ACTE m, SCÈNE I. U
LE DUC d'yORK.
J'en conviens , c'est un honniie d'honneur Qui^ se prenant pour moi d'une folle tendressCj Se plaît à me conter les tours de sa jeunesse. Eh bien ! tout bon qu'il est ^ au fond c'est un geôlier.
ÉDOUARD
Je te trouve avec lui beaucoup trop familier,
LE DUC d'yORK.
Sois digne ; tu le dois. Mais moi, je le ménage ; J'ai découvert son faible y et j'en prends avantage. S'il nous vient du dehors quelques jeux ou des fruits, Quelque livre attachant qui trompe nos ennuis , C'est lui qui le veut bien.
EDOUARD
Il fait plus : il nous laisse Sur le balcon voisin sortir quand le jour baisse.
LE DUC d'yORK* '
Là, je rêve à mon tour^, mais plus gaîment que toi : Je fends l'azur du ciel qui s'ouvre devant moi ; . Libre , je rends visite à la terre ^ aux étoiles ; Sur la Tamise en feu je suis ces blanches voiles , Ces barques dont la lune enflamme les sillons , Et je me laisse à bord glisser dans ses rayons.
EDOUARD
Que ne pouvais -je hier voler avec la brise Yers cette femme en deuil sur une pierre assise ! C^était ma mère.
LE DUC d'yORK.
Hélas î
édouard.
Je la vis le premier.
LE DUC d'tORK.
Non^ c'est moi. .
EDOUARD
C'est bien moi. Je n'osais pas crier 5 Les bras tendus , l'œil fixe et l'oreille attentive , J'écoutais les sanglots de cette ombre plaintive. Que de fois dans les airs mon mouchoir a flotté !
LE DUC d'yORK.
Quel bonheur quand le sien vers nous s'est agité !
Mais tous nos signes vains ^ mais nos baisers sans nombre
Se sont perdus bientôt dans les vents et dans l'ombre.
ÉDOUARD
Nous ne la verrons plus.
Conserve donc l'espoir.