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a son lit ; une sœur et deux infirmiers sont chargés de leur surveillance. A cinq heures en été, et à six heures en hiver, ils se lèvent; après une inspection rigoureuse , pour s'assurer de leur propreté, ils descendent à la chapelle où ils entendent la messe. C'est par la prière que commence et se termine leur journée; de là, ils se rendent en classe. Ce sont des sœurs qui leur apprennent à lire, à écrire, etc.; elles s'attachent surtout à leur inculquer les principes de la morale et de la religion. Afin de les habituer de bonne heure à une vie laborieuse , on les occupe à divers ouvrages faciles et proportionnés à leurs forces ; les petites filles sont soumises au même régime ; lorsqu'ils parviennent à l'âge de douze ou treize ans, et que leur première communion est faite , on les place comme apprentis chez des ouvriers d'une moralité et d'une conduite sûres ; ils peuvent ainsi, tout en se créant par leur travail un avenir assuré, parvenir à économiser quelque argent, qui, dans la suite, pourra servir à leur établissement.
Tout en nous donnant ces détails, sœur Stéphanie nous conduisit dans une salle vaste et bien aérée; elle était garnie de petits lits à rideaux blancs d'une propreté admirable. — C'est ici, nous dit-elle, que sont placés à leur arrivée les enfans qui nous sont confiés , jusqu'à ce qu'ils aient été remis à une nourrice. Mais , malgré tous nos soins , bien des existences s'éteignent au seuil de cette salle...., et cependant combien le sort de ces jeunes infortunés s'est amélioré! grâce au dévouement et à la constante sollicitude d'un saint apôtre de l'Evangile! je veux parler de saint Vincent de Paule ; avant lui, un grand nombre d'enfans, nés de parens qui ne pouvaient qu'à grande peine subvenir à leur propre existence , et se trouvaient ainsi dans l'impossibilité de les élever, étaient exposés aux portes des églises ou dans les carrefours, abandonnés à la pitié publique. Il était permis à chacun de choisir parmi ces infortunés ceux qui lui convenaient. Leur existence, dénuée des soins qu'elle réclamait, ne pouvait affronter cette dure position, et la mort enlevait chaque jour une multitude de ces malheureux enfans. Quelquefois de pauvres gens, plongés eux-mêmes dans la mi-
sère, ne vivant qu'avec le produit d'un pénible travail, mais dont le bon cœur surpassait encore l'infortune , émus de pitié à la vue de ces pauvres créatures y abandonnées demi-nues et presque sans vie sur le pavé glacé des rues , les relevaient et les admettaient à faire partie d'une famille parfois déjà nombreuse; d'autres fois, les gens de la police les enlevaient^ mais leur rude charité n'allait guère plus loin; quelques-uns étaient confiés à de pieuses veuves, qui consacraient leurs modestes re^ venus à les élever ; mais leurs soins étaient bien insuffisant, le nombre de ce^ infortunés était grand, les secours manquaient , et tous les jours une foule de ces malheureux enfans périssait faute de soins !
Un ministre de Dieu, saint Vincent de Paule , vivement touché de compassion à la vue de cette af&euse misère ^ se dévoua au salut de ces infortunés ; soins et sacrifices de toute sorte, rien ne lui coûta pour soulager le sort de ces pauvres enfans^ et mener à bonne fin l'œuvre qu'il avait entreprise , car lui anssi connaissait la misère. Pendant plusieurs années captif chez les Maures, il avait eu à souffrir les privations et les douleurs les plus Cruelles.
Quelques dames pieuses se réunirent à lui, et voulurent aussi concourir à ce grand acte de charité ; mais les difficultés qui surgissaient à chaque pas refroidirent leur zèle et les effrayèrent ; elles n'étaient point accoutumées à d'aussi terribles misères et abandonnèrent presque l'entreprise. Quelques-unes cependant^ grâce aux exhortations et aux instantes prières de saint Vincent, consentirent à se charger de plurîeurs de ces malheureux enfans ; mais l'exiguité de leurs ressources les arrêta de nouveau, lorsque les sommes dont elles pouvaient disposer furent épuisées.
D'aussi pénibles épreuves , loin de décourager le serviteur de Dieu et d'abattre son zèle, le firent, au contraire, redoubler d'efforts : sa charité ne recula devant aucune privation, aucune déception ne put ralentir son zèle ; il mit tout en œuvre , rien ne lui coûta , espérant toujours que la Providence viendrait à son secours. Sa confiance ne fut point vaine; la reine Anne
d'Autriche, dont saiot Vincent avait imploré la bieufaisanee, touchée d'un si grand dévouement, obtint du roi une pension de douze mille livre» de rente. En même temps saint Vincent, dans une assemblée des dames les plus influentes delà cour, exposa avec une éloquence et une onction si persuasives le sort misérable de ces pauvres enfans, que toute l'assemblée émue jusqu'aux larmes, transportée d'enthousiasme aux paroles éloquentes du saint apôtre, promit d'une voix unanime de venir au secours des infortunés dont saint Vincent venait de se montrer Tinterprète.
On avisa sur-leK:hamp aux moyens les plus efficaces ; d'abondantes et nombreuses aumônes arrivèrent aussi de tous côtés ; le roi lui-même ne s'en tint pas à la générosité dont il avait déjà fait preuve, et accorda en don à la société les bàtimens de Bicêtre , pour y loger les enfans qui pourraient se passer de nourrices. Chacun, encouragé par cet exemple, voulut coopérer à cet acte de bienfaisance, et, en peu de temps, des revenus considérables furent assures à cette noble entreprise. L'air de Bicétre étant trop vifet pouvant aHecter la santé de ces enfans, on transporta plus tard l'établissement dans le faubourg Saint-Lazare,
où le soin de leur éducation fut confié à douze sœurs de la charité.
Plusieurs grandes villes de province s'empressèrent de suivre l'exemple que la capitale leur donnait ; bientôt s'élevèrent un grand nombre d'établissemens où les enfans trouvés étaient admis , jusqu'à ce qu'ils eussent atteint l'âge de pourvoir euxmêmes à leur existence. Âinsi^ grâce à l'inépuisable charité de saint Vincent, le sort de ces pauvres êtres abandonnés fut désormais assuré.
Dans les grandes villes, à Paris par exemple , continua sœur Stéphanie , l'Hospice des Enfans trouvés dont les revenus considérables ont été successivement augmentés par la munificence des rois ou les dotations de personnes riches et généreuses, remplace pour ces infortunés la maison paternelle. Dès leur plus tendre enfance, jusqu'à l'âge où ils peuvent gagner leur vie, rien n'est épargné pour leur éducation et les soins que réclame leur existence, et lors même qu'ils sont sortis de Thospice, l'administration veille encore sur eux et leur prodigue ses secours, si des malheurs imprévus viennent à les accabler. Lorsque des particuliers dont la moralité est bien reconnue , font à l'administration la demande de quelques orphelins , soit pour les adopter et les élever, soit pour les prendre à leur service, ils ne leur sont accordés qu'à la condition expresse qu'ils apprendront un état; l'administration s'en sépare rarement avant que la première communion ne soit faite. C'est une erreur très grande que de croire que les enfans trouvés appartiennent à l'Etat et soient soldats de droit; lorsqu'ils ont atteint l'âge de la conscription, ils tirent au sort ainsi que les autres jeunes gens et sont libres comme eux de se faire remplacer, si , par leurs économies, ils ont acquis une somme assez forte pour se libérer du service militaire en achetant un remplaçant.
Outre les enfans trouvés et les orphelins, l'Hospice recueille aussi les jeunes enfans dont les parens malades sont retenus à l'hôpital : ils y sont soignés pendant tout le temps que dure la maladie et jusqu'à ce que la santé de ces derniers soit rétablie.
Si mes récits ne vous ennuient pas trop, nous dit sœur
Stéphanie, je veux vous feire connaître la belle conduite d'un de nos enfans. Je le nomme ainsi, car malgré la fortune dont il jouit maintenant , il est trop généreux pour avoir oublié qu'il doit la vie à notre maison.
— Oh ! oui , bonne tante , raconte-la nous , je t'en prie , dit Alfred. — Volontiers , raai« elle est un peu longue.
Un jour, M. Riverd, riche négociant en vins, resté de bonne heure veuf et sans enfans , vint nous i^isiter : la physionomie riante et pleine de franchise d'un de nos orphelins le frappa vivement ; satisfait en outre des bons renseignemens qu'il obtint sur son compte, il offrit au conseil d'administration de se charger de cet enfant. Les directeurs accueillirent avec empressement sa demande, et Paul fiit admis dans la maison de M. Riverd. Ce changement de fortune ne fît qu'accroître ses bonnes qualités ; dès-lors il comprit que la reconnaissance était désormais devenue pour lui un devoir , et il mit tous ses soins à se rendre de plus en plus digne des bontés et de l'affection que lui témoignait son bienfaiteur. Celui-ci, de son c6té, voyant les excellentes dispositions du jeune orphelin, n'épargna rien pour lui faire acquérir les connaissances qui lui manquaient. Placé dans une institution , Paul s'y fit remarquer par ses progrès et sa bonne conduite; on le citait comme un modèle à tousses camarades. Pendant trois ans, ses bons sentimens et son aptitude ne se démentirent point. Au bout de ce temps , il possédait ce que d'autres mettent souvent cinq et six ans à acquérir. M. Riverd le plaça alors à la tête de son commerce ; Paul avait cependant à peine seize ans ! Mais son zèle> son application , soutenus par le désir constant de reconnaître ce que faisait pour lui son père adoptif , avaient développé ses facultés ; puis Paul comprenait que son avenir dépendait de sa conduite et de son aptitude, et qu'elles seules pouvaient lui donner la famille et la fortune qui lui manquaient. M. Riverd, privé d'enfans, reportait toute son affection sur Paul. Chaque jour resserrait les liens qui l'attachaient à l'orphelin, et ce dernier en était digne. Il se montrait si bon , si dévoué ! le moindre désir de son bienfaiteur était pour lui un devoir qu'il s'empressait de remplir ; aussi s'é-
tait-il acquis l'estime et l'amitié de tous ceux qui le connaissaient. Les domestiques qui, à son arrivée, le regardaient avec un mépris envieux, avaient promptement changé de sentimens à son égard, et ne pouvaient s'empêcher aussi de l'aimer. Il était doux pour eux, et jamais aucune rude parole, jamais aucun reproche; au lieu de divulguer leurs fautes, il s'efforçait de les cacher, quand elles n'étaient point préjudiciables aux intérêts de son bienfaiteur. Comment ne l'auraient-ils pas aimé ! M. Riverd se reposait entièrement sur son protégé des soins de son commerce; sa confiance en Paul était telle, qu'il lui donnait souvent les opérations les plus importantes à traiter; il le regardait comme un autre lui-même, tant il était sûr de son dévouement. Paul sentant de son côté combien était grand et honorable tout à la fois le devoir qui lui était confié, ne négligeait rien pour s'en rendre déplus en plus digne ^ et s'en acquitter avec honneur. Une circonstance trop belle et qui en même temps fait trop d'honneur au beau caractère de Paul, pour la passer sous silence, vint encore ajouter une nouvelle force aux sentimens d'affection qui unissaient M. Riverd à son protégé.
Un jour, tous deux revenant en voiture de visiter une propriété que M. Riverd était sur le point d'acheter, ils suivaient la chaussée qui borde la Loire et sert de grande route. Le tenlps, qui depuis le matin avait été d'une chaleur accablante, se couvrit subitement de nuages d'un aspect sombre , qui obscurcirent bientôt Phorizon ; en même temps le vent, dont l'intensité augmentant d'instansen instans, se mêlait aux roulemens lointains du tonnerre , et présageait un orag« que tout annonçait devoir être terrible : au bout de . quelques minutes, les éclats du tonnerre se succédèrent avec une effroyable rapidité ; le cheval épouvanté par les éclairs qui déchirent l'horizon, s'emporte ; les guides que iJentPaul ^e brisent dans ses mains; alors , oh! ce fut un moment terrible et rempli d'angoisses : la voiture, entraînée par la course désordonnée du fougueux animal que rien ne pouvait plus. maîtriser, semblait à chaque instant devoir se briser contre les hauts peupliers qui bordaient la route, et dont l'ouragan tordait avec furie les cimes dons ses efforts redoublés. A gau-
che, la Loire roulait ses eaux larges et profondes, dont les sépa« rait seulement la hauteur d'un parapet de quelques pieds. Toute tentative pour sortir de cette horrible situation était inutile. Se jeter hors de la voiture était impossible, les roues effleuraient à peine la terre, tant était rapide la course de l'animal. Tout-àcoup une des roues, arrêtée par le choc d'un arbre, vole en éclats. Rendu plus furieux encore par la douleur que lui cause la voiture en lui aiguillonnant les flancs, le cheval s'élance vers la chaussée. C'en était fiait des voyageurs, lorsque Pai^l, mesurant d'un coup-d'œil toute l'horreur du danger où se trouve son bienfaiteur, et ne consultant que son zèle, au risque d'être broyé sur le pavé et se cramponnant avec une force inouïe que double encore tout l'aspect du danger, Paul s'élance à la tête de l'animal , le contient , et le force enfin à s'arrêter. Encore quelques secondes, et nos voyageurs allaient disparaître dans les
eaux! Grâce à ce secours inespéré, M. Riverd, sans forces,
le corps brisé par les cahots violens de la voiture , put enfin mettre pied à teire : il se jette au cou de Paul qu'il serre dans Sf s bras, qu'il appelle son sauveur, son fils, et qu'il couvre d'embrassemensi
Le dévouement de Paul avait sauvé la vie de son bienfaiteur ; aussi , à partir de ce jour, M. Riverd ne le regarda plus comme un enfant d'adoption , mais comme son propre fils, et il lui en donna tous les droits.
Riche, considéré de tous ceux qui le connaissaient , Paul n'avait rien à envier , et son bonheur était complet y lorsque de dures épreuves vinrent subitement fondre sur lui. Assaillie par des banqueroutes et des pertes successives , qu'il était impossible de prévoir, la fortune de son père adoptif se trouva tout- ^-coup vivement compromise , et , au bout de quelques mois , M. Riverd, malgré tous ses efforts , se vit réduit à la misère; quelques légères sommes qu'il ne parvint qu'à grande peine à sauver du gaufrage où s'était abîmée sa fortune , furei3it jtout ce qu'il lui resta de son opulence. Un malheur vient rarement seul, dit le proverbe : M. Riverd , accablé par cet horrible dér sastre, contre lequel toute sa prévoyance avait été vaine ,^ ne
put trouver assez de forces en lui-même pour le supporter ; il tomba dangereusement malade ; et lorsque, à force de soins y il lui fut permis de quitter son lit , une terrible paralysie l'avait atteint et privé de Tusage de ses membres. Ce dernier malheur acheva de Taccabler , et éteignit en lui toute lueur d'intelligence ; une caducité complète s'empara de tout son être ; assis dans un fauteuil, le regard morne, hébété, incapable du moindre mouvement , il ne reconnaissait plus aucun de ceux qui l'entouraient! C'est alors que le beau caractère de Paul brilla de tout son éclat; s'il s'était montré reconnaissant alors que le bonheur lui souriait de toutes parts, l'adversité devait le trouver encore plus affectueux et plus dévoué. Tout le temps que dura la maladie de M. Riverd, Paul ne quitta pas un seul instant son chevet; garde-malade attentif et infatigable ^ il ne voulut confier à personne autre qu'à lui seul le soin de veiller sur une santé qui lui était si chère ; ni les privations, ni les fatigues ne purent ébranler sa résolution ; son bon cœur ne se démentit point un seul instant , et ce fut certainement aux soins si dévoués de son fils adoptif que M. Riverd dut son retour à la santé.
Paul se privait avec joie du nécessaire pour soutenir la vie de son bienfaiteur ; afin d'augmenter leurs ressources , et , ne voulant rien devoir qu'à son travail , il entra comme commis dans une des principales maisons de commerce de T... Le bruit de sa bonne conduite et de son aptitude l'y avaient depuis longtemps devancé , et lui acquirent promptement l'estime et la confiance du chef de la maison. Ce qu'il gagnait était religieusement consacré au soulagement de son bienfaiteur. Deux ans se passèrent ainsi, deux longues années toutes de privations et de misère, et qui auraient rebuté bien des cœurs moins nobles et moins généreux que celui de Paul, dont l'adversité semblait, au contraire, augmenter le courage et les belles qualités!
Enfin, Dieu mit un terme à de si rudes épreuves ; un secours inattendu vint rétablir en partie cette fortune si brillante autrefois.
La plupart des opérations commerciales de M. Riverd avaient
eu lieu avec des maisons américaines; c'était d'elles aussi qu'étaient venues ses pertes.
Un jour , le facteur remit à Paul une énorme liasse de papiers; il l'ouvre.... Oh 1 bonheur i .. . c'étaient les remboursemens de sommes considérables dues à son bienfaiteur, et qui se montaient à près de 200,000 francs. Paul est au comble du bonheur; cette fortune qu'il regrettait si amèrement, dont la perte avait été si funeste à son père adoptif, il la possède 1 II pourra donc prodiguer à son bienfaiteur tous les soins que ses ressources, auparavant si bornées, lui interdisaient quelquefois ! Un sentiment de tristesse vient cependant parfois atténuer sa joie, lorsqu'il pense aux souffrances sans nombre et au malheureux état dans lequel languit celui dont il voudrait pouvoir rétablir la santé au prix de la sienne ; mais rien ne lui coûtera du moins pour l'entourer des égards et des soins qui peuvent alléger ses douleurs! N'est-il pas riche, maintenant? et quel plus noble usage peut-il faire de sa fortune que de la consacrer au bien-être de celui à qui il la doit?
Au bout de quelques années passées dans cet état d'enfance, physique et morale, M. Riverd succomba; Paul pleura amèrement, l'homme généreux qui lui avait fait connaître l'aisance, et qui, ne consultant que son bon cœur, Tavait retiré de la misère pour l'élevei' jusqu'à lui. Sa douleur fut sincère et profonde, car son bon cœur ne savait point feindre; ses regrets ne furent point stériles, et les dons qu'il prodigua aux malheureux firent partout bénir son nom et celui de son bienfaiteur.
. Paul vit encore, jeune, heureux, et possédant l'estime de tous. Les belles qualités qui avaient embelli sa jeunesse font le bonheur de son existence, aujourd'hui qu'il est homme, et que les années l'ont fortifié ; car il comprit de bonne heure, mes enfans , que ni les richesses , ni les louanges du monde ne valent une conscience pure , et que tout bonheur vient de ce qui est bon, de ce qui est au-dessus de toutes choses, de la vertu enfin!... Paul, sans doute, fut heureux de rencontrer un
homme assez bon pour s'intéresser à lui et le retirer de l'ëtat pénible où devait s'écouler sa vie. Mais si , au lieu démettre tous ses soins à se rendre digne des bontés de son bienfaiteur, il se fut abandonné à une coupable négligence, à l'oubli de ses devoirs ; si la reconnaissance et le dévouement n'eussent pas été le but constant auquel devaient se rapporter tous les instans de sa vie, que serait-il devenu? Rejeté par M. River d, comme indigne de ses bontés, il fut demeuré dans sa condition première, toujours misérable, toujours obscur, contraint à un pénible travail pour soutenir son existence ; sa vie , au lieu d'être heureuse , enviée même , se fut consumée dans la misère et les durs labeurs. Ce n'est donc qu'à ses talens qu'il doit la position honorable et bien méritée où il se trouve.
Il était tard, nous songeâmes au départ; la tnnte d'Alfred n'essaya pas de nous retenir plus long-temps, mais elle nous fit bien promettre de retourner la voir. Sa bonté nous avait tellement charmés , que nous l'assurâmes de grand cœur que nous n'y manquerions pas; et, avant de revenir à Paris, nous lui tînmes plus d'une fois promesse.
SUGAkE 9AZ.Z.OZ.
L'ÉLÈVE PATLSSIER