CHAPITRE XXIV
LE rendez-vous du lendemain fut à la même heure; mais on ne se réunit pas dans le même canton :ilétait question des avoines, eL on sait que ce grain nese sème que dans les terres où l’on a récolté l’année d'avance les blés; par conséquent les avoines étaient dans un canton différent de celui occupé cette année-là par le froment, le seigle et l'orge ; il fallait pour s'y rendre traverser un petit bois qui servait de remise au gibier ; il était entouré d'une haie de jonc marin, d’épine ct d'églantiers. On s'arrêta à considérer ces défenses naturelles. Ces deux dernières plantes, dit M. de Saint-Elme, sont dela riche et belle famille des-rosacées, dont notre ami nous a parle.
2 le Muguet, 3 l'Arome
1 L'Aigremoine
4le Coquelicet, 5 le Fusam, 6 la Voletie
Le jonc marin ou ajonc, genre de plantes à fleurs polypétalées, est de-la famille des légumineuses, dont le caractère est d’avoir un calice à deux divisions profondes, une cotolle papillonacée dont la carêne est diphylle , dix étamines diadelphes, un fruit renflé, bivalve , excédant à peine le calice; ses jéunes pousses sont un excellent fourrage pour les bestiaux. Ses vieillesbranches servent a chauffer le four; on en fait de bonnes clôtures.
Il ne s'élève guère à plus de quatre oucinq pieds de haut.
PILILIPPE.
Mais en Espägne, dans les montagnes de Galice, il parvient à la hauteur de quinze à dix-huit pieds.
Celui-ci n'est pas de la même espèce dit Béalrix.
M. DE SAINT-ELME
Non, les feuilles de l’épine sont lisse cet dentelées. Les rameaux sont armés d'é-
pines; à ses fleure succède une petite
baie d’un goût âcre et qui n'esi mangeable qu'après Les gelées. Il y a des pays où l'on en fait une boisson qui remplace le vin pour ceux qui n’ont pas le goût trèsdélicat. Le fruit de l’églantier est une baie remplie de petites graines soyeuses qui s’altachent à la gorge etexcitent à la Loux.
FÉLINA.
En prenant la précaution de les ôter on en fait de fort bonnes confitures , qui sont, dit-on, excellentes pour l'estomac.
Béatrix, quis’élait un peu écartée pour cueillir des fraises, revintrapportantune fleur de fraisier. Elle avait très-bien remarqué qu'elle élait à cinq pétales, que la feuille était ternée. C'est done aussi une rosacée? dit-elle.
M. DE SAINT-ELME
Il n’y a pas de doute; mais lu vois en outre qu’elle est iraçante, et qu’elle a des, griffes qui forment de nouvelles racines.
Sa baie, comme Philippe Le l’a dit, est le
péricarpe lui-même, et Jes petits points noirs quilecouvrentsont les graines, Cette plante croîl dans tous les climats; elle est unisexuelle. Il y en a un grand nombre d'espèces : Les plus estimées sont les fraises ananas , à cause de leur grosseur ; les plus agréables sont celles dites des Alpes , parcequ’elles produisent toute l’année; mais lesmeilleures deloulessont celles qui croissent dans les bois, et sont enliëérement abandonnées à la nature.
On jeta un coup-d’œil sur des plantes d'aigremoine que l’on aperçut au bord de la roule que l'on suivait dans le pelit bois.
Cette plante, dit M, de Saint - Elme , dont les propriétés sont beaucoup plus étendues que l’on ne croit vulgairement, est un des meilleurs palliatifs contre la goutte, prise intérieurement comme du thé ; et en baïgnant la partie malade dans une forte décoction de ses feuilles, à laquelle on joint quelques gouttes d'extrait
de Saturne, c’est un topiqu sxcellent qui apaise les douleurs cruelle 2e cette maladie. On emploie aussi l'aigremoine comme gargarisme. Sa tige rougeâtre et velue Ja fait aisément reconnaître ; c’est aussi une rosacte. La douce-amère est de la famille des solanées ; ses feuilles sont en er de Jance ; elle mérite aussi un hommage pour ses effeis salutaires. La ronce, dont la feuille et le fruit arrêtent les inflammations de la gorge, ne fatpoint oublite. On célébra le framboisier, qui estde Ja même famille ; on le cultive dansles jardins pour son fruit, qui est très-agréable; celui à fruit blanc et celui qui porte du fruit dans deux saisons sont des variétés du frambroisier commun.
La violette, le muguet, étaient passés ; mais leurs beaux feuillages rappelaient l'agrément de leurs fleurs. Enfin, on D'aurait pas quitté le petit bois si on avait vouiu nombrer toutes les plantes qui s’y trourérent ; mais on désirait de
voir lesavoines; il fallait continuer demarche : enfin on arriva au bord d’un champ qui exhalait une odeur de vanille trèsforte; à cela seul on eûtreconnu l’avoine en fleurs. M. de Saint-Elme fitremarquer à ses élèves qu'il y avait deux espèces d'avoine, la noire et la blanche : la blanche , dit-il, est celle qu'on cultive principalement pour la nourriture des chevaux, quoiqu'en temps de disette on puisse en faire du pain; les habitans de plusieurs provinces de France, et ceux des montagnes du nord de Ja Grande- Bretagne, mangent communément de ce pain; quoiqu'un peu amer, il esttrès-sain.
Les tiges de l’avoine sont entrecoupées de ; nœuds, et ses feuilles ont assez de rapport avec celles du froment; au sommet de latige estune panicule éparse avec des fleurs sans pétales, etchacune renferme trois élamines. Le pistilse change en grai-
ne farineuse , oblongue et pointue, blan-
châtre avant d'être mûre, mais presque noirâtre quand elle l’est,
Lavoine noire a le tuyau plus grand ; sa graine est plus longue et plus velue que celle de la blanche.
Les avoines ont une ou plusieurs fleurs mâles et femelles dans le même calice, deux styles ct deux stygmats en pinceau.
On remarque dans toutes une arête qui nait du dos d’une des valves intérieures du calice. On a-observé que ces arêtes se courbent , tournent de diflérens côtés, suivant la température de l'air, et pourraient servir d'hygromètre.
En Bretagne et en Touraine, on dépouille l'avoine de sa balle et on Ja réduit en farine grossière dans des moulins faits exprès. On la nomme alors gruau. Les Anglais ‘et les Polonais font avec de l’a voine une bière préférable, à certains égards , à celle que l’on fait avec de l'orge.
La chaleur devenait excessive, et on re-
mit au retour dans la grotte à classer un gros bouquet que Béatrix et Fonsfrède avaient cucilli dans les avoines ; il était composé de bluets, de pavots ,de mélilots, de convolas, de maüves, de liserons , de millepertuis, et beaucoup d’autres jolies fleurs, qui, pour ne passervir de parure à nos parlerres , n’en ont pas moins des formes les plus élégantes , les couleurs les plus vives , ou une blancheur éblouissante, Dès qu'on fut arrivé, on délia le jonc qui les réunissait, et on chercha I&ur caractère etleur uulité. La première qui s’offrit sous la main fut la mauve:
c’est, dit M. de SaintElme , en la montrant à ses élèves, une grande, belle et bonne famille que celle desmalvacées : elles sont ligneuses ou herbacées. Celles d'Europe sont de la dernière espèce. Philippe a décrit leurs caractères généraux , tels que d’avoir les feuilles alternes accompaonées de stipules; mais elles différent par la forme de leurs fleurs, qui cependant ont
toutes un calice persislant ; les étamines plus où moins nombreuses réunies en un faisceau, et attachées aux pétales. La rose trénière est une des plus belles mauves.
Elle pourrait s'employer en tisane comme la guimauve , et la mauve proprement dite , dont elle a les propriétés ; mais on Ja voit si belle qu’on ne pense qu’à son éclat et point à ses verlus. Elle est trèsvariée dans ses couleurs, mais rarement panachée. Parmi la mauve , la plus belle est la rose de la Chine : elle est ponceau, les élamines de même couleur, ainsi que son style qui est trés-prolongé , eLsur lequel les étamines sont attachées des deux côtés ; sa forme est très-belle : elle croit sur un fort joli arbrisseau, dont le feuillage est très-agréable; mais elle n’est point acclimatée, et elle a besoin d’être abritée dans la serre. Parmi les mauves, la guimauve demande une place distinguée par les qualités de sa racine, à qui nous deyons tant de remèdes salutaires et dé-
lectuaires aussi bons au goût que précieux dans les maladies de poitrine, dont ils réparent le velouté. Dans l’'Amériquesep.
tentrionale il y a des arbres mauves d’une très-grande hauteur, et dont la fleur est magnifique. Le cotonnier est aussi une Mauve, comme vous Le-dira Philippe.
PHILIPPE, RAR à ; :
Oui, j'en ai parlé dans mon journal.
SAINT-ELME
Ontire de l'écorce de quelques mauves du fil presque aussi fort que celui du chanvre, mais qu'il faut de même faire rouir.
On prit ensuite le millepertuis, de la famille des hypéricoïdes, nommé ainsi parce que sa feuille, qui est opposée, et sans aucune division ni dentelures, est parsemée de glandes transparentes, que l’on apercoit avec une loupe; elles renferment une huile dont on fait usage en médecine : sa fleur est jaune, à cinq pé-
ar. 10
tales, et a des étamines nombreuses, réu.
nies en faisceaux.
Après cette plante, on prit le coquelicot qui, par sa vive couleur, mérilait quelque attention; il a les qualités somnifères du pavot, et il est de la famille des papavéracées : le calice du coquelicot est caduque comme celui du pavot des jardins.
Gette plante est couverte de poils ; la corolle est à quatre pétales, du plus beau ponceau, Son rapport avec Le pavot me force à vous décrire celui-ci : c’est du nom Jatin du pavot que dérive celui de la famille des papavéracées : son caracière est d’avoir un calice à deux feuilles concaves , elliptiques et caduques; une corolle à quatre pétales, rarement cinq, arrondies au sommel; des étamines en nombre. indéterminé ; point de style; un stigmatorbiculaire, étoilé, persistant.Pour fruit une capsule sphérique ou oblongue, à plusieurs loges, et remplie de petites
semences dont le nombre est prodisienx, et dont on extrait une huile qui est blonde, d’une saveur agréable; elle est très-propre à préparer les alimens, ou à assaisonuer les salades. On avait persuadé au gouvernement que celte huile avait uve qualité narcotique : en conséquence, par lettres-patentes du 22 décembre 1754, il avait été ordonné de la mélanger avec l'essence de tértbenthine dans le moulin à l'instant de la fabrication, comme n'étant propre qu’à la peinture ; ce qui fut exécuté. Enfin, lillusire Rosior éclaira le gouvernement; ef c’est à son zéle que nous devons la vente libre de cette huile pure qui, aprés Phuile d'olive fine, est la meilleure, et la plus agréable pour la cuisine et La table ; son seul défaut est de ne pouvoir servir à brûler dans les lam pes. Mais voici une jôlie fleur qu'il ne faut pas oublier ; c'est le barbeau, ou bleuet, de la famille des cynarocéphate: : son calice est imbriqué comme celui du chardon ; il
est composé, comme vous Voyez, depetites écailles qui sont posées les unes sur les autres, comme les luiles sur les toits : ses corolles sont autant de peus cornets qui s'implantent sur l’ovaire ; ses fouilles , disposées comme celles de l'œillet , sont d’un vert pâle. L'eau disullée de cette fleur, ainsi que celle du mélilot, est très-bonne pour dissiper linflammation des yeux ; et, comme l’a dit un auteur respectable :
« Le maître des saisons et des temps, ayant prévu que ceux qui récolleraient péniblement les moissons auraient les yeux échauffés par l'ardeur du soleil, à fait croître, au milieu des blés et des avoines, des plantes qui sont des remèdes efficaces contre ce mal, » Le printemps nous offrait, dans les bois er’dans les plaines, bien plus d'espèces différentes de flenrs que celte saison; mais plusieurs sont déjà passées. La feuille du muguet se reconnai à ses nervures longitudinales, ct presque droites ; il est de la famille des aspa=
rag oi ds : elles ne présentent aucune proportion en grandeur avec la Lige ei la fleur de celte plante ; la première est grêle et assez élevée : la fleur qui est en lèle est monopétale, trés-petile , et a la forme d'un gobelet;.elle répand un parfum trésagréable.
Von une branche de fusain ; il est de la famille des rhamnoïdes; il porteune fleur à quatre ou cinq pétales. Son fruit, qui est une capsule à quatre ou cinq lobes, renferme des graines recouverles d'une pellicule un peu charnue. On se sert de son bois, réduit en charbon, pour dessiner un premier trait qu’on veut effacer:
le charbon du fusain entre dans la composition de Ja poudre à Lirer. Sur les côtes de Barbarie, on emploie au même usage le bois de Jaurier-rose. Le fusain porte un pelit fruit qui, l'hiver, se teint d'un ‘fort beau rouge : il vient dans les Alpes un fusain que l’on nomme galeux, parce que son écorce est toute raboteüse. Mon
collègue me permettra d'ajouter que le jujubier , qui croit dans les pays chauds, est de la même famille que Le fusain, avec la différence que le fusain n’est pas épineux, et que le jujubier l’est : ses épines sont disposées, l’une droite, et l’autre courbée en crochet : sa fleur a cinq pétales; son fruit, qui est un drupe, renfermant un noyaux osseux , s'emploie avec ‘succès dans les dyssenteries; et la pâte faite avec le sucre que Bon en tire, est irès-bonne pour la poitrine.
I y a dans celte famille un arbuste que l’on nomme le bourreau des arbres; ilest sirmenteux, et si on le plante au pied d’un arbre, il s'y attache, le serre tellement dans ses replis, qu'il le fait périr. On trouve aussi dans cette famille le porte-chapeau , dont le fruit ressemble à un chapeau rond,
MATUILDE,
Je veux aussi faire une description ;
vous verrez que je m'en tirerai fort bien.
SAINT-ELME
%e n’en doute pas.
MATHILDE
Vous avez parlé très - légèrement du framboisier, dont je fais grand cas : c’est uue ronce de la famille des rosacees, dont le fruit, lun des plus doux et des plus
arfumés de nos jardins, croît sans culture dans les bois, comme le groseillier en grain, ‘et plusieurs arbres et arbustes qui embellisseut nos jardins par leur ombre, et flatient notre goût par leurs fruits; il sont originaires de nos forèts.
Je ne veux pas m’étendre davantage : il ne faut pas que Jumour de la science nous entraine; il est sûrement bien tard, et nous nous ferions encore attendre pour le déjeüner.
BÉATRIX
Non,nous pouvons rester encore un instant; je viens de trouver dans mon bouquet une dernière violette qui s’est
échappée de la couronne du printemps ;
avant de quitter la grolle, il faut, mon cousin , nous la décrire , car vous nous apprendrez sûrement de bien jolies choses sur celte aimable fleur.
M. DE SAINT-ELME
J'en ferai un éloge complet en disant qu'elle est le plus parfait emblême de Mathilde. Modeste comme cette fleur , elle voudrait , ainsi qu’elie, se cacher à tous les yeux ; mais le charme attaché à la vertu la plus pure , est trahi commele parfum de la fille des bois ; ce parfum la fait découvrir sous ses feuiles : les qualités de Mathilde , semblables à celles de cette jolie fleur, la font distinguer dans sa famille par son utilité. Enfin, je le répète, Mathilde est la douce violette.
PHILIPPE, Comme Félina est là rose.
MATHILDE, L'an est plus vrai que l’autre.
FÉLINA, J'appuie votre amendement, mon cou-
; 165 sin, et suis entièrement de l'avis du préopinant; mais revenons à l’ordre du jour.
M. DE SAINT-ELME
Linné a réuni les violettes et les pensées dans un même genre; mais elles ditfèreut par le feuillage et par le style qui, dans les violeLLes, est terminé en crochet ; celui des pensées au contraire esl creusé en forme d’entonnoir. A
Les pensées et les violettes onl un calice à cinq feuilles dont les divisions se prolongent au-delà du point de leur insertion. Leur corolle est à cinq. pétales inégaux ; elles n’ont qu'un style ; les élamines sont réunies en un faisceau, et le prolongement du pétale inférieur forme un éperon.
La violette de mars est d’une couleur assez sombre; la pensée est chamarrée d’un jaune très-brillant ; sa fleur est bien plusgrande, mais elle est presqu'inodore ; elle s'élève au-dessus de ses feuilles, et
semble vouloir attirer les regards ; tandis que sa compagne, comme nous l'avons dit, ne se fait remarquer que par son parfum qui trahil sa modestie. On tire de Ja racine de la pensée un ipécacuanha qui se vend dans le commerce comme celui d'Amérique, et qui a les mêmes propriétés. La fleur de penste est employée avec succès dans les maladies externes de la tête. La fleur des violettes de mars est rafraichissante et pectorale ; on en fait des sirops etdes conserves très-agréables.
De la violette, M. de Saint-Elme passe au mélilor, etdesuite à beaucoup d’autres petites plantes dont Béauix et F'onsfrède s'étaient charges. ;
Les mélilots, de la famille des légumineuses, sontde véritables trèfles; mais ils ont un caractère bien facile à distinguer : la plus petite des trois feuilles à un pédicule qui la détache des trois autres.
La fleur est ordinairement en grappe; mais elle varie de couleur et de forme,
Le mélilot bleu est en tête; son odeur se conserve tellement, qu'il y a des herbiers qui ont cent ans, el où cette plante n’a pas perdu son parfum , plus fort cependant qu'agréable. Cette plante se cultive pour la nourriture des bestiaux. Le mélilor est employé avec succès dans les maux d’yeux causés par la grande chaleur. Parmi les fleurs dont se parent nos prairies, il y asla reine des prés, qui ressemble , pour la fleur , au Jilas blanc; mais elle n’est qu'ane herbe. Il y à aussi une clochette d'nn beau nacarat , qui se distingue des autres par la longueur des divisions de son calice : ils se prolongent bien au-delà de la corolle.
PAULIX.
Ah! voici une petite plante dont M.
Desfontaines a parlé à maman: elle est remarquable, comme vousvoyez, par la délicatcsse de sa gousse ; elle représente un fer à cheval, mais si léger qu'il est transparent. Les paysans l'appellent herbe à
déferrer, parce qu'ils prétendent quesi un cheval pose le picd sur cette herbe, son fer se détache ; le hasard seul a pu donner cetleidée : onaura remarqué plusieurs fois prés de cette herbe un fer qu’un cheval aura perdu dans cet endroit, et de là sera venu l’idée qu'elle détache les clous.
Je me rappelle aussi ‘qu’il nous montra herbe nommée chenillaire, parce qu’elle ressemble absolumentaunechenille verte.
Les habitans de la campagne s'amusent à en mettre sur la salade pour attraper les bourgeois de Paris, qui, ne connaissant point celte herbe, la prennent pour une véritable chenille, et n’osent manger de la salade.
Quand on eut bien examiné toutés les fleurs et les plantes qui composaient le bouquet, on résolut de s’en servir pour renouveler devant madame de Saint-Elme l'expérience qu'on avait déjà faile de laspiration des plantes : on plaça toutes celles-ci sur le cadre; elles y reprirent
l'éclat que la chaleur avait flétri, ce qui enchanta madame de Saint-Flme; elle trouva si ingénieuse l’idée de ce cadre, qu’elle pria son cousin Fonsfrède de Jui ‘en faire un qu’elle emporterait en Bourgogne.
Ce que Mathilde avait prévu arriva; l'heure où la famille se réunissait était passée; et madame Frank voyant que ses botanistes ne rentraient pas, vint les avertir qu’on les attendait pour déjeûner; ils se hâtèrent de la suivre, ct demandèrent pardon de leur retard. II fus facilement accordé; car les aimables parens de nos jeunes gens étaientheureux de les voir, à l'âge où:les passions-se développent, n'en avoir d’autres que celle de s’instruire,