‹ Les enfans peints par eux-mêmes: sujets de composition donnés a ses élèvesChapitre 5 sur 32 · L'ENFANT DE CHŒUR · texte numérisé non relu

L'ENFANT DE CHŒUR

EEMTAMT DE CEŒtTa.

Df?-^ess«rts Edit

eur.

LiUi.Riôo Treres r.Riclicr. 7.

L'ENFAIST DE CHtHîllJR.

ous avez vu à l'Eglise, dam le cbœur,

cet enfant qoi mêle ta jeune voix à celle

des chantres ; comme il est gentil 900»

sa soutane rouge, avec son surplis

d'une éclatante blancheur et sa calotte

I qui lui couvre le sommet de la tête en

lui donnant an air si éveillé?... C'est

r«i£aDt de^ chœur; c'est lui qui tient

; l'encensoir et la navette, qnand il Sait

l'officCide tkmiféraire ; c'est lui qui

tient la croix d'argent ou le chandelle de l'autel, quand il

sert d'acolyte. Il a de nomla'euses attributions et les remptit

toutes avec un aplomb et une perfection qu'on n'attendrait

guère d'un enlant de son âge.

11 n'y a pas long-temps, j'avais pour l'enfent de chœur

une très haute estime, une sincère admiration; je me surprenais quelquefois à lui porter envie. Cétait surtout aux grandes solennités de l'église^ qu'il triomphait dans mon imagination. Après que les orgues avaient d'en haut répandu sur la nef leurs voix majestueusement retentissantes , et que d'en bas s'élevaient, pour leur répondre , les accens sonores de» chantres^ soutenus par le serpent ou l'ophicléïde ; comme j'aimais y au milieu de ce grave concert , à entendre la voix de l'enfant de chœur , s'élancer fraîche et brillante , du sein de cette masse d'harmonie , et, la traversant avec rapidité^ s'éteindre bien au-dessus d'elle, aux voûtes du temple saint; comme mon âme se pénétrait de mélancolie , lorsqu'au chant funèbre des morts , se mariait la voix de l'enfant de chœur , toujours limpide et toujours fraîche , mais soupirant avec langueur des notes pleines de tristesse et d'angoisse 1 Ses accens exprimaient si bien l'épouvante qui doit saisir l'âme ^ au moment où elle plonge un regard éperdu dans l'abîme infini qui s'ouvre devant elle , et se balançant sur le seuil de la vie , cent fois se rejette en arrière , avant de franchir l'étroit espace qui sépare le, temps de l'éternité 1 Je croyais entendre tour-à-tour le» cris des remords du pécheur endurci, les prières pleines de larmes de l'âme repentante, et les soupirs du justa qui espère. Mais aux jours de triomphe de l'EgUse , à Pâques , à la Pentecôte, à l'Ascension, jours de bonheur et d'espérance, l'O fUii faisait battre mon cœur de joie, et V Alléluia le faisait tressaillir d'allégresse. Je le trouvais magnifique , sublime, l'enfant de chœur! Ses notes s'élançaient si joyeuses; elles bondissaient si vives, si animées; elles se précipitaient avec tant de rapidité, liées l'une à l'autre comme les perles d'un collier! Je sentais tout ce qu'il y a de plus noble et de plus subtil dan» l'homme, s'éveiller en moi à ces accens suaves; et, comme ravie par eux , mon âme avec eux montait dans les hauteur», du ciel^ portée sur les nuages embaumés que dispersaient dans l'espace les parfums des encensoirs.

Je considérais alors l'enfant de chœur sous le reflet dont, l'éclairait le lieu saint , et à travers la poésie dont l'entourait

«on costume clérical , la musique religieuse et la pompe de 1 eglise. Pourquoi faut-il que je Taie connu de plus près, hors du chœur et réduit à sa seule dignité, à sa valeur personnelle?... Quel désenchantement , hélas ! Car si jamais un individu peut se montrer sous deux aspects absolument différens, et dont l'un ^oit Fextrême opposé de l'autre , c'est bien certainement l'enfant de chœur dans l'église et hors de l'église.

Nous Tavons vu dans ses plus belles attributions , revêtu de toute sa splendeur, calme, recueilli, et marchant les yeux modestement baissés ; niais tout cela n'est qu'à la surface, ce n'est pas par le calme et le recueillement, ce n'est point par la modestie, que brille l'enfant de chœur , il n'est rien moins qu'un saint , je vous assure. Vous êtes peut-être étonnés de me voir si bien instruit sur le compte de l'enfant de chœur; mais chacun de nous ne s'est- il pas trouvé à même , par l'effet de telle ou telle circonstance, d'acquérir des notions qui manquent à ses camarades : c'est ainsi que Louis de F a pu nous raconter la vie

du Collégien ; iules Mounier, celle du Mousse; Ëdgard Badia, celle de V Enfant de troupe , parce que chacun d'eux avait été appelé , soit par sa position , soit par les événemens , à connaître particulièrement ce qu'ils nous ont décrit : c'est ainsi que moi-même , pour avoir habité plusieurs années de suite dans la même maison qu'un enfant de chœur , j'ai pu étudier ses mœurs et celles de ses camarades; je l'ai même assez fréquenté pour avoir appris de lui bien des choses que , sans cette circonstance^ j'eusse peut-être toujours ignorées.

Je disais donc , que généralement l'enfant de chœur n'est pas un saint; loin delà, c'est un petit garnement très mutin, très tapageur et menteur*, aimant à faire des farces, et qui semble se venger par les licences qu'il se donne au dehors, de la réserve et du recueillement qu'on lui impose dans réglise. Je ne sais quel savant a dit : La figure dUvn homme n'est le plus souvent que le miroir de son âme. Il avait sans doute étudié l'enfant de chœur lorsqu'il écrivit ceci , car je ne crois pas qu'aucun type puisse mieux venir à l'appui dé son axiome j que celui que je cherche à vous faire connaître 3 au-

cune physioiioinie , en effet , ne peut doni&er uae plus juste idée du caractère que celle de FenBant de diœur ; son cos-^ tume , ses jiiœurs , «a figure, offrent dans leur ensemble ua mnélange des choses les plus opposées. U a de dix à quatorze ans; il adopte d'haèitude la redingote longue^ couleur foncée^ toujours assez pi^pre; ce vêtement a l'avantage de se prêter à une certaine gravité de démarche à laquelle renfant dediœur est souvent obligé; elle a ^ en outre, Finapprëoiable avantage de cacher un pantalon souvent xapiécé et offrant une variété de nuances qui donnent à l'ensemble une couleur problématique. iCe pantalon descend sur des souliers souvent dignes du pantalon , à cette exception près y qu'ils sont toujours propres et cirés; il sert, de plus, à cacher des bas dont le talon n'est pas toujours dans un parfait état d'entre* tien; ajoutez à cela , une cravate noire et une chemise propre, quoique mal plissée : voilà , quant au costume , l'enlFant de chœur. INous ne parlons ni du chapeau, ni de la casquette; cette partie du costume est ignorée de notre héros qui , d'ailleurs , n'en pourrait faire qu'un usage très restreint, puis^ qu'il es t. appelé par ses fonctions à rester continuellement nutéte.

Il offre dans sa personne des contrastes analogues : ^es cheveux coupés courts, présentent le même caractère clérical que la redingote ; la figure est propre , mais ses mains sont à sa figure ce que le pantalon est à la redingote. S'il ignore, pour sa tête , l'usage du chapeau ; il semble également , pour ses mains, ignorer l'usage du savon ; il a le regard malin , mais la paupière baissée ; il rit peu à bouche ouverte , mais il rit en dessous , en pinçant les lèvres ; dans ses jeux , il préfère ceux où il ne faut pas courir ; il ne connaît ni le chat, ni les barrés, ni le cerceau ; mais il sait apprécier les billes, les palets ou le bouchon; s'il a une dispute avec un camarade , il ne crie pas , il piaille; s'il se fiàche, il ne se bat pas, il donne un coup de pied ou une claque à la sourdine et se sauve , ou, s'il est le moins fort, il. s'arrange de manière à attirer traîtreusement à >son ennemi un mauvais traitement de la part du sacristain ,

du bedeau ou du suisse, ou une verte réprimande de M. le curé.

L'enfant de chœur est à la disposition de M. le curé pour toutes les cérémonies où sa présence est nécessaire ; il sert la messe le matin et chante à la Grand' Messe , à Vêpres , à Comphes^ au Saiut^ aux grands services funèbres. Il sert d'acolyte aux mariages^ aux baptêmes; il est bien entendu que ces enfans sont assez nombreux dans la mémeparoisse, pour que le service se répartisse de manière à ce qu'aucun d'eux ne soit trop chargé. En échange de ces petits travaux, la paroisse leur donne un maître de musique et une éducation qui pourrait être assez étendue, s'ils en profitaient ; mais il est rare qu'aucun utilise l'un ou l'autre. Quand un d'entre eux parvient à lire et à écrire correctement, que^ plus tard, il arrive à être chantre dans une paroisse ou choriste dans un théâtre , souvent l'un et l'autre à la fois , on dit qu'il a fait son chemin. Ce ne sont pas là les seuls avantages que la paroisse procure à l'enfant de chœur : il y a encore les aubaines ; dans un baptême , après l'offrande , le parrain et la marraine donnent ordinairement ifti revenant-bon au suisse et à l'enfant de chœur; il en est de même pour les enterremens. Le jour du nouvel an lui apporte aussi sa moisson : c'est la visite à M. le curé, aux vicaires, aux desservans de la paroisse; chacun d'eux en est quitte pour une pièce de monnaie ; tout cet argent doit être mis en masse pour être ensuite partagé entre nos chantres futurs ; mais il n'en est pas toujours ainsi , et nos infidèles s'évertuent à soustraire à la caisse commune une partie de ce qu'ils reçoivent ; celui-ci glisse subtilement dans son soulier la blanche pièce de 80 centimes, que le Suisse préoccupé ne l'a pas vu recevoir ; un autre la fait entrer avec dextérité dans la doublure de son pantalon ; il en est même qui ont de mystérieux goussets destinés à servir d'asile à ces blanches fugitives. Que le sacristain ne l'accuse pas d'avoir soustrait son aubaine , voyez son air candide , sa figure étonnée, son regard immobile , il ne sait ce qu'on veut lui dire; il ne comprend pas, il n'a rien reçu. Ces petites soustractions à la caisse commune lui constituent une rente variable; mais as-

sez sûre, qui fournit à ses menus-plaisirs ; de là , viennent les gros sous qu'il perd au bouchon , les billes qui doivent remplir si avantageusement ses instans de loisirs , et les chmisumn de pommes, et les sucres d'orge ses plus chères délices; car^ dans le nombre de ses qualités, l'enfant de chœur est possédé d'un amour immodéré pour les plaisirs du palais. Qui est-ce qui porte si lestement à sa bouche les burettes dans les pénombres de la sacristie?... qui est habile à mettre^ avec la vitesse de l'éclair , la main dans la corbeille au pain béni et à la retirer pleine?

Cependant le caractère et les mœurs de l'enfant de chœur se modifient suivant les localités et suivant les paroisses où il exerce. En province^ dans les petites villes, dans les villages^ il est grave , sérieux , raisonnable ; il est presque un personnage. Â Notre-Dame, il semble aussi léger que dans les autres paroisses ; mais , en l'examinant plus attentivement , on découvre en lui plus de pensée, plus d'intelligence ; on voit qu'il a un but; il est plus assidu aux leçons de chant; il y met plus d'âme ; il y a , pour ainsi dire ^ en lui quelque chose d'artistique; il n'est pas rare de voir de bons musiciens sortir des rangs des enfans de chœur de Notre-Dame; à Saint-Roch^ il vise plus à l'effet ; sa toilette est plus soignée, son air plus imposant; il aime surtout les aubaines y et, sans rien demander^ sait fort bien faire comprendre qu'il ne dédaigne aucunement les revenans-bons de l'état. A Notre-Dame-de-Lorette , il est léger, joueur, dissipé, et surtout ignorant.

Je vous ai dit que dans la maison qu'habitait ma famille , demeurait aussi un enfant de chœur; Léonard Ducoudray était son nom. M. Ducoudray, ancien militaire, vivait d'une modique pension que lui faisait l'Etat, et à laquelle se joignait le fruit d'un travail assidu ; possédant une assez belle écriture , il copiait des mémoires pour les architectes ou des manuscrits pour les théâtres. Madame Ducoudray, ouvrière en dentelles, joignait son travail à celui de son mari ; ils n'étaient pas riches, et pouvaient difficilement élever leur enfant chéri. Léonard montrait les plus favorables dispositions; il écoutait avec'plai-

-35^ sir les bons avis qu'on pouvait lui donner^ et s'empressait de les suivre ; doué d'une intelligence facile , d'une mémoire heureuse, il faisait d'autant plus regretter à ses bons parens l'impossibilité où ils se trouvaient de faire les sacrifices nécessaires à son éducation ; ils se désolaient. Léonard avait une assez jolie voix : un ami de M. Ducoudray lui conseilla de faire de son fils un enfant de chœur; ce bon père, honnête homme et chrétien religieux, accepta avec empressement. Il assurait ainsi à son fils une bonne éducation suffisante, et dans laquelle les préceptes de la morale et de la religion ^ ainsi que les meilleurs exemples, ne pouvaient lui manquer.

Léonard avait des qualités excellentes, mais qu'il déparait par une fort grande légèreté et un goût très vif pour le jeu ; les premières épreuves lui furent donc peu favorables. Il était incapable d'exciter ses camarades à rien faire de déplacé ; niais il se laissait entraîner, et suivait les autres; il n'eût pas fait la sourde oteille à la proposition d'une partie de tapettes avant d'entrer à la sacristie, ou d'une promenade en en sortant. Il ne méprisait aucunement la toupie: la bloquette ou le triangle ne le trouvaient pas non plus pénétré d'indifférence ; mais les noyaux séducteurs le captivaient surtout ; car il savait que les confiseurs les payaient deux ou trois sous la livre , c'était donc un profit tout clair pour celui qui, pendant la belle saison, était le plus heureux à pair ou non. Je vous avouerai aussi que le bon Léonard n'était pas des plus patiens, principalement quand il perdait ; il s'aigrissait facilement, et ses meilleures raisons se résumaient souvent dans une claque adressée au camarade qui avait le malheur d'être heureux au jeu: Léonard avait la tête chaude et la main leste ; bon garçon du reste, et, malgré tout^ aimé de ses camarades ; car il était sans rancune, et le moment d'après sa plus grande colère, il oubliait ce qui l'avait causée. Le bon père grondait souvent , la mère n'épargnait pas les tendres avis; Léonard regrettait alors sa faute, il pleurait, promettait d'hêtre plus raisonnable, et faisait si bien par ses larmes et par ses caresses, qu'il désarmait bientôt leur sévérité ; il se faisait à lui-même les plus belles

promesses, prenait les meilleures résolutions. Mais, hélas! le lendemain, à la yue de ces jeux si séduisans, il oubliait bientôt et les reproches de sa famille et ses résolutions ; je crois qu'il aurait suivi long-temps ses leçons de chant et ses autres cours sans devenir pour cela plus savant. Un grand malheur qui le frappa vint modifier entièrement son caractère : M. Ducoudray, d'une santé rendue faible et débile par les fatigues qu'il avait endurées, et par de graves blessures, succomba à une pénible maladie. Je ne chercherai pas à vous dépeindre le désespoir de sa famille, celui de Léonard, surtout, il chérissait si tendrement ce bon père; il fut plusieurs* jours dans un accablement qui semblait anéantir ses facultés : sombre, pâle, abattu , ne mangeant presque plus, on voyait tout à coup les larmes lui venir aux yeux, et il s'écriait, en se jetant aux bras de sa mère

désolée : Mon père ! Mon bon père 1 tout est donc fini ! Je

ne le verrai plus, ô mon Dieu!... Et il éclatait en sanglots douloureux. La mère mêlait ses pleurs à ceux de son fils, et le serrant tendrement sur son sein , surmontait ses propres douleurs pour lui inspirer un courage qu'elle n'avait pas ellemême. Pauvre mère ! qui , frappée tout à l'heure dans son époux , avait maintenant à craindre pour les jours de son fils bien-aimé, sa dernière consolation. Léonard fut plusieurs jours dans un état alarmant ; enfin, cette douleur, si vive et si profonde se calma , et fit place à une douce tristesse qui changea entièrement le caractère de Léonard. L se rappelait les dernières paroles de son père mourant : « Léonard , deviens bon sujet ; travaille pour aider un jour ta pauvre mère. Quand elle ne m'aura plus , il faudra que tu me remplaces auprès d'elle , et que tu sois son soutien et sa consolation. » La voix de son père résonnait sans cesse à son oreille. Adieu, jeux puérils, plaisirs vains et dangereux , folles distractions, il faut que Léonard aide sa mère, il se l'est promis, il tiendra parole ! Que ne peut une forte résolution , même dans un enfant ! Quelles merveilles peut produire l'amour d'un fils pour sa mère! Ne parlez pas à Léonard de ses devoirs; il les connaît aujourd'hui. Ne lui dites pas de penser à sa mère, elle occupe seule son esprit. Ne lui im-

posez pas le travail^ il court au devant de lui. Que voulez- vous de Léonard? Faut-il, sans lever les yeux, étudier des journées entières? Faut-il, dans un morceau, répéter cent fois la même note jusqu'à ce qu'elle sorte pleine de justesse et de pureté , il ne demande pas mieux , car il pense à sa mère , et répète à chaque instant : — « Ma mère, je serai ton soutien et ta consolation. » — La journée entière s'est passée dans un pénible travail , Léonard va sans doute se reposer ? Non. Léonard court chez les pratiques de sa mère porter une commande ici , chercher de l'argent là^ il fait le soir et le matin toutes les courses du ménage pour en éviter la peine à sa mère : souvent Léonard est bien las et la fatigue l'accable.... Mais qu'importe? il sourira encore en embrassant sa mère , et en lui disant de douces paroles. N'est-il pas courageux? N'est-il pas fort? N'estil pas infatigable ? C'est pour sa mère ! . . . .

Je ne vous peindrai pas la joie et le bonheur de cette pauvre femme. Son fils dont elle avait presque désespéré, le voilà donc entièrement changé. Et qui a produit ce miracle? L'amôur filial. Ce n'est plus à l'exciter au travail qu'elle doit mettre tous ses efforts , mais à l'empêcher de s'y livrer avec une ardeur qui pourrait nuire à sa santé : « Léonard , lui dit-elle quelquefois en le pressant sur son sein avec des larmes de tendresse et de bonheur , Léonard , cher enfant , c'est trop travailler, tu compromets ta santé. Je veux que tu laisses ce soir ton travail. — Non, ma bonne mère, il faut que je répare le temps perdu ; et puis, vois-tu, je m'imagine que du haut du ciel, où il est sans doute , mon père sourit à mes efforts , qu'il les bénit , et quelquefois il me semble l'entendre me dire : Bien , mon fils , je suis content de toi ! Cette pensée me récompense ; elle redouble mon courage et me rend des forces toujours nouvelles. » Puis tous deux, la mère et le fils, reparlent entre eux de celui qui n'est plus , et mille fois le nom du bon père se trouve mêlé à leurs entretiens du soir. Léonard se rappelle toujours avec regret les peines qu'il lui a causées ; il les pleure encore , il regrette amèrement d'avoir commencé à les réparer trop tard pour que son père ait eu la joie de le voir, et croit ne

pouvoir trop (aire pour mériter son pardon. Il se couche avec cène bonne pensée, et, le lendemain, il se lève plein de bonnet résolutions , et plus disposé que jamais à continuer avec pei^ lévérance la route fatigante qu'il s'est tracée.

Cette vie d'application et de fatigues continues dura quatre ans, mais Léonard avait fait des progrès merveilleux ; il était aimé, estimé, protégé de chacun, proposé en exemple à tous le* enfens, respecté de ses camarades. Un professeur de musique, touché de son dévouement, l'a fait entrer au Conservatoire \ c'est un des meilleurs élèves pour le chant. Il a quinze ans, et donne des leçons en ville; le soir, il gagne encore quelqu'argent, en copiant de la musique. Comme il est devenu grave et sérieux I comme son regard est calme et profond!... L'estime publique, ses talens, lui présagent une belle carrière : mais ce n'est pas cet espoir qui lui inspire cette douce satisfaction, cette joie extérieure qui rayonne sur sa figure ; Léonard n'a pas d'ambition , il n'y pense même pas , et sHl est heureux, bien heureux , c'est qu'il a rempli la promesse qu'il s'était faite à lui-même; c'est qu'il a obéi religieusement à la prièrede son vieux père mourant. // est devenu fe soutien et la consolation de sa mère t.. .

Page 1