AU VILLAGE BE ROQUENCOURT
Ducis ne redoiit£»t mn autant que la gène du grand monde et r€xpiation que se trouve obligée d'y faire une réputation méritée ; il ne passait ordinairement à Paris que le temps nécessaire pour visiter quelques amis et assister aux séances de l'Académie française, La solitude était devenue un besoin pour son ame tendre et mélancolique. Il aimait à se promener seul , à récapituler sa longue et honorable carrière : elle ne lui offrait que de chers souvenirs : car îl n'aVait cessé de pren^ dre pour devise ce qu'il répétait «oi? vent à tous ^s jeunes élèves :
' « De boimes actions sont de beaux verf de plus, »
11 aimait sùr-tôut à se livrer en secret au* âans de cette douce piété qu'il avait hérité de im mère , et qui répandait sur sa vie un charme inexprimable. Mais pour adorer Dieu , pour satisfaire au besoin de son cœur , Ducis préfôrait souvent à des temples fastueux Un site romantique et l'aurore d'un beau jour. C'était dansles bdîs de Satauri , de Wontreuil et dé Vîrofliey' y qu'il aimait à méditer en si^ lence eîÉ qu^il se'disait dans son extase toute céleste;
8 BUGII
« Oh ! comBien doit chérir son YaJQon fortune
n Le mortel yert les ckanaps , vers Ict arts «iitnrfA^,
» Qui voit sous Toeil du ciel , avec ordre et mesure ,
» Ces prodiges sans nombre inonder la nature !....
1» Je vois par le bonhenr tout ce moud» anime ,
» Et par dss cris d'amour son aotaor proclamé.
» Ce sol , cet air , ce feu , ces ei^ux , tout est merveille |
» J'interroge un gravier, une plante, une abeille.
» A pas lents et pensif, I>a FontAine à la main ,
» Parmi les fleurs , les fruits je poursuis mon cbemhu
» J'entends dans la nature et dans ses l^armonies
» Du céleste ouvrier les grandeurs infinies.
» Uenrenz qui pénétré , ravi de ses bianfaiti ,
» Siir un autel champêtre offre i ce Dieu de paix
» Le tribut des vergers, des guirlandes fleuries
* Et rhjmen des oiseaux et l'encens des prairies !
» Un esprit vaste et £iit pour Timmortalité »
» Partout dans l'univers voit la Divinité. » v
Le destin , qui trouvait à-la-fois dans Ducis le grand poète et Thomme de bien , yotdut que la tendre amitië lui offrit dans ses pi-ome*» nades solitaires une heureuse distractiim , un aliment nécessaire à son cœur. L'abbë Lemai*re , son ami de eoUége, était depuis trente an^ le premier vicaire de Bicétre et le directeur des cabanons , repaire hideux et infect où ce digne ministre des autels avait exposé mille fois sa vie , en assistant les nombreux prison* niers àkurs derniers momens. Iiemaire, doal .
▲U VILLAGE ttfi ROQUENCOURT. Q
pu bénit çtwofe le,nom (bn&c^ séjour du malheur» et du crime , Lemaire ^ qu'on doit citer cpmme le plus rare modèle des pasteurs , venait d'obtenir pour prix de ses longs et péni^ blés, ser vicies , non uncanoniec^t honoraire , non un évéchë^ dt^t ileut été digne , mais la cure du petit village de Roquencourl; , situé à une demi-Jieue de Versailles, sur la grande route qui conduit à Marly. Quel plaisir éprouvèrent à se revoir c^ deux vieux amis , long^ temps séparés par la différente carrière qu'ils av^ent parcourue! Ducisqrajignit d'abord que le. pieux ministre ne vît en lui qu'un profane qui s'était voué tout entier au culte de Melpomène ; mais dès leur ppemière entrevue , il Alt désabisé* Xiémaire , en le pressant dans ses bras> Q^ voit que son ami d'enfance , le dépo^ aitaire dç ses prexiiûerft secrets : il ^retrouvait un ceeur^opà la mesure du sien, pour n'être pM. .heureux d'y i*®P^^^dre place* «c Si j'aji consacré m^ vie, disa(it-il, à ramènera Dieu ses enfaiâ égar^, neleurAS-tu pas, ainsi que moi , dpuoéc^ {grandes leçons de morale et de V^U^ble peti^oà F Qui pourrait résister à «ette touchante piété filialô dont ffelmoade ,
lO . BtJCIS
jintigone , offrent dans tes beanx vers tin si parfait modèie ? Qad père n'ouvrirait ibn ame à la clëmence et n'envierait pas le bonheot* de pardonner , en écoutant ce que , dans l'un de tes meilleurs ouvrages, OEdipe adresse au coupable PaliniceP..»^.... Va, mon bon François , tes écrits valent bien mes sermons , puisqu'ils épurent les mœurs et font aimer la Tcrtu. Grois-moi , Dieu juge toujours l'inten*» tion; il ne tient compte que diV Uen ou ^a mal qu'on veut faire, n
Cette admirable tolërance, qui donnaH tme si haute idée du curé dé Roquencourt , semî-» blait augmenter encore dans Ducis la piété qui charmait, soutenait sa vieillesse ; et ne liii rén» dait que plus cher son respectable ami. Aussi ne se passait-il pas de jour , sans qu'on ne Vit ces deux vieillards se rejoindre , soit ches l'un d'eux, soit sur lechemin qui séparait leurs modestes dentures. Souvent l'auteur de Sfaii?^ becth et et Othello , après avoir servi la mesâe de son vieux camarade de collège , hii Usait les poésies diverses qu'il composait à cette époque ; et le digne pasteur applaudissait les vers oharmans que Ducis adressait à a<Hi p^U h -