MA LES BORDS DB I.À LOIRE
JtifBX ne àooùt une plus haute td^ 4e IV witiéf que de la voir s'ëtablir entre Thomme puissant et. rhomme é^ lettres : tous deux y trouyent un avantsige inappr^»ble qui se renouvelle sans cesse. L*autoritë prend plus de farce, en ee qu*dle doâit au^ lettres ce charme qui persuade ; les sciences et I^s lettres acquièrent plus d'éotat , par cela même, qu'elks sont chères à la puissance; et ce no^ ble échange r^auddans toutes les classes de. la soeiélé ces ^gard^ mutuels du rang et du m^ntef cette- douce comotpdB e|- cette heu-% reuse orbaiùbf qui doublent le bonheur de la nation , «ans famais rîenieofttçp à sa gloire. Telle fut Tintime liaison du due deChoiseul avec le célèbre auteur d'Anacharsis*. Ce ministre , honmré de Tentière confiance d^ son rm , et qui influa si puissamment sur lea destinées de la France , sentit; qu'il avait b^
ï8 ÏAUTHÉLEMY.
soin d'un ami Yrai, d'un guide sûr , d^un sa^ Tant et d'un sage , qui le familiarisât avec les ressorts de cette vaste .politique qui porta la Grèce au plus degfé de splendeur. Le duc de Ghoiseul trouva tous ces avantages réunis ' dans l'éloquent historien à qui nous devens l'un des plus beaux monumens littéral* res qu'ait produits le dix - huitième sièclje , dans cet annotateur infatigable , qui employa trente années à composer ce riche tableau de l'ancienne Grèce , depuis la fonda-*tion d'Athèneis , jusqu'au règne d'Alexandre. Ce fut par les conseils et la profonde érudition de l'auteur du jeune Aqacfaarsis , que le duc de Ghoiseul se ^gnala dans son ambas* sade à Vienne , et dans le fameux traité de paix de 1763. Ge fut à lui qu'il dut cette élé« Tation de caractère et cette grande connaissance des hommes, qui le rendirent si cher à son prince , et si nécessaire au peuple. Ce fut à lui sur-tout qu'il dut un grand nombre d'amis, la reconnaissance des gens de lettres , et les honoraUes consolations qui adou« cirent son exil , lorsque le pouvoir imme ise dont il était revêtu , et que la rivaUté jalouse
BARTHElBHrv t^
ne manqua pas de peindre eomme un abug
d'autorité, lui fit perdre la confiance du mo^
narque et les faveurs dont il l'avait comblé*
Le duc de Choiseul s'était retiré à sa terre
(de Chanteloup , située près de la ville d'Am* boise , sur le bords, de la Loire* Tout ce que la France comptait de grands personnages, .' tous les seigneurs et les hommes célèbres dca / cours étrangères , se faisaient un devoir d'aller y visiter cet homme extk*aordinaire y qui ^ par sa magnificence ^ son esprit et sa grâce» réunissait encore autour de lui tous les prestiges de la grandeur, et semblait n'avoir riea perdu de sa puissance^
L'abbé Barthâemjr, qui^, pendabt vingt ans , ne s'était point séparé de son illustre ami, ne lui fut que plus tendrement alta<ché dans sa disgrâce.. Ule sntyità Chanteloup, dont le séjour; enchanteur convenait % ses goûts, à ses travaux. Pendant qae le duc de Choiseul cherchait à perpétuer le souvenir de son exil par des établissement pu*blics , par l'embellissement et la prospérité w cette belle Toûraine , Jont il était gou-vexueur , don digne ami s'occupait h termi^ t 3.^
«^O 3BÀItTHiiL8MT,
tiërfe ^rMd «x^uvre «ditinieti^ depu& l<kfg^ temps. U ttût ^a jotiir^ofi Voyage da Jeune Anacbarsis, dont le style attacteiût,' les taiJeatis fi*âis ist variés, prckivent, pour ainsi éiré , ' que l*auteur écrivit cet immortel ou- TTî^att milieu du jardin de la France.
Bardiélemy avait en ^t l'habitude d'al* fer méditer efaaxfoe matin sur les bords de là Loire» 1} pi^tendait que le doux a^ct et lé murmure de l'oftde ealmaîent l'efiferves* eenoe de Timaginatiâo, ctasisaient les idées , et rendaient plus dispos au travail. Dispensé jpar le duc xTaéstsler aux grands cercles du soir , autorisé par lui -à ue:feire que ce qu*il eût lait dakis la pius^simpie ^ti-aitè, ce poëte historien se retirait i»ïditiiârement de bonne heure «kras son àp^rtonent^ le lendemain il allait^ «u itérer de Taurore, s -asseoir sur fes^ bords- du fleuve, oilil% livrait à tous ses anti^es souv^euirs. .
Il ne ttfrda pas i^nmdins it iremarquer que f esprit, comme le corps , avait b^iit de repos ; et , pouï* se coudamner h un nëai^t momientanë) qui ne devait donner ensuite que plus de lEftôSort à l'ame , que ^us de bril-
BARTflÉLBMT. jTr
lant k la pennée , il prit rhabitiHlé de pêcher à la ligne pendaat dès heui^ entières/Cè dër lassement devint un de ceux qu'il ehâ*i«aait le plus ,. et auquel fl resta long^témps fidèle. Yétu d\aie simple redingotte grisé, et por* tant un ficbu de soie noué nëgligêmiuent autour de sa tête , il arrÎTatt sur lès. bords de la Loire avec ses lignes, son petit panier contenant ses amorées et le dëjcÀner le plus frugal; il s'établissait à Tombre d^un saule ou d'un peuplier ; et lorsqu'après une longue im* mcd>ilité et la patience la plus, prolongée, il avait le bonheur de faire une pèche abon-^ . dante ^ Q était dans> un ravissement inexprimable». S'apercevant enfin que lé «soleil Vé** levait au dhsssds de sa tête , et que Ta matinée ^avançait, il reprenait son modeste attirail de pêcheur , retournait au diâteau, offrait le rérâltat de sa pêche au premier villageois qu'il rencontrait ^ montait à son apparte-> ment, et paraissait quelques instans ajnèg au grand salon , rayonnsmt de joie et dt santé.
Parmi les personnes de distinction qui formaient la société habituelle du duc de Ghol-
aa BÂRTHillîEMT.
• seul/ Baj^hâemy avait remarque M. Duchi* zeh îiltendant ife la ^néraHitë de Tours , et dtmt ie mëritp et l'aimadole nrbaBÎtë in^raknè fe dl&Sr de^^n faire un aiiii. Il de- Tînt îielm âe l^utetir d'AiuM^harsis. La sympatbk «ke goûts et àe caractère qui r^bait eattte'^fisx , les uait intifia^metit. lîartfaâigmy l^enwt ftaâsir à dmger l'éducation de la fiUe aîtife de M. Budiuwl , dbnt la beauti^ ne pouvait être égalée que par les rares qualités de 5on cœur. Eéb avmit pour Tabbé Barthélémy la phM respectueuse défiance, et trouvait un ^^rme infini dans ses leçoos* Celui ci tâcbait;, deson €Ôté, de fah*e oublier sa h^ute réputa^on à son adorable âève> et descehdait jusqu'à eUe sans qu'elle pût s'ra apercevoir • Sa taille haute et rsa figure noble qui rappelait celled*uhdessiiges delà Grèce , pouvaient bien quelquefi^is' intimider la jeune ^cdfèrè ; mais sous ces debors imposais, elle trouvait un son de voi« ^i pénétrant, une mcidestie si vraie , et une émdition qui se cachait avec tant de grâce et d^adresse , que , rassurée par des égards et des soins si doux , elle s'iina*ginait s'entretenir avec un ami qui dier-
BÂRfHBLBMT. :ài
chsit h s'instruire ayec die. On eût dit, aies Toir , deux y<^ageurs parcourant une route inconnue , et se prêtant un mutud secours.
Il était d'usage , ûams la- ville de Toiurs , que l'intendant, qui , dans l'absetiee du gouverneur, représentait le roi, donnât desfS^ tes aux principaux habitans , et sur^tout aux militaires qui s'y trouvaient en garnison. M. Dudttzel , dont la fortune était eonsidérable, et qui, malgré tous les dons qu'il répandait ^ans cesse ^ ne pouvait trouver le moyen d'égaler sa dépense k son îmihense revenu , ne manquait jamais de se montrer aux époques solenfielles le digne détégoé du prince. C'était sur-tout le jour de la Saint- Louis qu'A avait coutume de donner un bal où l'on voyait réuni tout ce que peuvent inventer le goût et l'opulence. Le r^iment Royal'* P^aisseau était alors caserne dans la ville ; tous les offiders appartenant aux plus anciennes familles de France , et parmi lesquels on remarquait des hommes lettrés, devaient être invités à cet grande réunion. M. Ducluzel , qui passait une partie de la belle saison h Chanteloup, s'était rendu àTours qud-
^4 l^ARTHÉLEMT.
que temps auparavant ; et Tabbë Barthâemj , qui chaque jour s'attachait d'avantage à sa jeune élève , avait accompagné cette honora^ ble famille. Elle habitait ordinairement , pendaift Tété 9 le prieuré de Saiut-Côme , situé à une demi- lieue de la ville , et dont le parc touchait aux bords de la Loire, Cette char^ mante retraite était à très-peu de distance du château PlessislesTours , bâti par Louis XL L'abbé Barthélémy ^ toujours, avide de ce qui pouvait offrir des traceç historiques , s'était empressé d'aller visiter ce triste séjour dont les épaisses murailles et les cachots souterrains rappellent encore aujourd'hui la mémoire de . ce monarque cautuleux et sanguinaire, qui sacrifiait à son fanatisme et à ses terreurs pai^ques, ses amis les plus dévoués^ ses su* jets les. plus fidèles.^
Pour se distraire de ces pénibles souvenirs , Barthélémy passait l'eau et parcourait sur l'autre rive de la Loire les rians coteaux de Saint-Cyr , oîi se trouve cette butte remarquable par l'entrevue qu'eur.ent, en 1689, Henri III et le jeune roi de Navarre, qui donna* dans cette circonstance une preuve
BABTSSZ.EMT. 2$
51 totiehaiite de son amour poar les Fran-* çàs y en venant oflfrir son seconrs % lear monarque poursuivi par les ligueurs , et puni d'avoir repoussé tant de fois^ l'alliance et famitié du brave et franc Béarnais. Cette butte , qui devrait porter le nom diéri de Henri IV , semble offrir , par son aspect^ l'un des plus beaux de l'Europe , le souvenir du prince adoré des Français. On n'y arrive qu'à travers les collines tih. on récolte leé meilleurs vins de la Toaraine \ le sommet est couronné d'arbres qui formel^ un bosquet délicieux, sous lequel on découvre le vaste et riant jardin de la France qu^arrosent le Cher et lat Loire. La vue s'étend depuis Bld» jusqu^à Saumut*, et parcourt un espacera trente lieues. La mémmre sacrée du roi-ti*oubadour anime cet aspect ravissant , en augmente encore la magie. Le ciel lui-même^ d'accord avec nos souvenirs, semble veiller à la conservation de cette butte historique ^ en la couvrant d'arbres majestueux , en l'ombrageant d'un épais feuillage.
Barthélémy ne pouvait se rassasier de ce Aiagniâque spectacle* Il allait, presque tous
z6 BIRTHIÊLEHT.
les soirs 9 y relire ses auteurs grecs, oa s'y livrera ses savantes méditations. Quant à ses matinées, elles étaient presque toujours employées à son délassement favori. Du parc de Saint-Côme , il pouvait , pour ainisi dire , tendre ses lignes sur la Loire : aussi jamais il n'avait fait de pèches plus heureuses ; et chaque jour, dhs qu'il s'éveillait, il venait s'établir , selon sa coutume , au pied d'un arbre et distribuait ses hameçons.
Un jour , c'était la veille du bal annoncé chez l'intendant , comme il se livrait aux plaisirs de la pèche , il entend dans une oseraie , auprès de laquelle il était assis , la voix de deux personnes qui s'entretenaient des in-> nombrables beautés du. Voyage d'Anacharsis, qu'il avait publié depuis quelque temps... Il regarde à travers le feuillage qu'il écarter avec précaution , et découvre deux, jeunes officiers d'iuÊinterie en petit uniforme da matin , qui parlaient de la vive impression, que produisait sur eux la lecture de ce chefd'œuvre déjà répandu dans toute la France» « Nous n'avons encore lu que l'introduction , disait l'un : quelle idée imposante elle donne
BÂKTHéLKMY. fiJT
de Touvrage ! — Comme bous avons dévoré , disait l'autre, ces belles descriptions des premiers temps delà Grèce! Quel riche abrégé de l'histoire ! Comme on passe en revue les mœurs , les lois , les usages et tous les monu* mens des sciences et des arts ! — Oh ! que j'aime ce beau siècle de Périclès , qu'on pourrait appeler à bon droit le Louis XTV de l'antiquité. —Ce que j'adaiire sur-tout dans Bar^ âiélemy, c'est qu'il met continuellement son lecteur en scène avec tous les grands hommes dont il parle. — Voyons si le second volume sera digne du premier. Quel plaisir de lire ensemble ce bel ouvrage sur les horcls de ce fleuve , 2i l'aspect de cette butte reiiKirquable oh l'ombre de Henri IV semble nous sourire et nous encourager! »
Les voilà donc qui se mettent à lire le second tome du voyage d'Ânacharsis. Ils par^ courent d'abord avec avidité le Pont-Euxin^, Byxance et le détroit de l'Hellespont : ils sui* Tent ensuite le jeune voyageur à Lesbos , à Mytilène , à Thèbes , et s'arrêtent avec lui dans Athènes. Comme ils s'intéressent à ce lycée , à ces gymnases, à ce portique immor^
2^ BARTHéLSMT*
tdl, à ces jardins d'Académus 1 Comme ils sont touches de ces belles funérailles ! Mais ce ^ui les s^ttache plus particulièrement , c(»nme guerriers , c*est la savante et fidèle descrip-lion des levées, des revues et de l'exercice des troupes chez les Athéniens ; c*est sur -tout <ïette bataille de Mantinée et la mort d'Epaminondas* Ils ne peuvent s^empdèher de mêler leurs larmes à celles des amis de ce héros; ils voudraient retarder le moment fatal où Pon doit retirer ce javelot qui va trancher le cours d'une si beHe vie*,.. Mais, Il Fannoncc de la victoire, ils admirent ces dernières paroles du grand homme mourant s « J'ai assez vécu. » Us voient ses yeux encore étineelanft attachés sur son bouclier; ils épient , avec une terreur religieuse ,.le moment oU son ame va s'exhaler et s'âever aussitôt vers Pimmortalité. • Barthélémy ne les perdait pas de vue , e| prêtait une oreille attentive à tout ce qu'ils dir saient. Vainement ses hameçons disparaissaient dans l'eau , vainement les plus beaux poissons de la Loire s'y trouvaient pris , le pécheur était en Grèce , et recueillait le dernier soupir do héros tiiébain, Oh ! que l'émotioii
BARTHÉLZHT. %^
de des deux jeunes kctèurs ayàit'd'atfraits pouF lui ! que les larmes qui s'échappaient de leurs yeux lui devenaient chères !
Cependant la matinée s'avanfçait ^ et Bairtfaélemy oubliait, ainsi que les offieierr, qu'il avait des devoirs à xèmplir. La jeune Ducluzdl attendait en vain la leçon de son aimable in<- ^tituteur ; et la diseq>lihe militaire aiybit prôa* dre en défaut deux nd^s enfans de Mars» Cetix-d se rappellent , au mâœu^de la Gi^e , qu'ilfil sont sur les bords de la Loire, et reni«v qoent bientôt que les rayons du âoletl daK>»* dent perpendiculairem^it ^ â*aTisrs le feuiL*> lagesous lequel ils sont assis : ibae lèvent avêe précipitation, se demandent l'heure ; mais ^ scMTtis de la ville sans précautioin , et dans k négligé le plu3 simple , atKûn d'râx ne s'était muni de sa montre. Ils fimt quelque paa , aperçcMvent le.pécheui' qui rassediblail ses U* gnes , et , loin^ de se douter que sous cet huift^ bk vêtement se cachait l'écrivain .célèbre qui venait d'exciter leur admirafipn , ils i'abor^ <knt et lui disent : • « Bon hoiBiQie , poumeit^ » vous savoir quelle heure il est en ce mor » ment?» Cehû-ci, regaiwiaAUr^iWi, ré^
3o BARTHELEMY.
pond qu'il n'est pas krin de midi. « Midi ! re* ptetid l'un ; nous lie serons jamais rendus pour la parade. -^ Gare les arrêts ! ajoute lautre ; Botl*e majoi" est inflexible , et nous serons pu-^ àis pour la première fois. — Comme cette lecture d'Anachafsis attache et brûlé le temps ! — l\ serait dur cependant de ne pas assistée aui)al que donne demain Pintendant. -^ J'ieii serais d^autant plus dësolë , qu'il y aura des femmes cbaitnantes , et que le cëiëbre Barth^lemy ddit,ilit^u, s'y montrer un instant lii kc demaiide de tous les habitans de la Vllte^ -»^ 11 sera loin de se douter que ceux des ôfii-^ elen ée nôtre régiment qui désirent le plus suràemmehtde le' connaître, seront prives dut bottiteui* de ie voir , pour s'être livrés trop long-itemps à celui de le Kre/. 4 . 1» Tel était reàtrètien des deux amis en regagnant h tourtes jambes là ville , ob ils ne purent arriver en ^et qu'aprèft là parade , qui se fkisait à midi ti*fe-précis?. ' "îBarth^my, q«î avatit entendu une jpartie tié *ette conversation , s'empresse de retourtfet* à Saint-Côme : il y reprend son cbstuinè i^Ëlés^aâtiqtx^ ^ et prie M. Ducluzel de lui prê^
, BÀHTHÉLBMT. 3l
ter sa votere , pour se rendre à la viBe le plug promptement possible, u Eh , bon DiieU , l'abbé, qu'avez- vous tkmc de si pressant, et ^pie voiis est-il arrivé?*^ Rien, mon ami.. «.C'est bien la plus étrange aventure !.. « «Et je souffrirais que ces deux aimables jeunes gens fns^ $eat pour moi privés de leur Ubertë ! — Quels jeunes. gens ? et que voule»-vous dire ? — < Il Ikndrait que le majc»' fôt le plus inflexible de tous les hommes^ » . • . -^ En vérité , Tabbé^ YOQs m'effirayez ; je ne vous vis jamais dans un aussi grand trouble, dans une pareille agita* tîon. — C^est celle du plaisir , mon ami t rassurez - vous ; mais votre vcMtnre au plutôt ,' je vous en supplk. • »• • Dites^moi , vous devez connaître h major du régiment Royal'^ Vaisseau i quel homme est-<:e ? — Un mili-* taire très-distingué, maïs sévère, inexorable en £iit de discipUne. -» Tant pis : après tout^ e*estson devoir. — * Aurkz*vous quelque grâce à demander ? Je vais vous accompagner. — « Non , non ; seul j'ai fait ccnnmettre la faute , seul je dois la r^iarer. — Mais , encore une ibis , quel est donc ce mystère ? -—Vous saurez tout , et vous avoaierez vous-même que
3i bàuthélemy.
je ne pttis mettre trop d'emprèssen^nt. •• . • • Mais j'entends la voiture ; et n*ai pas de temps ^ perdre. • . • . » En achevant ces mots , il ^ort ,. monte dans la calèche.de Tintendant , et se rend à Toun$ , où il se fait conduire à Fho* tel du major.
u Qui annoncerai-je ? I^i demande le valet-dë-cBambre. — Un étranger. .... » On l'introduit auprès du major. <c Monsieur , lui dit-'il , parmi les officiers qui ont Thon* neur de servir sous vos ordres , il en est denx qui ont dû 'manquer aujourd'hui à la pa** rade. — Il est vrai , Mi^sieur , et dans ce 'moment même , ils se rendent aux arrêts pour huit jours. — - £h bien ! monsieur le major, TOUS voyez le seul coupable; c'est moi qui les ai dëbauchës. — Vous , monsieur l'abbé! Votre ton, votre figure, sembleraient plutôt propres à ramener des jeunes gens dans leur devoir , qu'à les en détourner. — ? * Bien pourtant n'est plus vrai : veuillez m'en» tendi*e. » Aussitôt il lui fait le récit fidèle de tout ce qui s'est passé , et se désigne comme l'auteur du* Voyage d'Anacharsis. « Quoi ! i^'écrie le major , c'est M. Barthélémy que
|*ai rtoiMieur de recevoir ! Mes deux jeunes dficiers ne pouvaient avoir un avocat plus câèbre, un dé&nsair plus éloc^ucnt; mais la discipline avant tout : mon cœur les excuse sans doute , et j'en eusse fait autant à leur place. Je ne poia cependant autoriser une Êiute qui, ixiévée, deviendrait prëjudiciable au régiment : mais , pour ^ous don* ner en même temps , Monsieur , une preuve de la haute considération que vous inspirez , ye réduis les arrêts de huit j(Hirs à trois* — *- 11 ne me reste plus qu'une seule grâce à vous, demander , monsieur le major. -—- Parlez , que puis- je feine encore?— C'est de me permettre d'aller m'enfermer pendant ces trois jours avec me» deux jeunes lecteurs; la jouis^ sance qu'ils m'ont fait éprouver , était trop vraie, trop pénétrante, pour que je* àe cède pas au tendre intérêt qu'ils m'inspirent. — Je vois bien , monsieur l'abbé , qu'un mili- .taire est battu d'avance , quand il veut se me* snrer avec un homme de votre mérite : puis* que telle est votre résolution , je n'ai pas la force, je l'avoue, de retenir prisonnier pen* dant trois jours l'illustre guide du jeune Ana •
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charsis. Dis ce moment les deux ofiEbiers sont libres : je vais leur en faire porter Tordre. »
Après avoii* exprimé toute sa reconnaissance au major, et lui avoir fait promettre de ne point nommer aux deux officiers l'heureux auteur de leur dâivrance, Barthélémy retourne à Saint-Come , et persiste à cacher le motif de son voyage ; mais la joie, empreinte sur sa figure, fit soupçonner à la famille Ducluzel qu'il venait de faire en secret quelque bonne action ; et chacun crut devoir respecter ce mystère.
Le lendem^n eut lieu la grande fête donnée par Fintendant : tout ce qu*il y avait de personnes notables dans la ville, s'y tro«i^. vait réuni. L'empressement à répondre à l'invitation de M. Ducluzel , cher à tous les habitans , fut d'autant plus vif, qu*on avait l'assurance d'y voir le célèbre auteur de l'ouvrage dont le succès éclatant retentissait dans toute la France , et devenait le sujet de to^es les conversations. La ville de Tours comp- , tait à cette époque , p^rmi ses magistrats et ses jurisconsultes, ainsi que dans plusieurs au* très classes de sa populaticux , des hommes
BARTHKLEMY. 35
instruits, des littérateurs distingua, à l'es^ time desquels Barthélémy venait d'acquérir des droits, et qui tous se proposaient de lui prodiguer les plus honorables suffrages •
Leur attente ne fut point vaine : celui-ci ,malgré toute sa-^ modestie , ne put se refuser aux instances dé l'intendant , qui se faisait un honneur de présenter à ses administrés un ami tel que l'au^ur du Voyage d'Anacharsis. La jeune Ducluzel , qui , chaque jour , prenait plus d'empire sur son cher instituteur , lui témoigna le désir de le voir à cette fête , dont elle devait être un des premiera orne* mens ; et ce désir fut un ordre. Un charme secret, et plus puissant encore , attira Barthélémy à cette belle réunion : c'était le plaisir d'y rencontrer ses deux jeunes lecteurs qui lui devaient leur liberté , et qui , d'aprbs la promesse du major , ne pourraient reconnaître en • lui leur libérateur. Avec quel vif intérêt il les suivait des yeux dans cette nombreuse assem-blée ! combien il se félicitait de la démarche qu'il avait faite !
Cependant il est bientôt l'objet de cet honorable empi'essement qu'on témoigne au vrai
mérite; tous les yeux sont fix& sur lui : c'est à qui l'abordera , le contemplera de plus prks^ Les deux jeunes amis , excites par Tenthou— siasme que leur avait inspire ta lecture d'Anacharsis, éprouvaient le désir bien nature) de voir Pauteur de ce chef-d'œuvre. Ik se pressent dans la foule-, s'approchent de lui , et sont frappés tout-k-coup de cette voix expressive, de ce coup-d'œil si pénétrant,, de cette figure où la dignité perce à travers la bonhomie, u Gomme il ressemble aupecheui> des bords de la Loire ! dit l'un tout bas à sou camarade. — * Serait-ce donc le bonhomme à. qui nous avons demandé l'heure , et qui semblait nous suivre des yeux avec tant d'intérêt? -^ L'intimité de M. Ducluzel avec cet iUustre savant , le parc de Saint -Côroe , près duquel • nous lisions Anacharsis ; l'inflexibihté du major vaincue pour la première fois de sa vie
Il n'y a que l'abbé Barthélémy qui puisse avoir opéré ce prodige. »
Ils l'abordent , et joignent leurs hommages, à tous ceux dont il est comblé. 11 leur répond avec la plus touchante affîibilâ;é^ mais en même temps avec un trouble dont il n'est pa&
maître 9 t^ qui confiriae encore plus les deux officiers d^ns leurs SQupçoDS. Ils retournent auprès du ma^,qtti,fid^à sa promesse, éluda adroitement la m\>indre expiration. Gepen* dant Timpression qu'ik ont reçue eàt si forte , et la reconnaissance les agite à un tel point , qu'ils ne songent plus qu'à découvrir la vérité. Bientôt ils s'aperçoivent que l'auteur d' Ana* di^rsis , retiré modestement dans l'embrasure d'une croisée , s'entretient avec le major , que leur conversation est animée 5 et semble faire soupçonner une secrète intelligence ; enfin ; que les regards qu'ik portent sur eux , sont toujours accompagnés d'un mystérieux sou-* rire. Entraînés par toutes ces apparences, ils s'approchent avec précaution, prêtent l'oreille la plus attentive , et entendent. l'abbé. Barthélémy dire à demi- voix : u Avoue?, monsieur le major, que c'eût été bien dom^ mage de priver ces deux beaux jeunes gens d'assister à cette fête ; et cela pour s'être oubliés quelques instans en lisant Anacbarsis. — C'est lui ! oui , c'est lui » s'écrièrent à-lafois les deux amis , d'une voix qui retentit dans tout le bal , et attire sur eux tous les regards.
3^8 BAKTHÉI4SMir,
tf Ma foi , monsieur , éit le majûi^', jçous vous êtes nommé vous-même, m D^à Bàrtbâemy est enlacé dans les bras de se$ deux protégés , qui , ne pouvant plus réprimer les divers sen* timens qu'il leur inspire , te nomment kur libérateur , et instruisent toute l^^semblée de leur lecture du matin , par un récit fidèle que termine le major , en avouant quMl n'avait pu résister aux instances si pressantes de cet hopime célèbre*
u Voilà donc , dit alors M. Duclusel , le » motif de cet étrange empressement dont H vous nous aviez fadt mystère ! Ah ! mou V ami , ]ê vous reconnais bien là. n Chacun applaudit à cette aventure , qui bientôt fut répandue dans toute |a Ville. Barthélémy avoua qu'elle ne ferait qu'augmenter le plai-* sir qu'il éprouvait à la pêche. Les deux oflSciers supplièrent le bonhomme de venir ten-* dre ses lignes auprès d'eux , paur les avertir de l'heure qu'ils oublieraient encore en lisant ses ouvrages; et tous les trois se promirent de se rappeler long-^temps la lecture d'Anacharsis et les bords charmans de la Loire,