HISTOIRE
DB TaOIS FOaTaAITS, D^USr AIiBUM ET DS DEUX AQVAAS&IJB8.
Quelques mois plus tard les cinq amis tinrent parole, et , sous la conduite du père de l'un d'entre eux , vinrent rendre visite à notre élève-peintre dans la capitale de l'ancienne Normandie. Mais ils le trouvèrent dans la douleur; le pauvre jeune
homme, déjà privé de «a mère j venait de perdre son père, et restait orphelin sans autr^ appui que (on parrain , dont, nous avons déjà parlé, et qui ne s'était jainais chargé de son filleul qu'au compte de son père. L'entrevue des amis fut donc bien triste; ils mêlèrent leurs larmes à celles du pauvre Hubert; rnais^ hélas! que pouvaient4ls de plus pour lui?... A force de chercher des sujets de consolation, ils finirent par se rappeler qu'Hubert leur avait parlé d'un oncle qu'il avait à Paris, mais qui, dans l'opulence, avait cessé de voir son frère vivant dans une médiocre aisance , qu'un travail assidu pouvait seul entretenir. Cet oncle d'Hubert, grand amateur de tableaux , et peintre lui-même , mettait un grand plaisir de vanité à ne vendre aucun de ses tableaux qui ne portât son nom. Us formèrent là-dessus un plan dont nous verrons le résultat lout-àl'heure. Hubert avait tenu parole: les deux aquarelles étaient finies, l'album tout plein de sujets bouffons et plaisans, et les trois portraits terminés. Hs les reçurent avec un vrai bonheur; et, après quelques jours donnés à l'amitié, ils revinrent à Paris. Leur premier soin fut, à force de prières , d'obtenir que leur famille leur fissent faire leurs portraits. Une fois cette demande obtenue , ils n'eurent pas de peine à leur faire accepter ceux qu'Hubert avait peints. Touchés de la belle amitié qui liait ces bons enfans, les parens payèrent généreusement ; ils savaient que cet argent devait être employé à soutenir l'excellent sujet qui en était si digne. Les aquarelles et l'album eurent encore un plus heureux résultat. Le père de l'un de nos amis, journaliste influent, annonça dans les journaux une vente aux enchères d'un album et de deux aquarelles de Landry ^ sans prénom. La foule des ao^atfjirs. encombrait la salle le;jour de la vente. Landry, le riche peintre, étonné de voir annoncer son nom de cette manière, comprenant que ces objets portaient sans doute le nom de son neveu (il savait qu'il travaillait chez M. Survilly), contrarié de voir son nom au bas d'ouvrages, certainement fort indignes de son pinceau, sentant d'ailleurs qu'il serait honteux pour lui qu'on sût dans le public que, riche et sans famille, il laissait un neveu de la plus belle espérance sans
soutien; l'oncle Landry, poussant à la vente, a acheté ces objets à un prix énorme, précisément à cause de leur imperfection. Cette vente a mis Hubert pour long-temps à l'abri du besoin. Il pourra maintenant continuer ses études et devenir un bon peintre. On prétend même que son parent s'est chargé de lui, à condition qu'il ne signerait aucun tableau avant d'être en état d'en faire de très bien. Hubert a accepté la proposition; l'oncle Landry va le voir quelquefois à l'atelier; il lui a reconnu des dispositions heureuses. Il s'attachera certainement à ce jeune homme, et, quelque jour, en fera son fils adoptif et son héritier. Amitié sainte, noble reconnaissance ! quelles merveilles ne doit-on pas attendre de vous ?
Le dévouement de nos amis pour Hubert Landry n'a pas eu pour résultat seulement d'assurer son avenir, mais encore d'embellir son présent, et, d'abord, en le délivrant du surnom qui lui déplaisait tant. Comment, en effet, traiter aussi irrévérencieusement celui dont les ouvrages avaient été vendus presque au poids de l'or, et dont le nom avait déjà cours dans le public amateur; si vous ajoutez à cela que, parmi les élèves, il s'en trouvaient plusieurs qui certes étaient encore loin de pouvoir prétendre à cet honneur, vous concevrez comment il fut arrêté unanimement entre les élèves de l'atelier qu'un d'entre eux , célèbre par sa paresse et sa suffisance, prendrait et le titre et les fonctions dont Hubert venait de se débarrasser si triomphalement. Le paresseux, ainsi condamné, eut beau se débattre et se récrier, on le mit dans l'alternative ou de se retirer ou de se résigner. Il se résigna donc. Quant à Hubert, loin d'abuser de sa nouvelle condition, il use si modérément de ses droits envers le nouveau rapin^ qu'on voit bien qu'il a compris, par expérience, combien des exigences arbitraires et abusives de la part des. élèves peuvent être fatales à un pauvre enfant, à qui elles font quelquefois prendre l'art en dégoût , et dont elles tuent ainsi l'avenir dans le présent ; car, et nous le disons ici hautement,, parce que nous en avons acquis la conviction, le despotisme que les élèves d'un atelier exercent quelquefois sur le dernier venu, despotisme d'autant plus odieux, que si leur jeune can^arade est
moins fort sous le rapport de l'art ^ il est aussi le plus feible sous le rapport des forces physiques ; la façon brutale et grossière dont ils le traitent, tendent nécessairement, soit à lui inspirer un dégoût profond pour l'art , dont les abords lui sont rendus si difficiles, soit à éteindre dans son âme le génie créateur, le feu sacré qui fait les grands peintres; le pauvre ropm s'abrutit sous les grossières épigrammes, sous les mauvais traitemens ; il n'en ressent plus ni honte , ni colère ; il les accepte. Alors, il est perdu : qu'il se mette à barbouiller des enseignes , qu'il entreprenne le badigeounage des maisons , mais qu'il n'aspire pas à suivre les traces des Ingres, des Delacroix et des Vernet ; il peut devenir un bon manœuvre , mais il ne fera jamais un peintre.
A. DB s.
THE PRINTER-DEVIL
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THE PRINTER-DEVIL