‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 43 sur 66 · ET LIS PAPILLONS · texte numérisé non relu

ET LIS PAPILLONS

|>as envets loi. Le beau temple des papillons perdait peut-être un peu de son éclat ; mais aucune jeune fille né s*en retournait mécontente ; et les bienfaits de la duchesse , doublant par la facile entremise du chevalier , se répandaient davantage et faisaient plus d'heureux.

Parmi les pastourelles qui venaient souvent ofirir à Boufflers leur chasse de la journée , il en avait remarqué une d'environ quinze ans , dont les grands yeux bleus à fleur de tête , et les sourcils d*ébène, la bouche fraîche et riante, l'allure aisée et le son de voix pénétrant, semblaient ofirir la réalité de ces nym* phes des bois doùt la fable se plaît à nous faire une séduisante description* Mais ce qui vint ajouter encore à tout ce qu'inspirait au premier coup^'œil cette joUe pastourelle , c'est qu'elle se dit être la fille d'un garde de la fo^ rét d'Amboise , et se nommer Aline.... Ce joli nom était le titre du conte ingénieux queBouf* flers venait de lancer dans le monde , et qui déjà fondait sa réputation littéraire.: oh ! quel tendre intérêt il voua h cette jeune fille aussi pure que naïve ! quel plaisir il éprouvait à lui 2 6...

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remettre , au nom de la duG}iei»e , le prix é^ ses papillons ! Avec quel empressement il pro« fitait de la beautë de éeux qu'elle apportait, pour doubler son salaire, que souvent il ac« compagnait d'une caresse proteclrice , qùd— queè>is même xl'un baiser dont Aline était trop fière , pour oser en murmurer ! Bouflders n'eut pas de peine à démêler tous les secrets de ce cceur iiig^u , à savoir de la villageoise , qu'elle aimait Charles-Verner , fils du concierge du château ; mais que 1 père de t:e dernier s*opposait à leur union , à cause de la différence de fortune. BoufOers , qui n'en connaissait point quand on aime , projeta de servir (es amours de la nourdlè Aline : tl se fît présenter Charles- Verner , le trouva digne de posséder une si charmante compagne , et mit dans leurs intérêts la duchesse de Choi^ seul. Celle*ci voulant, par un adroit prétexte, foriner nn commencement de dot à la protégée du chevalier , 'fît annoncer dans tous les hameauk que le règne des papillons une fois passé , elle décernerait un prix de vingt-cinq louis à celle des jeunes filles qui lui aurait procxu'é les plus beaux et les plus rares^ On peut

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juger de IVmidatîoii que cette annonce excita parmi loutes les pastourdles : Aline la par* tagea ; et soit que placée pios avantageusement dans les frais bocages de la forêt d'Âmboise , soit que plus adroite ou plus fevorisée du sort , elle fût destinée à la récompense qu'enviaient toutes ses compagnes , elle offrait souvent à madame de Choiseul , par l'entremise de soii aimable proteetewr , les papillons qui tteonent le premier rang dans les di£ëre^tes élassès dé^ signées par Réaumur. Un jour entre autres que le duc et la duchesse de Cfaoiaeul se pro-^ menaient dains le parc de Chanteloop , atte-^ nant à la forêt, avec un grand «ombre de seigneurs et de dc^es qm composaîetit leur société habituelle, Aline, portant une petite oage de gaize , aecourt au-devant d'eux haletante 9 ivre de joie ; et s'adressant ^ Boufflers ^ avec cette familiarité ingënue i. laqudle il l'a^ vait accoutumée, eUe lui dit : « T'nez, mon« » sieu r chevalier , comment trouvez-vous » mes papillons? vous qui vous y connaissez^ » si bien ! n Cette apostrophe devenciit une application si plaisante et si analogue au caractère connu de Boufflers , que chacun éclate

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de rire ; et lui-même tout le pr^xûer* Il preaii des mains de la. jeune fille les papillons qu'elle préaeniid , et déclare qu'ils sont en effet d'une espèce rare et très-recherche; il en remar. que un sur-tout dont le& quatre ailes d'azur , d'une envergure immense , les antennes ^ boutons de velours noir , la cornée , couleur de feu , et la trompe d'ébène de huit tours de longueur , offraient précisément ce qui manquait au temple de la duchesse et complet^ son immense collection. Il fut arrêté dès ce moment , que la pastourelle méritait le prix annoncé; bientôt elle le reçut des mains de madame de Ghoisei^d; et Boufflers y joignit une croir d'or , qu'Aline lui promit de porter toute sa vie*

On était alors au milieu de l'automne : les plaisirs de Paris devenant chaqile jour plus brillans , y rappelèrent le chevalier deBoufjQers , qui ne qwtta point sans r^rets le beau séjour de Ghanteloup* Il voulut voir avant son départ celle dont le nom ^ Ifi figure expressive et rheureux naturel , l'avaient si vivement in-^ téressé; il obtint du concierge, père de l'a-mant d'Aline , la promesse des les unir , dès

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que cette dernière aurait une dot convenable ; il la recommanda particulièrement aux bontës de la duchesse » et regagna la capitale. Il y fît briller de nouveau ses piquantes saillies , cette malice adoucie par la grâce , et cet enjouement intarissable qui lui assignaient le premier rang dans tous les cercles. Mais chaque fois qu'il j faisait résonner sa lyre élégante et facile , chaque fois sur- tout qu'il y récitait son joli conte d'Aline , il pensait k la pastourelle de la fbrét d'AmbcHse et à ses papillons.

Peu de temps après le duc de Choiscul quitta ce monde , où il avait exercéun si grand pouvoir et bravé les nombreux ennemis de sa haute destinée. Sa veuve inconsolable fut obli^ gée de sacrifier presque toute sa fortune pour acquitter les dettes immenses qif avait contrac* tées son époux , le plus magnifique des sei<gneurs de h Cour. Elle vendit la belle terre de Chanteloup au respectable duc de Peuthicvre, et vint s'établir à Paris, au milieu de ses anciens amis. Aline , privée alors de sa digne protectrice , perdit l'espérance d'^>ouser Charles*- Vemer : le père de celui-ci fut inflexible ;et le jeune homme , au désespoir ,

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s*engagea dans un régiment de dragons. Bouf^ fiers en fut instruit : le hasard voulut qu'il fût Tami, le proche parent du colonel de Charles ; il lui recommanda ce jeune homme , qui , par sa conduite , parvint en peu de temps au grade de marëchal-des-logis. Dans le premier semestre qu'il vint passer àyChanteloup , il retrouva sa chère Aline , pourvue d'une dolsof^ fisante, qu'elle tenait des hontes du chevalier de Boufflers ; il obtint le consentement dûvieux concierge, et les deux amans furent unis, en bénissant mille fois leur aimable bienfaiteur.

Vingt ans s'écoulèrent et virent la France en butte aux dissenticms politiques , à tous tes ravages de la révolution. Boufflers , quoique par caractère ami de tout ce qui propageait alors une sage liberté , fut contraint , après 1% déplorable journée du lo août 179a , de quit<ter la France et de se réfugier à Berlin. Le prince Henri , et par suite le roi de Prusse , après l'avoir retenu quelque temps auprès d'eux , lui firent en Pologne des concessions , où , véritable chevalier français , il fonda l'établissement d'une colonie ^ en faveur des

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