LES EXILÉS
et l'esclave qui lui échappe, est bientôt remplacé par uû autre. — ? Le cœur d*une femme, répoqd madame de Staël , ne se. détache pas de ce qu'il aime , aussi facilement qu'on se l'imagine : on n'accusa souv^xt notre sexe de légèreté , qu'afin de couvrir adroitéiHent l'inconstance de l'autre. Il est de ces âmes brûlantes , expansives , qui ne peuvent s'attacher qu'une fois , qui souffrent en silence un outrage , un abandon cruel , et dont la première plainte ne s'exhale qu'avec lé dernier • soupir. Je .croyais , en offrant dans Corinne le modèle d'une noble résignation, d'une inaltérable fidélité , n'avoir peint qu'ua être imaginaire^ mais depuis mon exil , j'en ai trouvé la réalité...... n Ces deraiers mots firent pâUr
le comte : il ne douta plus que madame de Staël ne s'intéressât à Galiste ; et le regard .scrutateur qu'elle portait en ce moment sur .lui , fiûsait assez connaître qu'elle daignait sa victime. Il fut distrait tout le reste de la soi« rée : on remarquait les vains e£brts qu'il faisait pour cacher son trouble, son agitation ; .on eût dit qu'il cherchait à fuir une ombre plaintive qui s'attachait à ses pas. L'auteur de
a68 MADAME DE STAËL ,
Corinne , habituée à suivre tous les replis du cœur humain , fut ravie de l'effet qu'elle avait produit sur le comte de Rauçay , et se livra plus que jamais à Theureuse idëe de recueillir le plus doux fruit de ses travaux. Elle ne fut point trompée dans son espoir : dès le len* demain matin elle reçut le billet suivait ;
(( La lecture de votre bel ouvrage a jeté » dans tout mon être un trouble dont je vous n dois Taveu. Il n'appartient qu'à celle qui yt peint si bien le combat des passions , de pé- » nétrer jusqu'au fond de mon ame , d'en sai- » sir les mouvemens secrets , et d'y faire luire n la vérité.. •««. J'ai besoin de conseils , j'ai 1» besoin de force et d'appui ; permettez moi 1» d'aller me mettre à vos pieds, avant l'heure )> où vous abordent ceux qui recherchent » votre présence.
» Le comte de Rançàt. »
Madame de Staël s'empresse de lui acooi^ der l'entrevue qu'il réclame: elle indique midi précis ; et dès neuf heures elle se rend au château de Gandé , où Galiste attendait une dernière séance poiir terminer son tableau des exilés. Tout , dans ce charmant ouvrage.,
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était d^ime harmonie parfaite et d'une exacte fid^të. Le général Saint-Lambert faisant ia lecture de Corinne à sa fille, qui cfaerdiidt, en r^coutant ^ à se rappeler les traits expressifs de l'auteur de ce chef-d'œuTre. Cdienâ , posée derrxène eux , attadihit ses regarda sor. la fille dei'ekité, M semblait lui vouer le ten«* dre intérêt qu'elle méritait» Chaque figtrre était d'ipie expression ro&arquaUe et d'une ressemblahoe frappante.
Galiste ayant épuisé tout son talent pour
donner à oe taUean k per^ectioD dont il était
susceptible , en fait hommage à madame de
Staël, qui Taoc^pte avec reconnaissance; ittais
sous la condition-^qlie mademoiselle Sàint-
Làmb^t viendrait airec si>n père le poser dle-
m^me dans \t cabinet dé travail de son amie*
u Vous savez , a joute^t-elle , que personne ne
s> se présente avant trois hem*es au château :
» procurez- moi le bonheur de vous recevoir
i» an moins une fois dans ma retraite; die
1» ne m*en sera que plus obère ; je m*y senti-
j» rai mieux inspirée , et peut-être me ferez-
» vous trouver àains un ouvragée important
» qui n'est encore qu'une â>anche , ces épi-