‹ Les enfantines du "Bon pays de France"Chapitre 148 sur 157 · LES MATELOTS · texte numérisé non relu

LES MATELOTS

Cette poésie populaire a fourni la matière de la chanson abrégée sous forme de « scie d'atelier », de la page 281.

Ecoutez tous et vous entendrez

Un gwerz nouvellement composé,

Fait au sujet d'une bande de matelots

Qui s'étaient embarqués sur la mer profonde.

Vingt-sept ans ils ont été

Sur la mer profonde embarqués

Et sur la dernière année des vingt-sept (ans),

Le bétail (les vivres) leur a manqué.

Et quand le bétail leur a manqué,

Ils ont songé à manger un d'entre eux...

Le maître du navire demandait,

Un jour, à son petit page :

— Petit page, petit page, mon petit page,

As- tu mangé ton souper?

— Ce n'est pas ainsi qu'il sera fait, On tirera à la courte paille :

Celui qui aura la plus courte, Celui-là sera mangé le premier.

Et quand ils ont tiré à la courte paille, C'est au maître du navire qu'elle est échue.

— Seigneur Dieu, serait-il possible Que mes matelots me mangeassent !

Petit page, petit page, mon petit page, Toi qui es diligent et leste, Va au haut du grand mât, Pour savoir où nous sommes ici.

Et lui de monter en chantant, Et de descendre en pleurant :

— J'ai été au haut du mât,

Et je n'ai aperçu aucune terre ;

Je n'ai vu que deux petits navires Qui étaient pleins de fumée et de sang, Sous leurs voiles rouges comme le sang, Signe de guerre et de combat.

— Va encore au haut du grand mât, Pour savoir où nous sommes ici ; Pour savoir où nous sommes ici,

Ce sera la dernière fois...

Et lui de monter en pleurant, Mais il descendit en chantant ; Il descendit en chantant, Et dit aussitôt à son maître :

— Mon pauvre maître, consolez- vous,

Je crois que nous sommes rendus à terre ; Je crois que nous sommes rendus à terre, J'ai vu la tour de Babylone.

J'ai vu la tour "de Babylone, Et j'en entends les cloches sonner; Et j'en entends les cloches sonner, Je pense qu'on y fait la procession.

Je vois mon oncle et ma tante

Faisant tous les deux le tour du cimetière...

Dur eut été de cœur celui qui n'eût pleuré, Sur la tour de Babylone, le dimanche matin,

En voyant trente-sept matelots

Débarquant ensemble sur le pont;

Dix- huit d'entre eux demandaient de la nourriture,

Les autres demandaient un prêtre.

Le recteur de Babylone est un excellent homme , Charitable envers les malades, Et il a administré dix-huit d'entre eux, Avant d'ôter F é tôle de son cou!,..

Gwerziou Bbbiz-Izbl.

(Chants populaires de la basse Bretagne recueillis par F. M. LuzEL. Lorient, Corfinat imprimeur; Paris, Franck -

Vieweg.)

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