QU LES EXILÉS
d*une ame fière qui s'échappe un instant des serres de la fatalité :
tt Je voudrais , ne fut-ce que pour un mo-r » ment , goûter enpore Tespëranoe ; te voir à » mes pieds , abattu par le remords ; t'enten- » dre me dire : llk'çst de félicité réelle que » dans la durée de P enthousiasme , que dans » la constance de V amour. Ce rC est qu^ avec » toi seule que je trouve un lien légitime^ » assorti : partout ailleurs je n^ ai rencontré i que des fers. »
Enfin , une longue ritournelle , qui semblait exprimer l'abattement gradue d'un être qui perd là force et l'existence , était suivie de ces mots entrecoupés , de cette espèce d'agonie d'un cQpur bri^é par la douleur ;
«c Une autre vie ! une autre viei.M*«»
» voilà mon seul espo.ir«.,...« notre ame est » immortelle..^* oui /je lesens..*.«.« mais, )» ô mon Dieu ! daignerez-vous recevoir la 1» mienne qu'un mortel a déds|ignéç ?••.••«.. » que de pleurs ont arrosé la poussière qui 1» m'attend î...,,.. qu'il me tarde de pouvoir » dire en quittant ce monde où )'ai tant souffert :
aSo MADAME DB STASL ,
n Fermossi al fin il cor che baho tanto ! » Il 8*est enfin arrêté ce cœur <(ui battait si » vite ! »
Ces derniers mots furent prononces avec une expression si touchante , qu'ils mouillèrent les yeux de madame de Staël. Elle voulut absolument connaître Tinfortunée qui s'identifiait à Corinne ^ et savait si bien s'en approprier les paroles.. ••;.• Elle apprit que cette |eune personne, qu'on nommait Caliste, ëtait la fille unique du général Saisit -Lambert , oflîcier du génie, exilé pour avoir bravé le pouvoir despotique et servi l'humanité. Elle sut que cette belle solitaire ne sortait jamais que vers le soir , et se rendait , avec son père , dans une île formant une oseraie fort épaisse, qui se trouvait au milieu de la Loire , à peu de distance du village de Chaumont ; et que là , Caliste dessinait le paysage , tandis que le général faisait 4es lectures intéressantes qui les portaient à réfléchir ensemble sur les vi^ cissitndes du sort.
On ne parlait dans tous les environs que du généra! Saint-Lambert et de la nouvelle Antigone. Un homme célèbre , long «temps utile
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à la France , disgracie pour n'avoir pas £lë^ chi sous le joug d^ la tyrannie ; une fille ^ëre d*un tel père , et dont elle savait adoucir l'exil par ses talens et la ressource féconde de son imagination ; que de rapports entre Caliste et Tauteur de Corinne ! Comment ne pas chercher tous les- moyens de se rapprocher d*un être aussi remarquable et d'autant plus intéressant , qu'il étai^ en proie aux peines secrètes du cœur ? Madame de Staël s'informa donc de l'heure précise où le général et sa fille se rendraient à leur île favorite *, elle s'y fit conduire , escortée seulement d'une amie , qui ne Favait pas quittée depuis son exil *, et , s'approchant doucement à travers les osiers épais, elle aperçut mademoiselle de Saint-Lambert occupée à dessiner un des points de vue si ra-* vissans qu'offrent les hormis de la Loire. Elle disait à son père , qui portait la plus grande attention à son ouvrage : u Je n'aurai peint de ma vie un paysage avec plus d'intérêt, avec autant d'inspiration; ce château de Chaumont donne à mon dernier plan une teinte tout-àfait romantique. Sur le premier, madame de Staël^ qui nous surprend lisant Corinne , doit