ; je ne veux rien me refuser aujourd'hui. •• • » Il monte et traverse un gf and salon oîl plus de soixante personnes , réunies autour de petites tables rondes , font tout-à-coup entendre un mélange de voix et de conversations particulières , qui font dire