‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 57 sur 66 · SUARD · texte numérisé non relu

SUARD

ov

LES ARTICLES DU JOtJRNAL.

l^u'oK aime à les rencontrer dans le monde, ces restes précieux de l'ancienne urbanité française , ces hommes qui , fidèles observateurs des convenances sociales, moins ambitieux de paraître que d'être chéris , n'ont jamais connu l'envie , et sont parvenus à la célébrité , sans la faire payer d*un regret à leurs rivaux, du moindre sacrifice à l'amitié ! Un bel esprit n'est pas toujours un bon ^sprit. Le premier bien souvent tourmente et divise ceux qu'il soumet à son empire ; l'autre les éblouit moins sans doute; mais sa lumière égale , constante , éclaire tous les sentiers de la vie , et conduit à cette heureuse réciprocité d'égards, de déférence, qui rapproche et réunit tous les êtres qui savent àî* mer et sentir.

8UABD, ETC. 2o5

Tel fut ce littérateur aimable qui se plaisait à cacher une vaste érudition sous les dehors d'une grâce parfaite et d'une inaltérable urbanité. La première fois qu'on rencontrait Suai^d dans un cercle, on croyait voir un de ces anciens chevaliers qui charmaient la ville et la Cour par un langage séduisant et Mégance des manières; mais bientôt on^ découvrait sous cette écorce brillante un arbre d'espèce franche dont les racines étaient profondes, les fruits savoureux ; et sous Tombrage duquel on aimait à s'arrêter. Les jeunes disciples d'Apollon y trouvèrent toujours un accès fecile ; et ceux d'entre eux qui concoururent au prix de l'Académie française , ne cessèrent d'obtenir de son digne secrétaire un accueil encourageant : ce ne fut jamais sans une vive émotion , que Suard posa sur la tête d'un lauréat la couronne qu'il avait méritée. Il se croyait reporté , dans ce doux moment , à l'époque de ses premiers succès , qui lui valurent l'estime et l'attachement particulier de Montesquieu , de Raynal , et des écrivains étrangers les plus célèbres dont il traduisit les ouvrages. L'auteur de THistoire a 18.

ao6 suAEDy

de Qiarles- Quint , chef-d'œuvre de politique , où sont indiquées , avec une vérité frap* pante , les causes de toutes les révolutions qui ont agité l'Europe^ Williams- Robertson , ce fameux directeur de l'université d'Edimbourg , prétendait que Suard avait , en quel^ que sorte , donné plus de ressort , plus de couleur à son ouvrage; il n'avait, disait-il, jamais connu de Français qui parlât mieux la langue anglaise, et qui sut en faire xicnnaître plus fidèlement toutes les beautés.

Suard n'acquit pas moins de célébrité dans lesécritsq^'il composa. Ses Mélanges de litte» rature lui assignent un rang distingué parmi les. écrivains du dernier siëcle. On y remar* que une vie du Tasse qu'on retrouve en tête de l'estimable traduction de Le Brun , et qui dbnne une juste idée du chantre immortel de la Jérusalem délivrée. On y lit avec avidité les Conseils h un jeune homme , chef-d'œu-* vre de goût et de morale littéraire , dont le but est de prouver que l'ame n'a point de sefcrets que la conduite ne révèle. On suit enfin ' dans ses mâanges , avec un charme inexpri-mable , le Solitaire des Pf rénées , oîi l'oa

ou LES ARTICLES DU JOURNAL* âO/

trouve des aperçus ingénieux , des examens approfondis du grand système du monde.

Mais ce qui, selon moi , donnée Suard le plus de droit à une haute considération , c^est son Eloge de La Bruyère, hsxoxxïk homme de lettres n'a mieux connu /mieux apprécié cet habile scrutateur du cœur humain. C'est un assemblage parfait d'idées neuves et de por~ traits variés , digne du grand peintre qui semble à son tour avoir posé modèle , on y remarque sur-tout une pureté de style qu'on rencontre rarement , même chez nos classiques les plus renommés.

Suard se montra constamment l'ami de la jeunesse : il est plus d'un littérateur assis aujourd'hui parmi nos académiciens , dont il guida les premiers pas , et qui lui doit son existence littéraire. Pendant plus de quinze ans qu'iKfut censeur dramatique , aucun au-» teur n*eut à se plaindre du pouvoir dcmt il âait revêtu : souvent même on recevait de lui des avis utiles , des documens précieux , tou* jours donnés avec une modestie qui semblait en déguiser l'importance, B ne fîft jamaiir d'ami plus sûr et plus dé- ' a i8.. -,

2o8 6UARD , '

voue que cet homme de lettres. Lié dans sa jeunesse avec les Grillon , les Montmorency , l'attachement qu'il leur portait , ne fut point ralenti , même dans les troubles de la révolu* tion , qui brisèrent tant de liens. Aussi chaque héritier de ces noms illustres ne prononce le nom de Suard qu'ayec une espèce de vénération; et leurs regrets entourent chaque jour son tombeau. C'était sur-tout dans l'es* time et l'amitié des femmes ^ que cet aimable littérateur plaçait le bonheur de sa vie. Jamais il ne porta la moindre atteinte à la décence , il ne blessa l'oreille la plus chaste. Il prétendait qu'un vieillard cynique dont la bouche impure fait rougir la pudeur , produisait sur lui l'effet d*un vieux bouc qui de son pied &n^ geux flétrit la fleur de la prairie. Aussi le vif intérêt qu'il portait aux jeunes personnes , était-il payé du plus tendre retour. Totites rhonoraient, lé chéris^ient comme un père* CellesH^i le consultaient sur les lectures qu'elle^ devaient choisir; celles-là sur les liaisçns qu'el*les désiraient déformer. La confiance qu'il in^ €pirait, l'avait établi, pour ainsi dire, ler^lateur de toutes les familles qu'il ccN^najss^t ,

ou LBs ARTICLES DU jouRHAi. aog le' guide ch^ri de toute la jeunesse dont il ai-mait II se voir entouré.

Ce Alt cette confiance qui donna lieu à Taventure ^Ue je vais essayer de décrire ; et qui prouvera que les lettres peuvent devenir une riessource précieuse , même pour les femmes dont on négligea si long-temps l'éducation , et que dé sbts préjugés condamnèrent à ne vi^re, dans les revers de la fortune, que du mTaSfdi leurà mains : comme si l'élévation d^ame et le droit de s'instruire ,- n'étaient pas de toné les sexes , de toutes les conditions.

SnÀrd avaît travaillé de tout temps aux jotii*naux les j^Ius accrédités. Jeune encore , if i*édigea de nond>reux arf ides dans le Mer^ cure ; il devint ensuite directeur de la 6razette de France; et en 181 5, lorsqu'il comptait déjà soixante -dix hivers, il dirigeai^la rédaction Ûd Pubtiàiste^ oh les principes les jdus sages se trouvaient réunis à une érudi« tion dragée dé tout esprit de parti , de toute ma!fioeuvre littéraire* Ce journal , qui comp* tait parmi ses rédacteurs des hommes d'un mérite rec6mmandablè , avait acquis une vo* gue méritée et un assez grand nombre d'abon-> % i8...

aïO SUAB,D|

^Lës. l/niimtmqo^Siiard^eUaftHune^preix^ et oherchait scrupùleuseqaeat à £|it% ^disparaître tout ce x{iii pouvait ^uûtier la discoôtle et dépasser les, b9ri}es d'une critique mesurée, entre dans sou cabinet nnp jeune perspnne d'environ vingt ans* Ses huBâJï>ies vêiemens et sa démarche timide annonçaient au premier aspect une ififOTtupée qui vepAU r&;lamer quelques secours* Sa figure , d'une expressioii remarquable, paraissait altéré^ p^r le ^^vail Qu le chagri^. Sa pâleur eKoessi^ye indiquait un êtfe so^ffi'i^i^t^ u Ne, ^qfez pojii^ surpris f. dit-el)e en ^d>ordant S^ar4 , ai )e me fn^im^ ^eule devant vqv^ ; T^e ^oflji , moosîeiir , rassure et do^^e du courage ; tou^ j^mie Qk a le droit de ^^f aborder comiiuQ xi^ph^» -r-Quç puis-îe pour votre service, ^ademoU seUe ? r^nd le vieiUard jsurpris 4e <3ed^(ii » qt présentant un -^^^ à riuGÇNinjiitt. -« Vous voyez ^n moi l'uniquç rejelpn d'une fanûlfe illustre dopt je vous deptapde la pern^^sjoil de voi^s taire le pom , pour qpodqae Usaifê çncore. Privé àfi l'auteur 4^ n^ jours, qui n'a,pii supporter le. inalheii^r d'être exilé de sa patrie , il ne me resfyi qu'unç iiièr« afec b-

ou LES ARTIGItES DU JOURNAL. 21 I

quelle j>x]fô|âi3 du tr«ivi^ deiiu^BiBims» Je blq rougis point de.TQub l-^Vituei* , ihoDsilsur, nous sommes pliif^ de toute e^ëcedè fbr-^ tune; màh il ttit:des circmiBtÉiiees ovl r<m doit sayoûr ai^iepferl'àd'versitë. Neiiisla fara^ yiims ay^ jcparage* maïdigne mik'é étmôi lors^ ^v^^ kid^s^ , l^ji^ldÂiit 'sehever de nous acea« bler,.a frappé d^ttuee paralysie presque totale^ ^dle dont le trtJViïil^taitnéi^e^aiire au mien*^ poUi: subvenir! enseinble)i|Ui.pte»iiersJ)esotiis de ta Tie:; ^leitsmpe <|ue J'ewjiloieà la soi-» gner, nT^rfigt» de n^gliger« ma broderie), no-r ^re nni^uei^mc^l^QevGonune l^^e^cès du txai^ hénr dcmo^àl'^nle^ uw énergie dont elle ne sfi cr<^t pas capaUe , il m'est yentîb dans l't^ dée de m'adr^sser .à voiis ; monateur ^ pour exécuter un fm|etîpei9A-élne au-dessoâ de mes forces; m^i» que l'amoal' filial m'ordonne de t6ntef^* ^^Parlez> «nadémcMÂelle, et si je puia Tdus'étreuttte.f;»^-f- J'ai reçu de ^es parens oe ifàe ûe peuiFenlravir lea couj^ du sort , làie éducation scttgbëe, fai i par un travail asst-* du , tâche d'acquérir quelque ériÀ^tidn* -^ Je l'avais déjà deviné, mademoisdie. *— Habituée à faire èék esfraib de tous les ouvrages

212 SCAÀB,

qu'on me dcmnait k lire , j*ai pris insensiblev ment ^habitude del'âiialyB0'...J; — » Moyen sôr et puissant de fornier^son jttgettient) d'orner sa mànoire et d'apprécier tout k sa juste va-* leur. — Pourquoi , mb siiis^ dit, ne pas pro-» fiter du seul bien qui' me' reste? pourquoi ne pas ntiKsec tout ce c|tie m'a' (ait acqliërir'unér ^tcule constante ?. .. • • mon sexe et ma jeunesse me déTendent , je lé ^dsis , de para^re au grand jour : on prendrait pour une prétention ridicule ce qui n'est qn\in devoir filial ; mais je puis choisir ponr Mentor^ xiti> de^c^es bommefl dont le nom , le caractère et le m^ite écartei^ tout soupçon , imposent à lé làédàésaice mê* me... et c'est vo^ , monsieur, qtk; f ai choisi, ^— Je vous remercie beaucoup dô celte honôble préférence : que iant- il fairç pour m'^imontrer digne ? — Me confierla réaction de quelques articles dânr le journal soumis à va* tre autorité. J'y pourrais faire un ei:trait fi-* dèle des nouveauit ôuWatt^rdont plusieurs femmes célèbres augmentent diâque |our nos rfchesseslittéraires. Je pourraisrparcourir ledé^ dale immense des r(»nans du jour ; écarter tout ce qui n^offire qu'une fiœfcidtéuse inutSité f

OV LES ARTICLES IMJ JOURITÀL. ai3

r&aàir et préseatér ee qui serait iuioeptihfe de piquer la curiosité, d'épurer les mœurs. •• Me^ premiers pas seront chancelans , incertains; mais rassurée, guidée par tous, monsieur j^' j'ose croire que mes e&rtâ ne seraient pas vains , et que je deviendrais utile au journal dont la rédaction vous eit confiée. Un seul ar^ tide par semaine , me produirait le double de lues broderies 4 j'offirirais à ma mèrequdquesunes des douceurs auxquelles elle fut si longtemps habituée , et je lie dlsvrais de bokiheur inexpirimable qtCh ?mou travail et à vos bontés. » Suard, émti de ee lioble élim de piété fi* liale , s'empressa d'a^ïCq>ter les propositions de l'inconnue; il fut oonfvenu qu'dle serait âtrtachée au Publiciste, sans jamais y paraître ^ et qu'elle fournirait d'abord quelques articles , dont lui seul connaîtrait l'auteur, et se chargerait de lui en remettre le prix , qui serait ÛKé parJ'administration. I^e hasard voulut qu'à cette époque, parut dans le monde littéraire cette femme dont les écf iU se.faisaient remarquer par une sensibiUté dévorante, on style entraînant, une imagination fécondé; madatmQ Cottin > déjà connue par Claire*-

2l4 SVARD,

d'44be , e»ai dNm talebt de premier àtétè , fit paraître McUvïnay production beaucoup plus étendue et bien |Ju8 imp<»*tBuite , oit l'on trouve des caractères tracés à gitinds traits , des descriptions riches , abondantes , et des si* toations dramatiques d'un edfet i»*odigieux* Cet ouvrage fiûsait beaucoup de bruit dansi Paris ; Suard crut devoir profiter de cette occasion , pour essayer les forces de sa protégée , qui ne lui était connue que sous le noni d'ÂIphcmsine. Il la diargea de faire l'article sur le nouveau rcnnan de madame Gottin ; et peu de jours après , il le reçut des mains de la jeune anoûjme qui , cédant sans doute à là vive impression que produisait te lecture de ce bel ouy r^ , s'était beaucoup trop étendue dans ses âoges , dans se& iréfleations ; mais on y remarquait un goût parfait, une grande pu^ reté de principes , un style correct et iees aper* eus fins et délicats, qui n'af^rtiennentqu'àuii femmes* Au mcyyén de quelques eoupures , cet article fût jugé digne dl l'écrit remarqua* iAsi dont il oftrait l'analyse, et r^nplit avantageusement deux grandes colonnes du Publi* ciçte. Tous les intéressés à ce journal tânoi*

ou LES ARTICLES BU JOURNAL. 3 1 5

gnèreut au rëdad;eur en chef, leurs regrets de ne pouvoir connaître l'auteur qui tout-à* la-fois avait su faire sentir les beautés , et in-^ diquer les défauts du nouveau roman de madame Gyttin. Suard s'empressa d'annoncer ce premier succès à l'heureuse Alphonsine, et lui dit qu'elle était autorisée à fournir quatre articles par mois. Bientôt sa vénérable mère ne fut plus exposée à manquer du nécessaire : et c'était à son travail, a l'éducation qu'elle avait reciie , et dont elle faisait un si noble usage , qu'elle devait cette jouissance , la plus vive qu'elle eût éprouvée de sa i^ie.

On vit bientôt paraître , à peu de distance run« de l'autre , les nouvelles productions des femmes qui tenaient les premiers rangs dans^ la littérature moderne. Mesdames Gottin , de Genlis et de Flahault dans le genre romanti^ que , mesdames d'Uaulpoult, d'Entremont et Dufresnoy dans les .poésies légères ^ élégiaques ; et enfin madame de Staël , dans un genre qui n'appartient qu'à elle seule , et qui la signale à la postérité : toutes semblèrent concourir à l'envi) et se disputer les palmes Utténûres. Quel bonheur pour Alphonsine

^l6 SITAllB,

qui , formée chacpe jour par les conseils et k longue expérience du respectable Suard , étél parvenue à rédiger $es articles à la satisfaction des nombreux abonnés du Pubinâste! Comme elle rendit à chacune de ces femmes cél^i*es, les hommages qu'elles méritaient! avec quelle précision , quelle (Valeur et tpidk impartialité on la vit analyser tour -'à -tour Maihilde^ Delphine , Corinne , Adèle de Senange^ Elisabeth et madame de la Falr Hère J on voulait absolument connaître Panonyme qui savait'djonner h la critique ces couleurs et ces formes qui la rendent plus utile et plus chère; mais fidèle à garder le secret qu*ii avait promis ^ l'intéressante Alphonsine , Suard la maintint constamment sous le voîie du mystère , et sentit croître chaque jour l'attachement et l'espèce de vénération qu'il loi portait.

Les articles signés de la lettre X , qui , même dans l'algèbre , n'avait jamais mieux re* pr^nté l'incoitnB, devinrentceux du journal qu'on lisait avec le plus d'intérêt , et qui.produisaient le plus d'abonnés. Suard , tcmjoan empressé de procurer au vrai mérite sa récooi-

ou LES ARTICLES DU JOURNAL. SIJ

pense, et qui savait lé noble usage que faisait Alphonsine du produit de son travail^ lui an- . nonça que ses articles seraient portés au maa?/ftmm , ce qui lui assurait un revenu d'environ trois mille francs, et lui donna les mc^ens d'ôffi*îr à sa mèretous les secours qu'exigeaient ses infirmités^. Elle mit auprès d'elle une garde attentive , qui prévenait ses désirs , et trouvait les moyens de la distraire par des lectures amusantes et des récits attachans. Bientôt sa fille lui fît quitter l'hunible mansarde qu'elles occupaient dans une rue étroite , isolée , pour habiter un second étage , donnant sur des jaréioTs , où la pauvre paralytique respirait un air qui répandait dans tous ses organes une force salutaire. Au bout de quelques mois , la ^ fnalade recouvra l'iisage de ses mains r ses jambes reprirent un peu*de mouvement; elle put faire quelques pas; enfin des gratifications accordées à tous les rédacteurs du Publiciste, procurèrent à la courageuse Alphonsine , lé bonheur de conduire sa mère aux eaux de Bourbonne; d'où elle la ramena marchant à l'aide d'une canne, et presque entièrement rétablie. Oh ! combien cette heureusç 3 19.

mi8 SUARD,

fiile s'appkndit de s'être confiée aiPT^D^raUe Suard! elle ne crut pas devoir lui cacher {dos long-4einps son nom et sa naissance : elle lui apprit qu'elle était l'unique rejeton d'une famille honorable; que son père, nommé Dartoile, ancien président du parlement de Ren* nés , obligé de quitter la France pour sauver ses jours , était mort au moment oh il venait d'obtenir la permission de rentrer dans sa patrie ; que tous leurs biens provenant de ce père proscrit , ayant été confisqués et vendus , elle s'était trouvée ainsi que sa mère ^ exposée à tous les tourmens de l'indigence ; mais que trop itères l'une et l'autre pour implorer le secours de parens éloigna ou d'amis indîfférens , elles ^'étaient résignées à supporter les plus dures privations , et à n'exister que du faible produit des broderies qu'elles pouvaient faire. « Jugez , ajoutait Âlpfaonsine , en pressant les mains de Suard dans^ les siennes , jugez de tous les droits que vous avez à ma reconnaissance. •••• II ne reste plus à ma mère qu'un vœu bien doux à remplir : c'est de vous counaîti*e, vous , à qui nous devons notre nou^ velle existence. — Vous ne la devez qu'à vo-

Page 1