AU VILLAGE B£ ROQUENCOURT
gis , 'k son petit bois^ à son mùseoM^ ceax même où il chantait sa musette et son caborret^ Souvent aussi Lemaire venait lire à son tour , au doyen des auteurs tragi^es , le prône qu'il devait prononcer le dimanche suivant : il le consultait sur lés moyens de ramener par la persuasion 9^ de rendre harmonieuse la parole de Dieu , et de la faire pénétrer dans tons
les cœurs Heureux échange de confiance
et d^estime I mélange touchant du sacré , du profane I admirable et précieuse effusion de deux cœurs si dignes l'un de l'autre , égaux en droits au bonheur éternel , et qu'on ne saurait trop citer pour exemple à ceux qui méconnaissent la tolérance et dédaignent les.douceurs de la sainte amitié !
lie curé de Bxxpiencourt avait remarqué parmi ses paroissiens im vieillard , privé de la vue , dont le ton et la démarche semblaient annoncer une personne de distinction , qui , retirée du iponde , s'était réfugiée au village pour y dérober son existence à tous les regards. Cet inconnu paraissait .être septuagénaire : il se promenait ordinairement dans les lieux les moins fréquentés des environs,
m . Ducis
et se faisaiycondùire par tiri ancicri sertiteuf qui lui ^portait un grand attachement et le plus profond reispcct. Ils habitaient tous lés deux une l'etraite isolde oh jamais ne pénétrait aucun étranger. La simplicité des vêlemens de l'aveugle qui n'était connu dans tous le pays que sous le nom de monsieur Gervais , et l'obscurité dont il cherchait k s*^nvelopper sans cesse, Savaient fait prendre d'abord {jour l'un de ces paurres rentiers de FÉtat, ruin^ par les secousses politiques, et qui Tiennent chercher aux champs une vie frugale , anàlo-« gue à leurs faables moyens ; mais bientôt son penchant à la bien&isance , seul bonheur que pftt éprouver l'inconnu , le trahit et fit soup«- Çonner que sous les dehors les plus simples , il cachaitome grande aisance dont il employait la majeure partie à secourir les infortunés. Il ne faisait aucune promenade , sans que son guide fidèle ne distribuât un assez grand nombre d'aumônes. Un agriculteur éprouvait-îl une perte imprévue ; une pauvre veuve , im vieillard infirme étaient-ils abandonpés dé leurs familles, le généreux monsieur Gerraîs s'empressait de venir II leur secours , et n'exi—
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geaît d*eux pour r^ompense , que de taire les dons qu'ils avaient reçus de lui. Le nombre des obligés augmentait chaque jour, et sans divulguer tout à- fait le secret promis, chacun portait à son bienfaiteur une vénération qu'il était difficile de ne pas remarquer. Il ne se promenait plus , sans que sur son chemin chaque passant ne se découvrît avec respect et ne fit des vœux pour sa conservation : se rendaitil à réglise , on s'arrêtait sur son passage , on l'entourait avec empressement ; et co^ime son infirmité l'empêchait de voir tous les hommages qu'on lui rendait, et que son vieux serviteur se faisait un devoir de les lui laisser ignorer, cet excellent homme jouissait d'autant plus de tout le bien qu'il faisait , que rien né lui semblait en révéler le mystère.
Cette modeste bienfaisance ne fut pas longtemps ignorée du curé de Roquencourt : ceux de ses pauvres qu'il assistait de son côté, ne purent lui Cacher ce que faisait pour eux le bon monsieur Gervais. On juge aisément d'après cela , du vif désir qu'éprouvai le pasteur de connaître celui qui l'aidait si bien h soigner son troupeau. Instruit par le guide fi-
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dfele de nnconnu, <jjie rien ne déplaisait pli» à son m&(Flre , que d^entendre parler des dons qu'il répandait , et qu'il avait déjli quitté plus d'un village oh ses bienfaits divulgués lui avaient attiré des déférences qui contrariaient ses goûts , le pieux Lemaire feignit d'ignorer tout ce que ses habit ans devaient au bienfaisant étranger ; il se contentait de se trouver quelquefois sur le chemin que celui-ci parcou^ rait dans ses promenades , de Taborder avec ce simple intérêt du pasiteur du lieu , de lier avec lui ces conversations d*usage qui insensiblement établissent plus de confiance çt de familiarité. Monsieur Oervais, qui xx}nnais^ sait toute la vie du curé de Roquencour^, ne put se défendre delà vénération qu'il inspirait , et finit par l'admettre un jour dans aon humble retraite. Lemair^ remarqua , non sans étonnement , plusieurs indices d'une haute origine et d'une opulence cachée. Là ée trouvait le portrait en pied d'un officier général qui , par la ressemblance des traits , annonçait être celui du solitaire aveugle ; ici Ton voyait les bustes en marbre de Turenne et du grand Condé; sur sa cheminée on avait laissé, paft*
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4mh\i sans doute, une magnifique boHe d'or avec un portrait entoure de diama^s ; enfin sous une vieille redingote grise , que portait ordinal remei^ Finconnu , et sous un habit bleu tout râpe qu'il* déboutonna par mégarde , le discret pa^ur aperçut un grand cordon FQuge qui ne lui permit plus de douter que le simple Gervais était un officier supérieur, ou tel autre grand personnage déguisé , qui , sous un nom emprunté, cachait son rang et sa naissance»
Comme il est impossible qu'on renonce entièrement k ses vieilles habitudes, monsieur Çervais, ^fu chaque jour trouvait dans le curé de Roquencourt le plus tolérant des minis« très (et |e meilleur des hommes , lui deipanda yil connaissait le |eu d'échecs , seule distractiop <pfe pût lui pernnettre son infirmité.,. • jK ^élas! lui r^pon^dit te saint pasteur» tout m^OKi t^mps (ut consacré sans réserve aux malheureux 1 ]!? n'ai su iie ma vie que prier et
consoler Mais si vous daignez me le per-
inettr^. je vous amènerai quelqu'un dont le l^us grand plaisir est de s'exercer à ce beau leu que vous aimez t&ntl c'est mon aim de
lé DUCIS
collège , qui vient souvent me visiter de Versailles ; et que peut-être vous connaissez de réputation. — Vous le nommez? — Ducis, de l'Académie française^ — Je fais grand cas de ses ouvrages : ils donnent une haute idée de son mérite et de son caractère ; et je serai charmé de le rencontrer chez vous. » Dès le lendemain eut lieu la première entrevue : le poète 5 habitué à étudier le cœur humain ^ n'eut pas de peine à reconnaître dans monsieur Gervais , le langage , les pianières et Taplomb d'un homme du monde , d'un personjDage important qui cherchait h se voiler à tous les yeux. La conversation fut enjouée, Lrillante. . Elucis , quoique dlii^ talent remarquable au jeu d'échecs , et .dont le ipoup-d'œil était vif et perçant /eut de la peine k lutter contre laveugle /qui réduit à ce seul amusement, y avait acquis par le toucher, une si grande habitude et une telle forcé , qu'on était tenté de croire cjiie ses yen* $é retrouvaient au bout de ses doigts. Malgi é tôùteâ les précautions que prenait l'humble monsieur Gervais, pour ne pas .faire soupçonner ce qu'il pouvait être V il s'a&àndbhnait insensii!>lement
AV VILLAGE D^ HOQUENCOtraT. I^
J^ Uiî ip|me , il.i^^lait des batailles les plus .^in^inQX^Iç^ 9 çles grandes réputations du jour; ^ se livijait ^ ces j^écits anecdotiques qui prouvaient qu'il connaissait et la ville et la cour , j5f qui qe Ç^ent c||^'aviçin^pter la quriosité des jieux aj»îs jàe^y.en^s ^as^iét^^habituelle. Vaîjyemen^. cjf fi jc^jè^^nt-ils à percer je mystère ,^|qât U.ç'çpv^ojjjait ,5£|i)s. .c^^;, son guide fijdèle étailt eijcjpre plus discret que son maître. ;XJii 191(1: ,ç^pena^nt.Di;cis , que monsieur Gerjf^\8 a^i^fut à^^i^tçudre lire ses ouvraees, ré-citait c^ite ^dinjratle sc^ne du Hioî Lear y la ^in^iiiè^ne du quatrième acte^ oti râuteur seni- .bip avoir épuise tout ce qui j)eut peindre la ^4oulç^r4'uw,pere£^aàdonné de ses énèin^.
^'ii|C(M[^]a , ff^lgrè tçus ses eâprts pour se jgpptraii^dre , pe^eutr résister à la vive émotiop (fu'y éj Tiju^y^ , çt au moment oîi te poète jjr<jponçe ces dfeux vers :'" ^
- « S«^dotttéYimsi^lAi|fMeKlè*^p^'iiiri)ieittiéap|?...;
Le vieillard Saisit, la iWaiti de Ducîi éts*^ crie : n Assez , assez !..•• Vous lisez trop bien '» pour moi •••. » Cette bi'usquè interruption
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et îalti^ratîon r^paoîdue surlêà tffi^ts'de'ftiicônnu , prouvèrent à l'àtrteui* dti ïioî Lëar qu'il avait fait yib'rér là cdrde sensible du cœur, et qiié 1 aveugle ^yait ùh chagrin secret dont if çhercbîiit à se distraire. Un évé^ nçment imprévu ne tàfdâ pas à , eànfiriner Duçis et son ami'dains teut*s soupçons : le vieux Gervais fit une chilfè Ç fef^èe l)iessa«î grièvement, que bientôt ses jours ftfretat eii danger. Le cure deKoqUencbiirt nïe quittait pas le çhpvet du lit du malade; noii cbmtne un minîsiîriç qui sj)ëcule ^ûr les 'derniers ïnoinens d'uri/iche moribond;. mais, co.ifnme Uû frère coBàpâtissant ,j qui joigpàit aux secours dé îa religiojî ceux dé l*à?t^bhèment le' plus sincère. « Cher' pasteur î lui' 'Atfe vieillard dans i^n j3e ces intervalles éîi *fl reprenait Ihih sage dé ses sens ;' cher pasteur.... j'ai lh...« un poids afireux qui mVccâble.L.. et qui ne peut étpe^«^gé. que j)ar vaBs.-r-,Ah.l pariez : que ^ut-*il ftiiré ? -*• ^/e ftis père, .i » «t je^rois J^tcç pn<^re•c,.•.v..^ Un fils, Tunique objet de mon. amour..... et devenu celui du plus juste ressentiment ..«. ce fik est frappé de ma malédiction. ••••• Je voudrais la rétracter pa»